Pierre-Anne Turmel : la jeunesse qui pense globalement et agit localement

Les inégalités entre les populations de ce monde nous préoccupent de plus en plus.  Beaucoup de personnes s’engagent dans cette lutte complexe et si nécessaire !  Ces personnes ne le font pas  pour la gloire :  ils donnent leur temps, leur énergie et partagent leur carnet d’adresse pour alléger le sort des indigents et contribuer à une justice sociale.  Depuis des décennies, Oxfam-Québec est un lieu privilégié pour un tel engagement et force est de constater que l’appel est intergénérationnel.

Pierre-Anne Turmel, une jeune dame de Québec, est un exemple de ce que nos parents appelaient « la belle jeunesse ».  Engagée, généreuse, active, avec un sens inébranlable des valeurs.  Nous lui avons demandé d’oú vient sa motivation et pourquoi elle poursuit cette voie.

Tu es très active dans les kiosques, les conférences et les activités reliées à la coopération internationale à Québec.  Comment a commencé cette passion ?

D’abord par ma participation au programme fédéral Katimavik.  Ensuite, par les études.  J’ai été attirée dans cette voie dès le début de mes études universitaires alors que je me suis inscrite au programme  Études internationales et langues modernes, profil « développement du tiers-monde » à l’Université Laval. Auparavant, un voyage ‘sac à dos’ en Amérique Latine m’avait donné le goût de la proximité avec d’autres sociétés.  Au retour, j’ai poursuivi mes études à l’Université d’Ottawa dans le programme de développement international au cours duquel j’ai réalisé deux stages.  Le premier, au Ministère des Affaires étrangères, commerce et développement Canada m’a appris que ce n’était pas l’aspect du développement international qui m’intéressait le plus, alors que le second avec une ONG appelée « Le Niger, c’est notre affaire » a été concluant.  Je travaillais sur une campagne de financement pour l’éducation des jeunes filles et ça m’intéressait au plus haut point.

Dans la même veine, ma première expérience-terrain provient de ma thèse de maitrise sur l’implication des agriculteurs dans leurs coopératives, au centre du Rwanda.  Pour ce faire, j’ai interviewé les agriculteurs de la région de Gitarama pendant quelques mois.  Ceci faisait partie d’un programme de l’association canadienne des coopératives dans le cadre du développement participatif des coopératives – ces dernières ayant parfois des origines plus gouvernementales qu’associatives.

Comment a commencé ton association à Oxfam-Québec ?

En 2012, j’ai fait un stage au Honduras comme conseillère en entreprise jeunesse au sein du Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) d’Oxfam-Québec.  J’ai été affectée à la Fundación Simiente, ayant pour mission l’autonomisation des femmes et des jeunes.

Pour des raisons de sécurité, je n’ai pu travailler à Langue, où je devais d’abord être affectée.  Mon bureau était donc à la succursale de la Fundación de Tegucigalpa (la capitale) et j’effectuais fréquemment des missions à Aramecina (à la frontière du Salvador), auprès de mon groupe de jeunes.  Les jeunes ont choisi la fabrication de bijoux et nous avons misé sur le recyclage de bouteilles et sacs en plastique et de tissus.  Ils ont été sensibilisés à la préservation de l’environnement et aussi, du fait que ces matières premières étaient gratuites, leur marge de profit était plus grande.  Je puisais beaucoup d’idées sur Internet et le groupe choisissait celles qui lui plaisaient.  Elles vendaient leurs produits dans des marchés avoisinants, lors d’événements nommés ferias.

Le groupe continue encore son travail et est très fier de me le raconter sur Facebook.  La connexion étant très mauvaise à Aramecina, nous ne pouvons nous parler souvent, mais il leur arrive de me donner des nouvelles, à ma plus grande joie !

Tu as choisi de revenir vivre à Québec.  Comment maries-tu tes expériences en coopération internationale et ta vie au quotidien ?

