Témoignage de Marie-Pier Tanguay, ex-coopérante volontaire en République démocratique du Congo (RDC)
Marie-Pier était conseillère en renforcement organisationnel
J’ai été basée en République démocratique du Congo de 2005 à 2006 en tant que coopérante volontaire en renforcement organisationnel, notamment au travers de la problématique de l’eau et l’assainissement. Le Congo, ancien Zaïre, connaissait sa première élection démocratique. Il se remettait de 40 ans de dictature et d’une série d’affrontement interethnique et de guerres échelonnées sur plus de 10 ans.
Je me retrouve donc complètement au nord du Congo dans une région immensément riche en matière première. Il y a une forêt luxuriante. Il y a de l’eau… mais curieusement IL N’Y A RIEN !! Il n’y a pas de route, pas d’infrastructures, pas de services, pas de présence étatique… une sorte de chaos anarchique.
Après le choc, les yeux s’habituent et voient mieux. L’état est bien présent et essaie de faire de son mieux avec des moyens extrêmement limités et beaucoup de contraintes : qui peuvent se traduire par un immense pays 2 345 410 km2, 60 millions d’habitants sans infrastructures entourés par neuf pays frontaliers (si vous pensez au jeu « Risk » vous comprendrez qu’il est difficile à défendre). Une fois les yeux habitués le défi est là : par quoi et comment commencer ?
Heureusement Oxfam-Québec est présente au Congo depuis 1984 et se démarque par son expertise et ses succès pour appuyer la population en approvisionnement en eau potable et en assainissement du milieu.
La zone prioritaire ciblée par une concertation des agences onusiennes et des ONG internationales est Mahagi-Port. En bref, une zone endémique de choléra habitée par plus de 30 000 personnes. Ces communautés vivent principalement de la pêche et elles habitent sur la rive du Lac Albert. Les maladies d’origine hydrique sont fréquentes et posent de graves problèmes aux populations. Il en résulte de nombreuses pertes en vie humaine. L’approvisionnement en eau et les conditions d’hygiène posent d’énormes difficultés. Les habitants doivent parcourir de deux à cinq kilomètres pour arriver à la seule source d’eau qui ne tarit pas. L’eau des puits est contaminée par l’eau de ruissellement. Les habitants ne peuvent pas creuser de latrines car l’eau du lac est trop près de la surface. De plus, l’eau de ruissellement apporte toutes sortes de matières fécales ce qui rend la région extrêmement sensible aux épidémies de choléra.
La population en général utilise le lac pour tout : aller aux toilettes, se laver et boire. Il y a peu de latrines et celles qui existent sont souvent pleines et non adaptées au milieu.
Mon travail a consisté à rédiger le projet d’appui à ces populations, aidé des ingénieurs hydrauliques locaux Oxfam-Québec. Nous devions faire vite : plus nous pouvions agir rapidement et plus nous pouvions réduire les mortalités liées aux maladies hydriques. Le projet a été accepté par le bailleur de fonds, l’Unicef.
J’ai appuyé les ingénieurs en concertant les autorités locales et la population. Le projet allait être mené à bien si la population était capable de s’approprier les ouvrages hydrauliques pour en assurer la gestion et la pérennité. Ainsi, alors que les ingénieurs s’affairaient aux travaux de mise en œuvre appuyés par la population locale, je travaillais au renforcement organisationnel des comités de gestion des ouvrages et au renforcement des capacités de la zone de santé impliquée dans le projet pour tenter d’améliorer les conditions hygiéniques de la population.
Le projet a été mené à bien. Oxfam-Québec a contribué à réduire significativement le choléra dans cette zone et à diminuer les maladies d’origines hydriques. On se rend compte dans ces contrés à quel point l’eau est vitale. En procurant à la population des points d’eau accessible celle-ci a plus de temps pour se développer. Les corvées d’eau diminuées, les enfants surtout les filles vont davantage à l’école.
D’ailleurs, appuyer les infrastructures scolaires fait partie de notre deuxième phase du projet… mais c’est une autre histoire.
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