Double désastre au Niger

Oxfam prévient que des millions de sinistrés sont encore laissés pour compte

Vue aérienne de la province de Maradi, au Niger
Vue aérienne de la province de Maradi, au Niger.

« Nous aidons des milliers de personnes touchées par les inondations, mais nous sommes maintenant au maximum de nos ressources. Nous répondons à l’une des pires crises alimentaires de mémoire d’homme dans cette région. »

Raphael Sindaye, directeur-adjoint régional d’Oxfam pour l’Afrique de l’Ouest

2010-08-24

À moins de deux mois de la saison des récoltes, des inondations et des pluies torrentielles à travers le Niger ont détruit des cultures, ce qui aggrave la crise alimentaire actuelle dans ce pays, a déclaré Oxfam. Les inondations ont tué plusieurs personnes, laissé des milliers sans foyer, ravagé les champs et poussé des familles affamées jusqu’à la crise.
« Beaucoup de récoltes et de jardins potagers qui auraient nourri des familles affamées ont été détruits par les inondations. Des gens qui priaient pour la pluie, afin de faire pousser leurs récoltes, ont tout perdu maintenant », a dit Raphael Sindaye, directeur-adjoint régional d’Oxfam pour l’Afrique de l’Ouest. « Ce qui paraissait comme la solution à la sécheresse n’a fait qu’empirer le problème. »
Dans la capitale Niamey, le fleuve Niger est monté à son niveau le plus élevé en 80 ans. Des milliers de personnes ont perdu leurs maisons, leurs potagers et leurs rizières à la suite du débordement du fleuve.
Les Nations unies estiment que plus de 110 000 personnes sont touchées par les inondations au Niger, dont beaucoup sont parmi les presque huit millions souffrant déjà de faim sévère.
Ibrahim Mahaman, chef d’un village sinistré, a dit : « C’est un double désastre. Avant les pluies, beaucoup de gens manquaient de nourriture. Tout ce qu’ils avaient comme réserves de céréales a été emporté par les eaux. Il ne leur reste rien. »
Des inondations graves à travers le pays entravent la livraison d’aide et beaucoup de routes sont détruites. On craint maintenant une augmentation des cas de paludisme et de diarrhée, surtout parmi des jeunes enfants déjà affaiblis par la malnutrition sévère.
« Nous aidons des milliers de personnes touchées par les inondations, mais nous sommes maintenant au maximum de nos ressources. Nous répondons à l’une des pires crises alimentaires de mémoire d’homme dans cette région. Le Niger a besoin d’urgence de plus d’argent, afin de répondre à la crise alimentaire et aider ceux qui viennent d’être frappés par cette nouvelle urgence », a dit Raphael Sindaye.
Oxfam et ses partenaires aident à fournir des trousses d’assainissement et d’hygiène, ainsi qu’à installer des citernes d’eau dans des bâtiments communautaires où des familles déplacées sont provisoirement relogées.
Au village de Kazoé dans la région de Zinder, où Oxfam et son partenaire local AREN (Association pour la Redynamisation de l’Élevage au Niger) livrent de la nourriture, des inondations éclair ont tué plus de mille bêtes et détruit des maisons et des récoltes.
Ces inondations surviennent au moment où le Programme alimentaire mondial reconnaît que, s’il ne reçoit pas plus d’argent immédiatement des donateurs, il n’arrivera pas à nourrir 60 pour cent des populations affamées du Niger.
L’organisme d'aide alimentaire de l'ONU a un manque à gagner de 88 millions de dollars américains et ne pourra pas mettre en œuvre son projet ambitieux de nourrir presque huit millions de personnes au Niger au plus fort de la crise alimentaire.
Des pluies abondantes et des inondations ont touché aussi certaines régions du Tchad et du Mali où des millions de personnes sont également aux prises avec une crise alimentaire.
Raphael Sindaye a dit: « La situation en Afrique de l’Ouest peut paraître infiniment complexe et difficile à résoudre, mais si la communauté internationale investissait dans des projets de développement à long terme et prévisibles, nous pourrions nous assurer que les familles soient moins vulnérables dans l’avenir. Ce serait une meilleure solution pour la population locale et moins coûteuse pour la communauté internationale. »

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