Des jeunes Syriennes portant des sacs d’école fournis par l’UNICEF, marchent entre les décombres en rentrant de l’école, le 7 mars 2.0 15 dans le quartier de al-Shaar, situé dans la partie d’Alep contrôlée par les rebelles, au nord du pays. Photo : ZEIN AL-RIFAI

2015 : la pire année pour le peuple syrien

Les puissances mondiales doivent préserver l’espoir, au lieu d’attiser les violences

Pour la population en Syrie, l’année dernière a été la pire depuis le début du conflit. Les parties belligérantes ont en effet continué à semer la destruction, à bloquer l’aide humanitaire et à tenir des villes entières en état de siège. La Russie, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont, à des degrés divers, « mis de l’huile sur le feu », un constat dénoncé dans un rapport publié aujourd’hui par 30 organisations humanitaires, qui les appellent à plutôt entretenir la lueur d’espoir apportée par le cessez-le-feu à la population civile.

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Ces quatre pays, tous membres du Conseil de sécurité des Nations unies et du Groupe international d’appui à la Syrie, pourraient contribuer de manière déterminante à mettre fin aux souffrances en Syrie. Au lieu de cela, ils ont affaibli leurs propres résolutions par des pressions diplomatiques, un appui politique et militaire à leurs alliés, voire une action militaire directe, inappropriés.

Le rapport « De l’huile sur le feu » répertorie les différents domaines dans lesquels la situation s’est détériorée en Syrie, pendant que le pays continuait de s’enfoncer dans le chaos et la division au cours de cette cinquième année de crise. Il a été élaboré par 30 organisations humanitaires et de défense des droits humains, dont Oxfam, Comité international de secours (International Rescue Committee, IRC), le Conseil norvégien pour les réfugiés (Norwegian Refugee Council, NRC), ainsi que des organisations syriennes comme la Syrian-American Medical Society (SAMS), Big Heart et Syria Relief and Development

Maintenant que le fragile cessez-le-feu entré en vigueur à la fin février se maintient, la population syrienne commence à peine à se relever de ce qui fut la pire année. Le rapport souligne notamment qu’en 2015 :

  • Il y a eu une forte escalade des violences, notamment avec les frappes aériennes russes qui, selon l’ONU, ont fait 2 300 morts environ rien qu’en novembre.
  • Au moins 50 000 personnes supplémentaires ont été tuées.
  • 1,5 million de personnes supplémentaires ont besoin d’aide humanitaire.
  • Près d’un million de personnes ont été chassées de chez elles par les violences.
  • Selon l’ONU, le nombre de personnes vivant dans des zones assiégées a doublé pour atteindre près de 500 000. Les organisations syriennes estiment que ce nombre est beaucoup plus important.
  • 200 000 habitations ont été partiellement ou complètement détruites, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2014.
  • 400 000 enfants supplémentaires ne sont pas scolarisés, ce qui porte le total à plus de deux millions.
  • Les attaques contre les établissements hospitaliers et de santé ont augmenté de 44 %.

« Les dirigeantes et dirigeants mondiaux se trouvent face à un défi colossal. Ils doivent amener les combattants, que nombre de pays ont contribué à armer, à faire taire les armes. Ils doivent poursuivre un processus politique global qui mette fin à cette tragédie entachant le monde depuis cinq ans. Nous espérons que l’élan de bonne volonté que nous avons vu ces derniers jours conduira à de plus grandes choses pour le peuple syrien », explique Jan Egeland, secrétaire général du NRC.

« Au cours des cinq dernières années, plus de 700 travailleuses et travailleurs médicaux ont perdu la vie en Syrie. 2015 a enregistré le plus grand nombre d’attaques sur les établissements hospitaliers, avec au moins 112 attaques en une seule année. Nous espérons que les événements récents vont signifier la fin des déclarations et condamnations creuses et que la communauté internationale adoptera une position ferme pour permettre aux médecins de faire leur travail, préserver la vie de la population civile, lever les sièges et donner un accès permanent aux soins médicaux », souligne le Dr Ahmad Tarakji, président de SAMS.

« L’année dernière a été la plus terrible pour la population syrienne. Si la poursuite des terribles violences doit être principalement imputée aux combattants, la responsabilité de préserver l’espoir, au lieu d’attiser les violences, incombe également à leurs soutiens internationaux. Il appartient à ces derniers d’établir s’ils entendent mettre fin à cette catastrophe ou continuer à l’aggraver. Nous avons vu l’effet des frappes aériennes. Il est à présent temps de voir l’effet des pressions diplomatiques pour ramener la paix en Syrie », estime David Miliband, président de l’IRC.

Malgré les besoins grandissants, il n’a jamais été aussi difficile d’acheminer l’aide aux personnes qui en ont le plus cruellement besoin. Les restrictions imposées à l’accès humanitaire sur le territoire contrôlé par le gouvernement syrien sont telles que seulement 10 % des convois de l’ONU ont pu passer. Certes des convois humanitaires parviennent désormais à des communautés assiégées, apportant un soulagement temporaire à des centaines de milliers de civil-e-s. Mais les populations restent privées de toute assistance dans de larges zones de la Syrie, où les organisations humanitaires continuent d’être repoussées, attaquées ou harcelées par toutes les parties belligérantes.

« Il faut cesser d’affaiblir les engagements visant à protéger le peuple syrien. En plus d’exiger le respect du cessez-le- feu et l’arrêt des attaques contre la population civile, les membres du Conseil de sécurité des Nations unies doivent demander des comptes aux parties qui violent le droit international et mettre fin aux transferts d’armes aux belligérants. De même, il est essentiel de réclamer l’accès aux zones assiégées afin que nous puissions porter assistance aux personnes qui en ont le plus besoin », estime Andy Baker, qui dirige la réponse d’Oxfam à la crise syrienne.

Avec quelque 200 000 personnes toujours bloquées dans la ville de Deir ez-Zor et privées de toute aide et un acheminement au compte goutte dans les autres zones assiégées, telles que la ville de Madaya, l’accès aux communautés en état de siège reste limité. En moyenne, en 2015, l’ONU a pu apporter une aide médicale à seulement 3,5 % des populations assiégées et une aide alimentaire à moins de 1 %.

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Notes aux rédactions :

Le rapport est disponible dans son intégralité ici : « De l’huile sur le feu ».