Pour la jeunesse – de Châteauguay au Bénin

Junie Saint-Fleur, Conseillère technique en participation citoyenne des jeunes pour Oxfam-Québec au Bénin.

La tonalité de Skype résonne, trois coups et mon interlocutrice me répond. Un «bonjour» enjoué retentit. Cette belle voix chaude, c’est celle de Junie Saint-Fleur, conseillère technique en participation citoyenne jeunesse pour Oxfam-Québec, qui me parle du Bénin, en Afrique. À l’occasion de la Journée internationale des volontaires, cette femme énergique raconte le choix qu’elle a fait de donner une dimension internationale à son métier.

« Ils sont dynamiques ! Ils sont toujours en mode solution et ils n’ont pas peur d’essayer de nouvelles choses. Ils sont créatifs, » me répond-elle lorsque je lui demande pourquoi elle préfère œuvrer auprès des jeunes. Haïtienne d’origine, cette Châteauguoise me raconte : « J’étais très impliquée auprès de ma communauté, que ce soit au niveau culturel en participant à la chorale et la troupe de théâtre, ou au niveau social en aidant les nouveaux arrivants au niveau de l’intégration. » Il ne m’en faut pas plus pour comprendre toute l’importance pour elle de faciliter l’engagement citoyen des jeunes et des femmes d’ici.

Après des études en sociologie, en droit puis en gestion, Junie foule les sols de l’Ontario, de la Tanzanie et du Ghana avant d’atterrir au Bénin. L’un des projets sur lequel elle travaille vise à augmenter la participation des jeunes au niveau décisionnel dans une commune de 40 villages répartis en 7 arrondissements. « L’Afrique connait un boom démographique et la jeunesse prend de plus en plus de place. Dans certains pays, 50 % de la population est âgée de moins de 25 ans et pourtant, les jeunes ont de graves problèmes d’accès à l’emploi et restent sous représentés dans les instances de décision. » Junie m’explique que chaque 5 ans, un plan de développement communal concernant des aspects économiques et administratifs est élaboré lors d’une table de concertation regroupant les mairies, les organismes qui supportent financièrement la commune de 120 000 habitants, ainsi que les organismes de la société civile. « D’eux-mêmes, ils se sont rendu compte qu’il n’y avait personne âgée de moins de 30 ans autour de la table » raconte Junie.

Dans les prochains mois, Madame Saint-Fleur travaillera à développer des formations sur la participation citoyenne avec l’aide d’Ex æquo, son partenaire canadien et en coordonnera ensuite la présentation à travers les 40 villages de la commune. « Nous allons former les jeunes sur le leadership et la communication, sur les droits et responsabilités citoyennes et les outils numériques. Nous allons aussi nous renseigner sur ce que les jeunes veulent apprendre et élaborer d’autres formations selon leurs besoins. » L’objectif est de former une délégation parfaitement autonome pour participer à la prochaine table de concertation dans 3 ans. Le défi est d’autonomiser les jeunes béninois, puisque culturellement, ils ne sont pas habitués à remettre en question ce qui est dit par une personne plus âgée. « Au Canada, on encourage les enfants à questionner, à demander pourquoi et à développer une pensée critique. En Afrique, la hiérarchie est très importante. Nous voulons former nos jeunes afin qu’ils soient outillés pour entamer des dialogues avec la génération précédente et qu’ils aient la confiance de défendre leurs points. »

Lorsque je lui demande ce qui est le plus difficile lorsqu’on travaille à l’étranger, Junie me répond en riant que c’est à la fois différent et très semblable. « C’est une autre culture avec un autre rythme et d’autres façons de faire, mais j’ai toute une équipe avec moi ! Je n’écris pas mes projets seule dans mon bureau, je fais tout avec les partenaires béninois et ensemble on s’assure que tout est adapté au contexte culturel et aux réalités du terrain pour que le tout soit durable. » Professionnellement, elle apprend tous les jours et développe des compétences précieuses en gestion. « Que tu sois au Canada ou au Bénin, les personnalités des gens affectent le milieu de travail et en tant que gestionnaire, tu dois connaître les différents types de personnalités de ton équipe et apprendre à les coordonner afin de maximiser les résultats et d’atteindre les buts fixés. »

Il y a maintenant plus d’une heure que je discute avec cette magnifique femme qui ponctue notre conversation de rires sincères et chaleureux. Lorsque je lui demande si elle compte revenir dans la ville natale que nous partageons, elle me dit qu’elle aimerait rester à l’étranger encore 2 ou 3 ans, mais qu’elle reviendra. « Chaque fois que je reviens, je me rends compte à quel point j’aime le voisinage à Châteauguay… me retrouver à la bibliothèque… » Junie n’a pas encore de projet de retour clair, mais une chose est certaine, elle travaillera toujours avec la jeunesse. « Je ne vais pas changer le monde seule, mais je peux faire beaucoup de petits changements, et tous ces petits changements font une grosse différence ! »