Voyage au cœur des autres et de l’ailleurs

Il faut être humble par rapport aux attentes de la coopération. Elle est nécessaire mais il faut être en mesure de la questionner perpétuellement.
Jean Beaudry, Conseiller technique en développement et gestion pour Oxfam-Québec en Palestine

L’ailleurs comme implication

Je m’appelle Jean Beaudry. J’ai toujours eu le goût du voyage. Cette envie ne s’est jamais tarie, même lorsqu’ il y a 7 ans de cela, j’ai pris ma retraite. Le désir était toujours là, fort, intense, mais cette fois-ci, j’ai ressenti le besoin de m’impliquer à l’international. Je suis quelqu’un d’engagé, aimant être dans l’action et qui voulait vivre une retraite qui ait un sens. En 2006, je suis parti, avec ma femme Francine, en Bolivie avec Oxfam-Québec. Par la suite, je suis allé au Vietnam, au Honduras et, tout récemment, en Palestine. Avec l’équipe de terrain, j’ai contribué à identifier des partenaires pour la mise en place de la nouvelle phase d’implantation des programmes d’Oxfam-Québec à divers endroits du territoire (Naplouse, Ramallah, Jéricho…).

Œuvrer dans le développement international, c’est se confronter à un vécu concret, auparavant lointain, qui nous ouvre une autre perspective critique, plus nuancée et moins fondée sur les à priori. J’ai une belle anecdote à ce sujet. Avec l’équipe d’Oxfam, nous étions allés rencontrer une coopérative de femmes dont l’activité était la transformation alimentaire. La majorité d’entre elles portaient le hidjab mais c’était des maîtresses-femmes. Au début, quand elles ont démarré leur activité, les maris ne les prenaient pas au sérieux. Elles ont commencé à faire des bénéfices et ont ouvert une garderie, puis, elles ont développé une entreprise de micro-crédit. Pour moi, cela a été une forme de leçon. Le développement international aide à cela : à garder son sens critique mais en le nuançant. C’est pour cela que m’impliquer en Palestine signifiait aussi être en contact direct avec l’histoire, à la fois dans ce qu’elle a de positif et de négatif. Au début cela a été très impressionnant, les militaires sont omniprésents dans la ville de Jérusalem. Dans la vieille ville, il y a 1638 caméras ! Il faut prendre un peu de temps pour apprivoiser cela. On part avec nos acquis, notre environnement avec lequel on a évolué. Il faut se dire, je m’en vais ailleurs, en le voyant comme une démarche, un processus. Il faut se faire confiance, être bien avec soi. Francine, ma femme, dit que plus on se laisse pénétrer, plus on découvre ce que les gens vivent, moins on a envie de les changer mais davantage de les accompagner.