Monique Létourneau – le mariage du cœur et de la raison

Vous vous demandez encore si le secteur des affaires peut comprendre et contribuer au développement d’une organisation à but non lucratif (OBNL), œuvrant dans des pays en développement et ce, sans attendre l’ascenseur de retour ?!  La réponse est OUI !  Monique Létourneau l’affirme et l’assume.

Invitée à siéger au Conseil d’administration au tournant du siècle, alors qu’elle était trésorière chez Power Corporation, Oxfam-Québec s’intéresse à ses compétences en finances.  Pour Monique, c’est le début d’une belle histoire (2000-2014) s’échelonnant sur quatorze ans de découvertes et de contributions.   Elle participera aux transformations d’Oxfam-Québec et à un Oxfam International en plein essor, créé à partir de 6 organisations de la famille Oxfam pour atteindre 17 affiliés appuyant les populations des quatre coins du monde.[i]

Deux mondes qui se rejoignent

Au début, Monique est étrangère au « jargon » et à certaines approches de la coopération internationale : un plan stratégique au lieu d’un plan d’affaire, un Comité du budget vs un Comité des finances, le renforcement des capacités plutôt que la formation, l’accompagnement vs la consultation.  Mais elle a tôt fait de transcender cette première impression, de s’impliquer, d’influencer certaines approches et de reconnaître la pertinence de certaines autres.  Car, dit-elle, « l’écart culturel entre le milieu des affaires et les OBNL se réduit petit à petit. »  .

Les uns empruntent aux autres et une convergence s’installe sur plusieurs aspects. Oxfam-Québec utilise couramment les indicateurs de performance, la notion de rentabilité des projets, les calculs de coûts/bénéfices, une approche axée sur les résultats.  On est passé des ‘subventions’ aux partenaires-terrain, au financement d’activités et programmes. On retrouve au sein du Conseil d’administration, des administrateurs du milieu des affaires, du marketing, des communications, du juridique.  Pour leur part, les moyennes et grandes entreprises ont maintenant des politiques sur l’environnement, des programmes de responsabilité sociale, de développement durable, une mission sociale proprement définie. Pour soutenir davantage son opinion, elle raconte que lors d’une réunion d’Oxfam International à Boston, la Harvard Business School et un ex-exécutif d’IBM les ont longuement entretenus sur la gestion du changement!

Un engagement total…

Infatigable et toujours volontaire, Monique a siégé au Comité des finances, est devenue trésorière, a siégé au Comité d’intégration du Club 2/3 et au Conseil de Commerce équitable Oxfam-Québec inc (CEOQI). Elle a aussi participé à la revue de la gouvernance d’Oxfam-Québec, afin d’assurer sa conformité à la Loi fédérale sur les OBNL. Elle a aussi participé à la revue de gouvernance du conseil d’administration  d’Oxfam Grande Bretagne pour aider ses membres à jouer un rôle encore plus efficace. « La gouvernance des OBNL devient de plus en plus complexe. » affirme-t-elle. « Il y a une évolution des obligations : une plus grande transparence, une reddition des comptes plus serrée et des responsabilités accrues de la part des administrateurs.  Chez nous, il y a aussi l’association avec Oxfam International et le respect de ses standards ».

De plus, à titre de Présidente d’Oxfam-Québec (2008-2012), elle a siégé au Conseil d’Oxfam-International, a participé à façonner cette organisation, puis en est devenue trésorière.  Paraît-il qu’Oxfam International a même changé ses règlements pour lui permettre de compléter son mandat de trésorière jusqu’en mars 2014, car ayant terminé son mandat chez Oxfam-Québec, elle n’était plus règlementaire !

Moi mon esprit a beaucoup voyagé..…

Au cours des 14 années, ses visites aux projets d’Oxfam en Haïti, Burkina Faso, Bénin, Bolivie, Mexique, Inde, Tunisie et Vietnam lui ont apporté les dimensions expérimentale et émotionnelle de la mission d’Oxfam.  Les 300 femmes et enfants rencontrés au Bénin et le grand nombre d’enfants en Haïti ont entretenu sa flamme pour les projets avec les jeunes et les femmes.  Au Burkina Faso, le Premier Ministre et plusieurs membres de son cabinet ont tenu à manifester personnellement leur gratitude.

A Mumbai, elle a compris comment un simple compte en banque et une participation  dans une coopérative pouvaient transformer une ouvrière ‘invisible’ en citoyenne à part entière.  Pour la première fois de sa vie, cette femme épargnait l’équivalent de deux dollars par mois et elle avait un compte dans une vraie institution financière.  Pour la première fois, elle avait sa propre carte d’identité et elle sentait qu’elle avait des droits.  Elle s’épanouissait de jour en jour et s’est même permise de voir plus grand.

« Il ne suffit pas de montrer à pêcher » dit Monique, « il faut aller au-delà de la ligne à pêche, apprendre à gérer le lac pour une pêche adéquate, aider à la distribution du poisson, influencer les politiques et règlements concernant la pêche ..… »

Le croisement intergénérationnel chez Oxfam-Québec

A l’image d’Oxfam, les jeunes lui tiennent à cœur et sont une source d’inspiration par leur engagement sans réserve. « Ils ont moins de résistance au changement » et deviennent des agents puissants de changement.  L’intégration du Club 2/3 et d’Oxfam-Québec au cours des années 2000 a grandement renforcé la dimension jeunesse chez Oxfam- Québec.  Elle garde un souvenir particulier de l’énergie qui passait lorsqu’elle s’est adressée à 15 000 jeunes dynamiques de la Marche 2/3 (maintenant Marche Monde).

Elle ajoute qu’Oxfam-Québec est un organisme intergénérationnel qui  regroupe dans une mission commune, les jeunes du Club 2/3 (16-35), les membres de la population active (25-65) et les jeunes retraités (55+) par sa filiale DESI

L’optimisme a un visage!

Monique Létourneau est une personne qui voit le verre d’eau à moitié plein. C’est une optimiste pour qui, un problème est une occasion de trouver une solution.  Un peu comme l’idiogramme chinois qui illustre une crise et une opportunité de la même façon, elle croit à un monde juste, un monde avec moins de pauvreté.  Avant de se quitter, elle lance tout bonnement : «L’an dernier, plus de 20 millions de personnes ont bénéficié directement des programmes de la grande famille Oxfam.  Comment ne pas croire à une telle organisation ?! »