São Paulo, Brazil. 2008. The Paraisópolis favela (Paradise City shanty town) borders the affluent district of Morumbi. 

Sept questions que vous vous posez au sujet du rapport d’Oxfam sur les inégalités

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Billet de blog de Deborah Hardoon

Responsable adjointe de l’équipe de recherche d’Oxfam Grande-Bretagne.

Le nouveau rapport d’Oxfam sur les inégalités, qui révélait que 8 hommes possèdent à eux seuls autant de richesse que la moitié de la population mondiale, fait les gros titres de la presse dans le monde entier. Depuis son lancement, nous avons reçu d’innombrables questions de personnes qui souhaitent en savoir plus. Nous répondons ici à sept des questions les plus fréquemment posées.

  1. Pourquoi Oxfam met-elle l’accent sur les super riches ? C’est bien le nombre personnes vivant dans la pauvreté qui compte, et la pauvreté est en baisse.

Oxfam n’adopte pas une posture anti-riches, mais une approche anti-pauvreté. Les inégalités extrêmes enferment des millions de personnes dans la pauvreté car ces mêmes règles économiques qui permettent la création de richesses extrêmes, entretiennent également la pauvreté – on pense notamment à l’évasion fiscale ou aux entreprises qui placent leurs profits avant la rémunération de leurs employé·e·s. Dans les faits, 700 millions de personnes auraient pu sortir de la pauvreté à la fin de la dernière décennie, si des mesures avaient été prises pour combler le fossé entre les riches et les pauvres.

Il est vrai que des progrès considérables ont été réalisés ces dernières années dans la réduction de la pauvreté. C’est une excellente nouvelle, mais des spécialistes tels que ceux de la Banque mondiale mettent en garde que ces progrès sont menacés en raison des inégalités extrêmes. Dans son dernier rapport, la Banque mondiale déclare assez clairement que nous ne pourrons mettre fin à la pauvreté si nous ne nous attaquons pas à la crise des inégalités.

  1. Pourquoi Oxfam critique-t-elle des personnes comme Bill Gates qui font des dons considérables à des associations caritatives ?

Oxfam ne critique pas ces personnes. Nous faisons simplement remarquer que nos économies défaillantes ont généré des niveaux extrêmes d’inégalités et que huit hommes possèdent à eux seuls autant de richesses que 3,6 milliards de personnes.

Nombre de grandes entreprises et d’individus super riches contribuent à alimenter cette crise des inégalités, en éludant l’impôt ou en usant de leur argent et leurs relations pour biaiser les politiques gouvernementales en leur faveur. Les grandes entreprises, qui souhaitent maximiser la rémunération de leurs actionnaires, font également pression sur les salaires de leur personnel et les prix payés à leurs producteurs, et se gardent d’investir dans leur propre activité.

Il faut féliciter les riches individus qui utilisent leur argent au profit des autres. Mais faire un don à une organisation caritative ne remplace pas la responsabilité d’une entreprise ou d’un individu de payer sa juste part d’impôt ou de veiller à ce que ses employé·e·s perçoivent un salaire décent. Le milliardaire Bill Gates en convient et déclare que la responsabilité première des super riches est de payer leurs impôts.

  1. Oxfam exagère largement ses statistiques sur les inégalités. De nombreuses personnes comprises dans la « moitié la plus pauvre de l’humanité » ne sont pas pauvres, ce sont juste des étudiants endettés.

C’est le cas d’une infime partie de ces personnes. La grande majorité des personnes qui composent la moitié la plus pauvre de l’humanité est extrêmement pauvre, et peine à joindre les deux bouts. C’est notamment le cas d’Oanh au Vietnam, qui est prise au piège d’un cycle d’endettement car son assurance maladie ne couvre pas ses frais médicaux.

Même si l’on recalcule les richesses de la moitié la plus pauvre de la population en excluant les personnes endettées net, leurs richesses cumulées sont égales à celles de seulement 56 milliardaires – soit une disparité toujours considérable et choquante.

  1. Oxfam dénonce les inégalités mais vous versez des salaires mirobolants à vos dirigeant·e·s. N’est-ce pas hypocrite de votre part ?

