Témoignage de Lina Demnati, conseillère en égalité entre les sexes au Burkina Faso

Une lutte continuelle pour l’émancipation et les droits des femmes !
Au Burkina Faso, les statistiques sur la situation des femmes burkinabé sont alarmantes ! 52,4 % des personnes vivant dans l’extrême pauvreté sont des femmes. En 2009, le taux d’alphabétisation des femmes de plus de 15 ans était de 21,6 % et les violences faites aux femmes demeuraient répandues dans le pays (mariage précoce et forcé, mutilations génitales féminines, harcèlement sexuel, etc.).
Dans ce pays, où 46 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (moins de 1 $ par jour), les femmes ont des conditions de vie particulièrement difficiles. Les femmes burkinabé, dont la seule tare est d’être nées femmes, subissent tout au long de leur existence des discriminations diverses que ce soit au niveau de l’emploi, pour revendiquer leurs droits ou pour accéder au crédit et sont de plus victimes de multiples formes de violence.
L’action d’Oxfam-Québec au Burkina Faso contribue à améliorer les conditions de vie des femmes et à défendre un traitement égal et juste des femmes et des hommes. Depuis 2003, Oxfam-Québec appuie l’Association Munyu des femmes de la Comoé (région Sud-ouest du Burkina Faso) qui s’est donnée pour mission d’œuvrer à l’amélioration du statut des femmes, de leurs conditions de vie socio-économique et de faire respecter leurs droits humains. Pour ce faire, l’association centre son action sur : l’alphabétisation, la santé, l’environnement, le micro crédit, la lutte contre le trafic des enfants et la communication (radio, journal et théâtre forum).
La création de l’Association Munyu (qui signifie patience, tolérance et don de soi en langue dioula) en 1992, est avant tout une histoire de persévérance et d’engagement pour l’amélioration des conditions de vie des femmes et de leur statut social en vue d’arriver à une réelle égalité entre les sexes. Malgré des débuts difficiles et un manque de moyens matériels, l’association compte désormais 10 000 membres et emploie près de 50 personnes.
Installée dans la Maison de la Femme que l’association a érigée dans la ville de Banfora, Munyu illustre bien l’impact sur la vie de milliers de femmes que peut avoir une poignée de femmes engagées et militantes qui se sont impliquées bénévolement et avec abnégation, et desquelles le travail d’équipe et la coopération sont au cœur de la philosophie et des agissements.
La construction de la Maison de la Femme a été déterminante selon Madame Lydie Sagnon, l’une des fondatrices de Munyu, car :
« […] la construction de cette maison était plus que nécessaire afin que les femmes puissent enfin s’unir, se réunir et mener leurs activités. Elle a été également construite pour servir de lieu de travail, de réunions pour toutes les femmes de la Comoé sans distinction aucune. C’est un lieu approprié pour mener des activités génératrices de revenus.
Cette maison fait aujourd’hui la fierté de toutes les femmes et même des autorités politiques et administratives de la région et c’est grâce à une minorité de femmes engagées et dévouées à la cause des prochaines générations de femmes que ce projet a pu se réaliser concrètement. Notre satisfaction est grande, car cette maison est aujourd’hui le lieu par excellence où se tiennent les grandes rencontres, les séminaires, les conférences. »
Munyu a à son actif de nombreuses réalisations qui ont directement contribué à promouvoir et instaurer un changement social que ce soit en faveur de l’autonomisation des femmes, pour lutter contre les violences faites aux enfants, l’amélioration des conditions de vie socio-économique des populations, en particulier des femmes, etc. À titre d’exemple, le programme d’éducation de l’association a notamment permis : l’ouverture de 290 centres d’alphabétisation dans la région des Cascades, l’installation de 32 bibliothèques villageoises, la construction de 10 puits à grand diamètre et un forage, la formation de 600 personnes pour la lutte contre le trafic des enfants. Parmi les autres réalisations, nous pouvons citer : l’implantation en 1999 de la radio Munyu La voix de la femme avec un rayon de diffusion de 150 km, qui est utilisée pour la sensibilisation c'est-à-dire les informations éducatives pour informer les populations sur les sujets touchant leur réalité quotidienne (bonnes pratiques agricoles, hygiéniques, sanitaires, droits des femmes vulgarisés, trafic d'enfants, environnement, excision, etc.).
Enfin, les actions dans le domaine de la santé ont permis la formation de 150 animateurs sur les sujets de l’allaitement maternel, la vaccination, la nutrition et la lutte contre l’excision ; de 150 éducateurs sur les MTS et le SIDA ; de 330 personnes pour la lutte contre la pratique de l'excision et de 120 femmes à la santé de la reproduction.
L’Association Munyu, à travers la promotion d’un discours qui promeut l’instauration d’un respect mutuel entre les femmes et les hommes et d’un traitement équitable pour tous, a contribué à l’augmentation du taux de scolarisation des jeunes filles. De plus, grâce à l’action de Munyu et la détermination de ses fondatrices, de nombreuses femmes burkinabés se sont mobilisées pour défendre leurs droits et s’impliquer socialement dans la prise de décisions les concernant et reprendre du pouvoir sur leur vie et au sein de la société.
Malgré le travail remarquable et engagé des associations de femmes à travers le Burkina Faso, il reste encore beaucoup de chemin à faire avant de parvenir à impulser un réel changement social durable basé sur des relations de pouvoir égalitaires et juste entre les femmes et les hommes.
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