Une gourde : mille pensées

Je suis revenue d'Haïti il y a un mois à peine. Une pièce de 5 gourdes traîne sur ma laveuse. Elle s'était faufilée dans le fond de mes poches et je l'avais laissé là, sachant très bien qu'elle ne me servirait à rien ici.

Ce matin, comme plusieurs d'entre vous j'imagine, entre les courses et le ménage, j'ai fait un peu de lavage. C'est là que je suis tombée face à face avec la gourde. C'est à ce moment-là aussi qu'une multitude d'images se sont manifestées à moi : les sourires des enfants croisés dans les camps de réfugiés qui prenaient plaisir à apprendre les règles d'hygiène, les mères attentionnées qui, malgré la fatigue voilant leur regard, prenaient le temps de caresser les cheveux de leurs enfants, les marchandes fortes, solides installées devant leur comptoir de produits afin de récolter quelques gourdes et ainsi nourrir leur famille, les hommes s'affairant à ramasser des débris... Tous ces gens qui ont survécu à une tragédie. Toutes ces personnes qui choisissent de vivre et de faire de leur mieux dans les circonstances. Ces enfants, ces femmes et ces hommes qui aujourd'hui font, à nouveau, font face à une situation dramatique.

C'est confirmé, le choléra a déjà tué plus de 100 personnes. Près de 2 000 en sont atteints. 

Je sais que nos équipes sont sur place, elles distribuent de l'eau, mettent en place des structures d'assainissement et travaillent ensembles afin de soutenir le plus de personnes possibles. Je sais et j'ai confiance car je les ai vu à l'oeuvre, mais malgré tout, une partie de moi aimerait être là car ici, j'ai l'impression que mes pensées ne servent à rien.  

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