La maison Amani : un havre de paix pour les survivantes de violences sexuelles en République démocratique du Congo


La violence sexuelle est un problème endémique en situation de conflits armés, qu’elle soit utilisée comme arme de guerre, comme moyen de déstabiliser les communautés ou à des fins de nettoyage ethnique. Le droit international reconnaît ainsi la violence sexuelle comme potentiellement constitutive de crime de guerre, crime contre l’humanité ou encore de génocide. Les femmes et les jeunes filles en sont les premières affectées.

En République démocratique du Congo, dans le cadre du conflit qui ronge le pays depuis plus de deux décennies, la violence sexuelle, commise par les groupes rebelles comme par les forces armées étatiques, a atteint des proportions endémiques terrifiantes. Cette violence touche tous les sexes, mais affectant de manière disproportionnée les femmes et les filles. Les organisations œuvrant sur le terrain estiment le nombre de victimes à plusieurs dizaines de milliers depuis le début du conflit, même si le chiffre exact est difficilement quantifiable.

En plus des dommages physiques, les survivantes souffrent souvent de traumatismes psychologiques durables. En l’absence de services médicaux appropriés, les séquelles sont souvent durables et affectent aussi la vie sociale des survivantes. Elles sont souvent stigmatisées, voir rejetées, par leur communauté. Le manque d’accès à la justice, l’impunité dont jouissent les auteurs, la stigmatisation sociale et l’absence de services de soutien et d’opportunités de réhabilitation contribuent grandement à la difficulté des victimes à se reconstruire et se projeter dans le futur.

C’est devant ce constat alarmant que le Collectif des Associations Féminines (CAF) de Béni dans le Nord-Kivu a décidé de bâtir, avec le soutien financier et technique d’Oxfam-Québec, une maison de transition pour venir en aide aux femmes survivantes de violences sexuelles, leur offrant un refuge, l’accès à des services et à des opportunités de réhabilitation économique pour soutenir leur réintégration dans la communauté.

Depuis son ouverture en 2013, la maison Amani a accueilli et accompagné plus de 150 femmes et leur a offert réconfort, soutiens psychologique et médical par un système de référence, ainsi que des opportunités d’activités génératrices de revenu.

C’est l’histoire de la jeune Rachel, accueillie et soutenue psychologiquement par la maison Amani, qui l’a aussi aidé à mettre son enfant au monde en payant les frais de maternité. « Je suis arrivée à la maison Amani avec tellement de traumatismes mais cela va mieux maintenant », confie-t-elle. Rachel a accouché le 25 décembre 2014 d’une petite fille qu’elle a prénommée Marie-Noëlla. Une enfant qu’elle aime intensément et pour laquelle elle va se battre en devenant couturière et lui assurer ainsi un avenir.

La maison est également pour ces femmes un endroit où elles se soutiennent mutuellement : « il y a une bonne collaboration avec les autres mamans qui sont là », affirme l’une d’elles. Accompagnement d’autant plus important lorsque l’on sait que celles-ci peuvent être rejetées par leur propre famille du seul fait d’avoir été violées. Magali Vidaux, coopérante volontaire à la maison, raconte comment elle a travaillé à installer des moments de partage et de complicité entre les femmes : « Elles ne se reconnaissaient même plus dans un miroir. On faisait leurs cheveux, leurs ongles. C’est une expérience qui permettait de créer des liens assez rapidement ».

« Nous pouvons commencer à nous épanouir, à nous montrer aux autres », confie l’une d’elle. Une maison qui, à court, moyen ou à long terme – les séjours allant de quelques semaines à plusieurs mois –, leur apporte des outils pour envisager l’avenir : des activités génératrices de revenus, ateliers de couture, de fabrication de pain, élevage, etc. Des cours d’alphabétisation sont donnés tous les jours pour les femmes et les filles qui souhaitent y participer ainsi que pour les enfants du village qui ne peuvent aller à l’école.