Une prière pour que le soleil revienne
PAR SORAYA VERJEE, COORDONATRICE DU FINANCEMENT DE PROGRAMME, OXFAM
22 novembre 2010
La tempête Tomas était en route. Les journaux télévisés montraient les ravages qu´elle était entrain de provoquer sur les îles des Caraïbes. La tempête, implacable et sans pitié, s´avançait vers Haïti ; un pays qui venait à peine de se remettre du tremblement de terre du 12 janvier et qui devait faire face à une épidémie de choléra. Ce que tout le monde pensait être une situation déjà terrible pouvait alors empirer si la tempête Tomas frappait aussi fort que prévu. Plus la tempête gagnait en intensité dans les Caraïbes, plus l´ambiance devenait pesante au bureau. La tension était palpable malgré l´effort des gens pour faire des blagues et calmer les nerfs. Après avoir vécu dans des pays comme le Tchad où nous avions l´habitude de prier, en période de sécheresse pour que la pluie vienne, cette fois-ci nous avons prié pour que le soleil revienne.
La journée avant que la tempête Tomas arrive est passé très vite. On a autorisé le personnel à rentrer plus tôt chez soit afin de se préparer. J’avais réservé un vol pour le même week-end où la tempête Tomas devait arriver. Je me suis précipitée au guichet de la compagnie aérienne pour le changer, mais le bureau était débordé car beaucoup de gens faisaient la même chose.
Des mesures de sécurité ont été mises en place, les réfrigérateurs ont été remplis et des seaux remplis en cas de panne d´électricité. Les organisations étaient occupées à préparer les personnes déplacées qui vivaient dans les tentes et à les conduire vers un terrain plus élevé, hors des inondations. Les stocks ont été positionnés afin d’assurer une réponse rapide après le passage de la tempête Tomas.
La nuit a été marquée par un peu de pluie, mais rien d’anormal, et le vent n´a pas soufflé fort dans la ville. Nous nous sommes réveillés en pensant que le pire était encore à venir et qu´il fallait rester à l’intérieur. Pendant que je prenais mon petit déjeuner, un oeil sur mon pain grillé et l’autre sur la fenêtre, le sud d'Haïti était en train d’être sévèrement touché. En regardant la bruine et le ciel gris autour de nous, nous nous demandions si c’était le calme avant la tempête comme tout le monde disait. Quand la pluie s´est intensifiée, nos battements de cœur se sont accélérés faisant de même ! Puis, la tempête s’est arrêtée. Est-ce que les prières ont marché ? Est-ce que la tempête Tomas a changé d’avis ?
Finalement, Port-au-Prince n’a pas été autant touché que ce qui était prévu. Cependant, la pluie qui est tombée fût suffisante pour causer des dégâts et affecter les personnes qui vivaient dans des tentes, les coins escarpés de la ville et sur la côte. Ce qui serait peut être pire qu’un ouragan qui frappe une ville surpeuplée est la propagation du choléra frappant les endroits les plus pauvres de la ville. Et malheureusement quelques jours plus tard, nos craintes sont devenues réalité.
Un jour après, je quittais Haïti pour le Royaume-Uni et tout était comme d’habitude. Les femmes vendaient leurs oranges au bord de la route, à côté des femmes qui vendaient des tennis Reebok usagées, et les réminiscences des années 80.
Pour les prochaines semaines je serai hors du pays et deviendrai une simple observatrice de ce qu´il se passe à Haïti : le choléra, les élections imminentes, et de temps en temps je verrai des photos, dans les journaux, de ce beau pays.
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