Photo : Jean-Baptiste Lacombe/Oxfam-Québec

Journée mondiale des réfugiés : la pointe de l’iceberg

On a beaucoup salué l’accueil de plus de 25 000 réfugiés syriens par le gouvernement canadien en début d’année, auxquels s’ajoutent les quelques milliers que le public a choisi de parrainer, ému et mû par la photo du petit Aylan Kurdi l’automne dernier.

Ces chiffres sont louables au regard de la frilosité ambiante face aux migrants même non « économiques ». Ils hissent le Canada parmi les trois seuls pays riches – avec  l’Allemagne et la Norvège – à assumer leur juste part dans l’accueil des victimes de la guerre en Syrie. Mais ils paraissent bien insignifiants lorsqu’on pense au triste record de 65 millions (presque deux fois la population du Canada) de personnes actuellement  déracinées par les conflits armés, les catastrophes naturelles, la persécution et les inégalités extrêmes dans le monde.

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Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas aux portes de l’Europe ou de l’Amérique du Nord que frappe la majorité de ces déplacés. Les principaux lieux de refuge sont au plus près des crises: en Syrie et chez ses voisins, mais aussi ces grands oubliés des médias que sont l’Éthiopie, le Soudan du Sud, la RDC la Colombie, la République centrafricaine ou encore le Yémen – là où les ressources sont limitées et les États souvent fragiles.

Une aide financière à ces pays en première ligne est donc fondamentale  pour leur permettre de répondre aux besoins essentiels de leurs nouveaux résidents – qui peuvent représenter jusqu’à 25 % de la population totale, comme au Liban. Plusieurs ONG du Canada et d’ailleurs travaillent aux côtés de partenaires locaux pour améliorer les services publics – eau, assainissement, santé, éducation – ou pour faciliter l’insertion des réfugiés sur le marché du travail, afin d’éviter l’appauvrissement et le ressentiment des sociétés d’accueil. Face à des crises qui se multiplient et durent en moyenne plus longtemps, où contentieux politiques et ravages climatiques se superposent, les fonds actuellement alloués aux réponses d’urgence sont largement insuffisants. Affaire de capacité ou de volonté ? Sachant que l’humanité débourse autant en gomme à mâcher qu’en assistance humanitaire, l’objectif ne semble pourtant pas hors de portée.

L’aide au développement n’est qu’une partie de l’équation. Le complément nécessaire pour un véritable partage des responsabilités passe par l’accueil de réfugiés sur notre territoire. En 2017, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) prévoit que 1,19 million de réfugiés dans le monde auront besoin d’être réinstallés dans un pays tiers – seul moyen pour les plus vulnérables d’échapper à l’exploitation, de trouver une famille d’adoption ou de recevoir le soutien psychosocial nécessaire pour surmonter le traumatisme d’un viol, de bombardements ou d’un épisode de torture. Si la tendance se maintient, seulement 14% de ces personnes qui en ont besoin pourront bénéficier d’un programme de réinstallation – aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Norvège ou encore au Royaume-Uni.  Quant à ceux qui envisageraient de chercher une terre d’asile par leurs propres moyens (un droit pourtant universellement reconnu), parions que les politiques-repoussoirs tel le récent accord entre  l’Union européenne et la Turquie continueront de grossir les rangs de la précarité et enrichir les passeurs clandestins, sans atteindre l’effet dissuasif escompté.

Le Canada, protégé des conflits et de la pauvreté extrême par ses océans et  son niveau de vie, n’est pas confronté aux défis de l’Europe ni du Liban. Des consultations publiques sont en cours pour améliorer sa politique en matière de développement international et d’immigration. Le Canada s’annonce également co-organisateur du sommet sur les réfugiés et migrants qui ouvrira la réunion de l’Assemblée générale des Nations unies à New York en septembre.

Pour démontrer qu’il prend effectivement au sérieux ses responsabilités face aux déracinés de la planète et entend promouvoir la solidarité internationale à leur égard comme il le déclare, le gouvernement doit montrer l’exemple en passant à la vitesse supérieure dans l’accueil des réfugiés (de toute provenance, pas uniquement la Syrie), le financement des opérations humanitaires et la promotion d’initiatives de prévention et de résolution de conflits.

Si la Journée mondiale des réfugiés ne donne jamais grand-chose à célébrer, il semble du moins que cette année, les astres des opportunités s’alignent.

Ce que fait Oxfam-Québec

Dans le monde…

  • Nos programmes humanitaires bénéficient directement à environ 1,5 million de personnes. La plupart sont des réfugiés ou déplacés à l’intérieur de leur pays. Nous appuyons aussi les communautés qui les accueillent et partagent des ressources souvent très limitées. Ces programmes répondent à des urgences comme à des crises qui perdurent depuis plusieurs années et empêchent les réfugiés de rentrer chez eux.
  • Où intervenons-nous ? En Haïti, en Équateur, en Syrie, en Jordanie, au Liban, en Irak, au Yémen, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, au Tchad, au Mali, au Népal et au Sahara Occidental.
    • En Syrie, Oxfam vient de terminer un projet qui permet l’approvisionnement en eau de la majorité des habitants vivant encore à Alep. Grâce à ce projet, appuyé par les donateurs canadiens, 1 200 000 de personnes ont maintenant accès à l’eau. Oxfam continuera d’approvisionner en eau les populations touchées par le conflit. Nous réhabiliterons des réseaux d’aqueducs, installerons des forages d’urgence et construirons des centres d’hygiène afin que des douches, des latrines et des aires de lavage soient accessibles. Nous continuerons notre travail dans les territoires gouvernementaux et rebelles avec comme unique critère d’intervention la vulnérabilité des populations.
    • Au Mali, les populations déplacées par le conflit armé au Nord sont en train de renouer avec la production maraîchère et de retrouver des moyens de subsistance en étant formés à l’utilisation d’intrants organiques  qui leur ont été fournis. Les surplus générés par cette agriculture durable seront vendus aux marchés locaux, et les revenus générés permettront aux familles ciblées de diversifier leur alimentation  et subvenir à d’autres besoins essentiels.
  • Unissons-nous pour les réfugiés et demandeurs d’asile ! Signez la pétition et découvrez la toute nouvelle campagne internationale d’Oxfam  pour augmenter le soutien et l’accueil des États envers les personnes déplacées.

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