Jeunes et inégalités : Oxfam-Québec place les jeunes au centre des enjeux

Jeunes et inégalités
Oxfam-Québec place les jeunes au centre des enjeux
Par Laurence Chiasson

La population de jeunes occupe près du quart de l’humanité, une première dans l’histoire. Malgré leur poids démographique considérable, ils sont systématiquement mis de côté par les dirigeants lors de la prise de décisions politiques. C’est ce que stipule le rapport « Jeunes et inégalités : appuyons les jeunes pour qu’ils deviennent maîtres de leur avenir » d’Oxfam-Québec, sorti en août dernier.

Quels sont les enjeux qui pèsent sur la jeunesse ?

Partout à travers le monde, des jeunes se rassemblent pour crier à l’injustice. Une bonne partie d’entre eux se retrouvent sans travail ou sont contraints de pratiquer des emplois dangereux pour assurer leur subsistance. De ces travailleurs, 500 millions se retrouvent à vivre avec moins de 2$ par jour et près de 126 millions n’arrivent pas à lire une phrase complète, faute d’accès à une éducation de base.

Ce sont eux qui écoperont des retombées désastreuses des changements climatiques. Ce sont également ceux qui devront vivre avec les conséquences des inégalités économiques et sociales qui ne cessent de croitre. La jeunesse est souvent synonyme d’avenir pourtant on leur laisse peu de chance dans leur présent pour se bâtir un demain prometteur.

Les conséquences de l’exclusion des jeunes – un exemple à travers l’agriculture québécoise

Avec son rapport, Oxfam-Québec souhaite faire valoir que l’exclusion des jeunes dans le processus décisionnel à un impact négatif sur le développement.

Un exemple qui illustre bien ce propos peut être retrouvé chez nous, au Québec.  En 2014, on constatait que 45% des agriculteurs avaient plus de 55 ans. Le ¾ des producteurs reconnait avoir de la difficulté à attirer de la jeune main-d’œuvre. Cet exode de la jeunesse dans le milieu n’est certainement pas dû au manque d’emplois puisque selon les experts, il faudrait augmenter la production annuelle d’aliments de 70% pour nourrir la population mondiale en 2050. Le secteur agroalimentaire offre donc définitivement des perspectives de développement intéressantes, tant ici qu’ailleurs dans le monde.

«Tant qu’ils ne trouveront pas des opportunités économiques sérieuses et un environnement attractif dans les zones rurales [les jeunes] continueront à émigrer vers les villes. Cette tendance ne contribue pas seulement à ce phénomène émergeant qu‘est la suburbanisation, mais il faut également s’attendre à ce qu’elle affecte la production alimentaire mondiale.» pouvait-on lire dans une étude de L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du Fonds international de développement agricole (FIDA) et du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA).

La fédération pour la relève en agriculture au Québec (FRAQ) a pour but de rassembler et défendre les intérêts des jeunes agriculteurs. Lors de la sortie du Rapport Pronovost sur l’agriculture de 2008, on constatait malheureusement l’omission de leurs recommandations. L’année dernière, un groupe de discussion a été créé pour identifier les obstacles que rencontrent les jeunes qui veulent évoluer dans le domaine de l’agriculture et les solutions pour s’assurer une relève de qualité dans le secteur agroalimentaire. Le ministre Pierre Paradis a toutefois mis fin aux travaux et s’est de nouveau tourné vers monsieur Pronovost, un sous-ministre à la retraite, pour produire un autre rapport sur la situation de la relève québécoise.

Au terme de seulement une rencontre entre lui et la FRAQ, le rapport est sorti, sans recommandations concrètes  pour appuyer la jeunesse dans le milieu de l’agriculture et omettant les problèmes et solutions soulevés par les jeunes, selon l’Union des producteurs agricoles (UPA). « C’est particulièrement décevant, d’autant plus que les problématiques et les solutions sont connues depuis longtemps » disait Marcel Groleau, président général de l’UPA, suite à sa lecture du rapport.

La jeunesse ne manque donc pas de motivation pour agir concrètement et contribuer aux changements. Elle a seulement de la difficulté à être entendue, malgré le fait que les enjeux qui se discutent aujourd’hui sont ceux qui les concerneront demain.

L’exemple de l’agriculture au Québec n’en est qu’une parmi tant d’autres. Il est temps que les gouvernements cessent de dire que la jeunesse est le futur et qu’ils comprennent qu’elle est aussi le présent.

Pour consulter le rapport dans son intégralité « Jeunes et inégalités : appuyons les jeunes pour qu’ils deviennent maîtres de leur avenir »