Oxfam est une confédération composée de 20 membres. La rémunération des directrices et directeurs de chaque affilié Oxfam diffère, selon la taille de chaque organisation et les réalités de marché de chaque pays. Dans tous les cas, le salaire versé est conforme aux responsabilités de chaque directrice ou directeur dans la gestion d’une organisation membre d’une importante ONG humanitaire, de campagne et de développement sur le plan international.

  1. Oxfam est anti-capitaliste

Il ne s’agit pas ici d’idéologie, mais bien de bon sens. Une économie de marché saine est essentielle pour lutter contre la pauvreté et les inégalités mais c’est loin d’être aujourd’hui le cas. Nous avons un type de capitalisme extrême qui ne profite qu’à une élite. C’est pourquoi Oxfam lance un appel aux gouvernements afin que ces derniers réforment nos économies au service du plus grand nombre et non d’une minorité.

  1. Les personnes les plus pauvres tireraient-elles un avantage si quelques magnats étaient moins riches ?

Oui, ce serait le cas dans une économie centrée sur l’humain.

Dans une économie centrée sur l’humain, plus vous êtes riche, plus vous payez d’impôts. Et cet argent peut être investi dans le développement des systèmes sanitaires et éducatifs, des infrastructures et des technologies et des médicaments qui contribuent à améliorer drastiquement notre vie, et notamment celle des plus pauvres.

Dans une économie centrée sur l’humain, les magnats disposeraient d’un peu moins d’argent puisqu’ils devraient verser des salaires décents à leurs employé·e·s, qu’il s’agisse des personnes qui travaillent dans leurs usines ou de celles qui font le ménage chez eux.

Dans une économie davantage centrée sur l’humain, les grandes entreprises et les super riches ne pourraient pas accumuler de si importantes richesses car ils ne pourraient pas utiliser leur argent et leurs relations pour fausser les règles en leur faveur, au détriment du reste de la population.

  1. De nombreux observateurs ont souligné comment le libre marché a permis à des millions de personnes de s’extraire de la pauvreté, notamment dans des pays comme l’Inde et la Chine. Le capitalisme ne profite-t-il pas aux pauvres ?

Décrire le libre marché comme une solution miracle pour expliquer le déclin de la pauvreté au cours des dernières années est réducteur et ne fait qu’ignorer le rôle crucial joué par les gouvernements pour consolider la santé, l’éducation et l’emploi dans ces pays, qui sont essentiels pour extraire les personnes de la pauvreté. La Chine a, par exemple, introduit un salaire minimum en 2004 et l’Inde dispose d’un programme de sécurité sociale extrêmement ambitieux qui vise à garantir au moins 100 jours de travail par an à chaque ménage.

Nous saluons les progrès réalisés qui ont permis à des centaines de millions de personnes de sortir de la pauvreté, mais nous sommes également conscients des nombreuses occasions manquées en chemin. Si des mesures avaient été prises pour veiller à ce que toutes les franges de la société profitent de la croissance économique, 700 millions de personnes supplémentaires ne vivraient plus dans la pauvreté depuis la fin de la décennie dernière. La Banque mondiale est du même avis et affirme que nous ne mettrons pas fin à l’extrême pauvreté à moins que les États ne s’attachent à lutter contre les inégalités afin de combler le fossé entre les plus riches et le reste de la population.

Oxfam n’est pas la seule à considérer qu’une approche différente est nécessaire. De plus en plus de spécialistes de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et du Forum économique mondial, ainsi que de nombreux économistes de renom s’accordent à dire qu’une meilleure manière de gérer nos économies est nécessaire.

La vision d’Oxfam d’une économie centrée sur l’humain définit certains des principes d’une économie qui profite à tous, et non à quelques privilégiés.

N’hésitez pas à me faire part de toutes vos questions ! Suivez-nous sur @Oxfam.

Rejoignez le mouvement pour mettre fin aux inégalités extrêmes.

Billet de blog publié par Deborah Hardoon (@DeborahHardoon), responsable adjointe de l’équipe de recherche d’Oxfam GB, le 17 janvier 2017.