Budget fédéral 2012 : l’aide internationale fortement touchée
Par Lina Holguin, directrice des politiques, Oxfam-Québec
Le budget pour 2012-2013 a été présenté hier au Parlement. Malgré la reprise de l'économie canadienne, c'est un budget d'austérité visant à réduire la taille et l'ambition du gouvernement. Les réductions ont été réparties entre plusieurs ministères, mais la plus importante était réservée pour le budget de l'aide au développement. Plusieurs pourront croire que le Canada semble avoir décidé de résoudre ses problèmes fiscaux sur le dos des plus démunis.
Afin de s’attaquer à la pauvreté et aux crises alimentaires, Oxfam-Québec avait recommandé au gouvernement canadien des « mesures énergiques » dans le budget fédéral de 2012. Entre autre, nous avons recommandé de mettre fin au gel des dépenses en aide au développement et de favoriser l’adaptation aux changements climatiques des pays en développement. Malheureusement, avec son annonce, le gouvernement a ignoré ces demandes.
L’enveloppe globale de l'aide canadienne sera coupée de 7,5 % au cours des trois prochaines années. L'ACDI elle-même a été coupée de 9,7 %. L’aide du Canada destinée aux organismes internationaux doit également être revue et il y a des signes de compressions pour eux aussi. La présence diplomatique du Canada dans le monde sera aussi réduite.
Les coupures du budget de l’aide au cours des trois prochaines années seront de 800 millions de dollars. On ne saura pas précisément quels programmes seront coupés jusqu'au mois prochain, mais l'étendue des coupures du budget de l’aide équivaux aux montants que l'ACDI destine aux programmes d'éducation (250 millions de dollars), d'eau et d'assainissement (70 millions de dollars), au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria (180 millions de dollars), au Programme alimentaire mondial (70 millions de dollars) et plus. Ce budget marque l’abandon de la promesse fait en 1970 de verser 0,7 % du revenu national en aide publique au développement.
Le Canada dépense un peu plus de 3 dollars par semaine par canadien pour l’aide internationale. D'ici 2015, nos dépenses tomberont à moins de 2,50 dollars par semaine par personne. Derrière ces économies se trouve la réalité de gens qui tomberont malades ou mourront inutilement, d’enfants qui ne pourront pas aller à l’école, d’hommes et de femmes qui ne pourront pas faire partie d’une économie productive.
Contrairement au Canada, l'Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis ont augmenté leurs budgets d'aide, et ce bien qu'ils soient dans des situations économiques encore plus précaires. David Cameron, en Grande-Bretagne, a demandé au Parlement une augmentation de 40 % de l’aide, pour s'assurer que le pays atteigne le 0,7 % d'ici à 2015, l'année cible pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement.
Ces pays reconnaissent que l’aide est un investissement judicieux pour plus de stabilité dans le monde. Au-delà du coût de la souffrance humaine, couper l'aide ne conduit pas vraiment à des épargnes. Le fait de ne pas investir dès maintenant dans la capacité d’adaptation et la prospérité des communautés les plus vulnérables va engendrer des coûts bien supérieurs à l’avenir, lorsque nous devrons faire face à des catastrophes et des conflits.
Oxfam-Québec continuera à plaider auprès des élus sur la nécessité d'augmenter le budget de l'aide. Nous continuerons à demander au gouvernement de lutter contre la pauvreté et la faim dans le monde. Nous espérons que vous allez le faire avec nous. Joignez-vous à nous! Appuyez notre campagne Cultivons.
Pour plus de détails, consultez l'analyse du CCCI
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