Changer pour donner une chance à la vie et à la santé

PAR DANIELLE DOMERSANT, COORDONATRICE DE SANTÉ PUBLIQUE, OXFAM.

La promotion de la santé et de l’hygiène représentent un défi, majeur en Haïti ; en plus des obstacles liés aux infrastructures telles les conditions sanitaires inadéquates et les limitations de l’accès à l’eau potable, les croyances populaires semblent l’une des barrières les plus difficiles à surmonter.

Des générations ont grandi en répétant des phrases telles : Mikwòb pa touye Ayisyen  (Les microbes ne tuent pas les haïtiens). A force d’être des survivants, nous avions commencé à nous croire indestructibles, jusqu'à ce que survienne le choléra. L’incrédulité, la panique, la colère noient les messages d’information et les tentatives de sensibilisation. Les mauvaises habitudes ont la tête dure.

Les leçons d’hygiène sont loin d’être un concept nouveau ; en fait elles
font partie intégrante du curriculum des écoles et je me souviens
encore de ce livre bleu aux leçons interminables que je devais apprendre
« mot par mot » en classe primaire. De temps à autre des panneaux sur
l’importance de l’eau ou le lavage des mains sont affichés. Mais pas ou
peu de résultats. Pourquoi ? Probablement pour les mêmes raisons  qui
font que, malgré les publicités sur les conséquences néfastes du tabac,
et l’avertissement clairement imprimé sur les paquets de cigarettes,
l’industrie de la cigarette reste tout aussi florissante. L’approche
média de masse est utile pour informer. Mais pour parvenir à changer les
habitudes,  les sessions interactives personnalisées sont essentielles.

Notre équipe santé, secondée par les membres de la communauté
(mobilisateurs, comité de camps, ..) est constamment sur le terrain et
utilise toutes les ressources possibles pour faire passer les messages
sur l’eau potable, l’hygiène personnelle, les maladies diarrhéiques et
leur prévention (porte-à-porte, discussion de groupes, projection de
films).

Avec l’annonce du choléra, nous renforçons les sessions d’éducation : le
choléra, comment le prévenir, comment se protéger soi-même et sa
famille, quoi faire si malgré tout il nous atteint. Les mêmes messages
sont transmis aux enfants mais par des méthodes ludiques. Ces derniers
sont d’une telle réceptivité et sont les meilleurs ambassadeurs de la
promotion d’hygiène qu’il soit. Je me le répète encore en observant une
fillette assise sur les genoux de son père qui s’apprête à lui donner à
manger et lui dire en gazouillant gentiment, presque chantonnant « papi,
lave men  avan manje, (Papi, il faut se laver les mains avant manger) ».

Une lueur d’espoir dans  ce tourbillon de chiffres que nous lancent les
autorités : 2 000, 5 000, jusqu'à près de 90 000 cas de choléra. Un
espoir on en a bien besoin/presqu’une victoire : le choléra a jusqu'à
présent généralement évité les camps d’hébergement où vivent encore
probablement près de 1,3 millions d’Haïtiennes et d’Haïtiens. Pourquoi ?
Justement parce que dans ces camps il y a eu des mesures d’hygiène qui
ont été appliquées en passant par la mise à disposition des populations
de l’eau chlorée à la sensibilisation et la promotion d’hygiène. Demain
on se replonge sur le terrain tant dans les sites que les quartiers, on
continue la lutte, commencée il y a près d’un an: changer l’approche
traditionnelle pour changer les mauvaises traditions ; changer
l’insalubrité pour changer le cours de cette épidémie
.

Enfin, changer pour donner une chance à la santé et à la vie.

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