Une robe, deux robes, trois robes de mariée !
Le quartier de Morne Lazarre est un des plus détruits de la capitale.
C’est là qu’opère OFAMOLA, notre partenaire. Organizasyon Fanm Mon Laza.
Dans le petit local de l’association que j’ai visité, toutes les personnes impliquées dans le projet voulait me raconter le travail.
Ce sont eux qui opèrent avec nous dans cette zone pour la gestion des déchets. Des équipes sont engagées pour balayer, nettoyer les rues et les ravines. D’autres font un gros travail de sensibilisation pour changer les comportements et expliquer les impacts de l’insalubrité sur la santé publique. Pendant ce temps, une autre brigade fait du porte-à-porte pour récolter des déchets. En tout, ce sont 50 personnes par mois qui travaillent au projet.
Pour la récolte, ça fonctionne avec un système d’abonnement. Les gens payent de 100 à 750 gourdes (2,5 à 18 $), suivant la quantité de déchets produite. Les plus grosses quantités concernent surtout les commerçants. Et ça marche ! Allah Louis, la coordonnatrice du projet, me confirme qu’après l’étape de sensibilisation, les gens sont plutôt contents de pouvoir s’abonner et d’arrêter de devoir mettre le feu à leurs tas d’ordures.
La dernière étape, après la collecte, c’est le compostage et le recyclage de certaines matières. Évidemment, tout ça se fait en collaboration avec le SMCRS (Service métropolitain de collecte des résidus solides), qui dispose ensuite des ordures dans des décharges.
Petite anecdote : le local d’OFAMOLA sert aussi de lieu de rassemblement pour les jeunes du quartier et là, au deuxième étage, une de leurs activités préférée, c’est l’atelier de fabrication de jouets, à partir des matériaux récupérés ! Certaines des productions de cette année sont actuellement exposées au Biodôme de Montréal, dans le cadre du Concours Déchets d’œuvre !
L’autre travail important d’OFAMOLA, c’est le soutien au redémarrage de petites entreprises pour les femmes du quartier. Une première phase du projet a soutenu 200 femmes. Les bénéficiaires du programme sont des personnes qui opéraient déjà avant le séisme mais qui ont tout perdu. Elle reçoivent une subvention de près de 27 500 gourdes (685 $) et de la formation. Souvent il s’agit d’alphabétisation en premier lieu, mais également de gestion et de comptabilité, ainsi que d’outils pour analyser mieux les besoins et le marché.
La plupart de ces femmes tiennent des petits kiosques alimentaires et vendent soit au marché, soit dans la rue. D’autres vendent des sous-vêtements, des souliers, du charbon, des boissons gazeuses ou de l’alcool…

J’ai rencontré neuf de ces femmes très fières de raconter leur expérience. Elles soulignaient toutes le fait qu’elles ne savaient pas lire ni écrire avant. Elles témoignaient toutes de bénéfices beaucoup plus importants avec leurs petits commerces. Certaines d’entre elles commencent à investir cet argent dans la reconstruction de leurs maisons détruites. Les autres, qui ont eu plus de chance lors du séisme, sont devenues des soutiens de famille, étant bien souvent les seules à travailler, et s’occupent d’abord et avant tout de l’éducation des enfants ou des petits enfants.
Ma visite à Morne Lazarre s’est terminée avec la rencontre d’Annacilia Jean-Pierre. Sa maison est abimée, mais pas détruite. Elle a donc pu relancer son commerce dans un petit local de sa demeure qui donne sur la rue. Avec la subvention et les formations, elle a rouvert sa boutique de vente et de location de robes de mariée. La demande était forte et rapidement, elle a dû engager trois personnes pour travailler avec elle. En fait, elle pourrait sans problème augmenter encore son chiffre d’affaire. Mais son local de quelques mètres carrés est utilisé à pleine capacité.
Dans quelques années, elle rêve et se voit dans une nouvelle boutique, grande, lui permettant de mieux « ranger son fatras » ! En attendant, avec les bénéfices de son travail, elle envoie déjà quatre de ses enfants à l’université. Les trois suivants sont encore à l’école mais elle n’a aucun doute là-dessus, ils suivront les traces de leurs frères et sœurs !


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