Photo : Marion Cassen/Oxfam-Québec

Témoignage : Quand une garderie change des vies en Bolivie

Pour qui veut profiter de nouvelles opportunités d’emploi, aller se former ailleurs et quitter sa famille sont souvent des passages obligés. Mais le prix à payer est particulièrement élevé, surtout pour les jeunes femmes des pays en développement comme la Bolivie, où l’accès à des services d’appoint est encore limité.

Les obstacles s’accumulent vite, même pour celles qui ont une vocation comme Maribel. Elle a 21 ans et veut devenir infirmière; son fils Lionel, qu’elle élève seule, a 2 ans, et a besoin d’une présence stable toute la journée. En janvier, la jeune mère s’est donné une chance de se professionnaliser en quittant sa communauté rurale pour la 2e ville du pays, El Alto; mais elle a dû renoncer du même coup à son système de soutien familial, et assumer seule les coûts financiers extra. Sans compter que la question de la garde de Lionel restait entière :
« Je n’aurais pas été capable de laisser mon fils Lionel à n’importe-qui », confie Maribel.

C’est pour s’attaquer de front à ce type de barrières à l’émancipation des jeunes femmes qu’Oxfam-Québec a décidé d’accompagner la Fondation INFOCAL-La Paz, un important institut de formation technique basé à El Alto, dans la mise en place d’un service de garderie éducative doté de 52 places et destiné en priorité aux jeunes mères-étudiantes.
Maribel met le doigt sur un problème chronique, qui empêche les femmes de prétendre à un emploi décent et stable dans la ville. En l’absence de services abordables ou fiables de garderie, elles ont pour seules options d’amener leurs enfants avec elles en classe, ou de renoncer aux études. INFOCAL estime que chaque année, la réussite de 50% de ses étudiantes s’en trouve affectée.
« J’ai presque failli pleurer de joie de savoir que je recevais de l’aide avec une bourse ».

La construction de la garderie était à peine finie que Maribel a vu les annonces sur la vitre du secrétariat d’INFOCAL… et Lionel a été le premier inscrit! La chance a été de son côté. Elle a choisi INFOCAL sans hésiter pour sa réputation d’excellence en soins infirmiers, mais pour dire vrai, en janvier, sans garderie, son rêve allait fort probablement s’évaporer.

La garderie coûte à Maribel 125 bolivianos par mois, l’équivalent de 18 $, grâce à une bourse comme celles qu’octroie cette année Oxfam-Québec à l’ensemble des étudiantes-mères et étudiants-pères, qui coupent le prix réel du service de moitié. Heureusement, car elle ne pourrait pas payer plus. Cela lui permet d’étudier tout l’après-midi à son rythme en laissant Lionel à la garderie de 11h45 jusqu’à 17h.

Grâce à ce service, sur place et abordable, Maribel a pu organiser sa nouvelle vie faite d’allers-retours entre El Alto, où elle étudie la semaine, et son village natal d’Inquisivi, à 8 heures de route. Elle rentre à Inquisivi chaque fin de semaine; c’est une routine à laquelle elle tient pour échapper au froid glacial qui saisit son appartement dans le quartier Senkata, à El Alto, à quelque 4000 m d’altitude. Elle ne regrette pas, cependant, d’avoir bougé à la ville. C’était nécessaire, « pour avancer dans la vie, pour son fils, surtout ».

Une place à prix modique en service de garderie peut tout changer dans la vie de ces jeunes femmes. Sans qualification professionnelle particulière, elles sont souvent limitées à des emplois dans le secteur informel, sans aucune couverture sociale, parce que c’est la seule façon de combiner la prise en charge de leurs enfants et quelques heures de travail (en vente, confection, etc.), à bas salaire.

Le service de garderie ouvert à Infocal se distingue par sa forte dimension éducative et un suivi médical qui fait généralement défaut à El Alto, favorisant ainsi un développement intégral des enfants. On y utilise des stratégies d’éveil, mais on y apprend aussi l’égalité entre les filles et les garçons. Maribel voit une nette différence dans la socialisation de Lionel. Mère et fils sortent gagnants.

En prévenant le décrochage scolaire, nous favorisons l’insertion sur le marché du travail formel et l’émancipation économique des jeunes femmes en Bolivie.
La garderie éducative de la Fondation INFOCAL-La Paz a été inaugurée en mars 2013 avec l’appui technique et financier d’Oxfam-Québec, et travaille présentement à la consolidation de son programme éducatif avec l’appui d’une coopérante spécialisée dans ce domaine.


En savoir plus sur notre projet
Ouvrir le marché de l’emploi aux femmes et aux jeunes autochtones