Je suis revenue à Québec pour des raisons familiales et j’ai trouvé un emploi au Conseil québécois de la coopération et de la mutualité.  Ce Conseil regroupe l’ensemble des fédérations coopératives et mutualistes sectorielles et régionales du Québec représentant 3 300 coopératives et mutuelles.  L’égalité des personnes, la solidarité et l’autonomie sont parmi les premières valeurs.  Or, elles sont tout à fait similaires aux valeurs que prône la coopération internationale.  Pour moi, c’est une continuation de mon engagement pour bâtir un monde meilleur.  Je suis responsable de la mobilisation des jeunes de 18 à 35 ans et j’œuvre au sein de la direction éducation et jeunesse, qui sensibilise les jeunes de 5 à 35 ans aux valeurs coopératives et les accompagne dans leurs projets d’entrepreneuriat collectif.

Tu continues toujours ta collaboration avec Oxfam-Québec ?

Oui, je fais partie des 50 bénévoles d’Oxfam-Québec de la région de Québec.  Nous avons une réunion mensuelle et nous créons des activités pour promouvoir la solidarité internationale, la lutte contre les inégalités et les valeurs sociales.  Par exemple,  je coordonne à chaque année le grand marché aux puces du quartier Montcalm à Québec, qui invite la population à donner des objets qui sont vendus au profit d’Oxfam-Québec.  Grâce à la réponse du public et à l’engagement d’une dizaine de bénévoles, nous avons amassé quelques 800 $ pour deux années consécutives!

Pour moi, c’est très important de continuer à être utile dans ce domaine, de sensibiliser les jeunes chez nous pour qu’ils prennent conscience des inégalités, qu’ils deviennent des agents de changements, des agents multiplicateurs et qu’ils posent des gestes concrets.  Les jeunes sont les leaders de demain et il faut les valoriser, les écouter et les motiver en ce sens.  En s’impliquant, ils entrent dans des nouveaux milieux où la hiérarchie est moins présente, où les différences d’âge sont moins importantes et ils élargissent leurs réseaux de contact.  C’est une situation gagnant-gagnant !

Qu’est-ce qui te fait le plus plaisir en ce moment ?

Je me sens utile et ça m’inspire beaucoup.  Je me sens en vie et je veux contribuer à façonner un monde meilleur.  Je me permets de critiquer quand je crois que c’est nécessaire, car je suis active et je propose des choses ; donc je ne fais pas que critiquer.  Dans mon travail de bénévole et mon travail au CQCM, je côtoie beaucoup de gens et je découvre que je ne suis pas seule à être sensible aux inégalités économiques culturelles et environnementales.  J’aime être avec les jeunes et les engager socialement.  Les jeunes aiment tout ce qui est en direct, rapide, immédiat et  vrai.  Ils sont ouverts  aux nouvelles connexions, aux révélations.  Il ne faut pas passer à côté de si belles opportunités !

Tu peux nous donner des exemples concrets d’initiatives des jeunes ?

Par exemple, récemment, j’ai participé à un événement appelé « deux jour pour le leadership », où le CQCM, Oxfam-Québec et moi-même étions présents. J’ai eu la chance de rencontrer des centaines de jeunes du secondaire engagés et tellement inspirants ! J’ai pris conscience que bien que l’argent aide beaucoup à démarrer des projets, il n’est pas nécessaire pour s’engager. De plus, les projets peuvent être de tous genres, selon les intérêts de chacun. Alors que les sentinelles de l’aide luttent contre l’intimidation, d’autres groupes sensibilisent leurs pairs à la gestion responsable des déchets ou au transport actif.

Les jeunes comme les moins jeunes prennent conscience de l’importance du commerce équitable en ouvrant des cafés-étudiants éco-responsable, ou encore, ils s’impliquent dans des événements comme la marche monde, qui a eu lieu dans la région de Québec pour la première fois cette année. Les bénévoles d’Oxfam-Québec de la ville de Québec y étaient présents. Plusieurs membres de ce groupe s’impliquent aussi sur le campus de l’Université Laval, pour présenter les activités d’Oxfam aux étudiants.

Les jeunes sont créatifs et ont une tonne d’idées ! Il suffit de les encourager et ils sèmeront des graines de changement partout, chez eux et ailleurs…..