Financement climat : un plan d’action à Lima pour un accord à Paris

2014-12-01

Nous avons besoin d’engagements de financement clairs et précis, qui tiennent compte des besoins des pays en développement.
Winnie Byanyima
directrice générale d’Oxfam

Lors de la vingtième conférence des parties (COP20) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui s’ouvre aujourd’hui à Lima, la communauté internationale devra tout mettre en œuvre pour trouver une issue à l’impasse dans laquelle se trouve le « financement climat », condition sine qua non pour que la conférence de Paris puisse aboutir à un accord en décembre 2015.

Dans le rapport «Sortir de l’impasse », Oxfam explique que les engagements actuels ne répondent pas à l’ampleur des besoins des pays en développement, et appelle les chefs d’État et de gouvernement du monde entier à définir une nouvelle stratégie solide pour activer le financement climat. Les pays développés ont promis de mobiliser 100 milliards de dollars par an pour financer la lutte contre le changement climatique jusqu’en 2020, mais les financements tardent à venir.

Le déblocage du financement de la lutte contre le changement climatique permettrait aux pays pauvres de connaître un développement « propre » spectaculaire. L’Éthiopie pourrait sortir des millions de personnes de la pauvreté tout en évitant de générer l’équivalent des émissions de gaz à effet de serre produites par 65 centrales au charbon. Le Pérou pourrait accélérer la croissance de son PIB de près de 1 %, tout en réduisant de moitié ses émissions. Quant à l’Indonésie, elle aurait les moyens de remplir son engagement de réduire ses émissions de 41 % en quinze ans.

La promesse d’un financement climat de 100 milliards de dollars ne peut cependant être qu’un début. Rien que les pays d’Afrique subsaharienne, par exemple, auront besoin d’investir 62 milliards de dollars par an dans l’adaptation au changement climatique. Une politique climatique efficace devra également débloquer des centaines de milliards de dollars supplémentaires en investissements privés et engager le monde sur la voie d’une sobriété carbone permettant de limiter le réchauffement à moins de 2 °C.

Le manque d’investissements climatiques face aux besoins en la matière s’explique principalement par le fait que les pays donateurs sont parvenus à éviter de devoir rendre compte de leur juste contribution. Trop peu de modalités de mise en œuvre des financements ont été définies, telles que les moyens de mobiliser les flux financiers, les pays contributeurs et les pays destinataires. Les pays en développement n’ont dès lors pas pu mettre sur pied des plans efficaces pour répondre à leurs besoins d’adaptation et d’atténuation.

« La promesse des 100 milliards de dollars est un point de référence emblématique dans les négociations internationales sur le changement climatique. Les pays débattent de ce point depuis des années. Mais pour les populations en première ligne de la crise climatique, ce chiffre abstrait n’a guère fait de différence dans leur vie », déplore Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam.

« Le sommet de Lima mettra en place les conditions de la réussite ou de l’échec de la conférence de Paris. Nous avons besoin d’engagements de financement clairs et précis, qui tiennent compte des besoins des pays en développement, affirme Mme Byanyima. De vagues promesses n’aideront ni les populations à s’adapter aux effets préjudiciables du changement climatique, ni les pays à poursuivre la croissance et leur développement de manière respectueuse de l’environnement. »

Le plan d’action d’Oxfam

Dans son nouveau rapport, Oxfam propose un plan d’action pour faire progresser la question du financement climat à Lima, montrant qu’il est possible de protéger les populations pauvres des effets les plus graves du changement climatique, de donner un coup de fouet à la croissance économique et de réduire radicalement les émissions. Ce plan d’action montre que l’accord de Paris devra :

  1. établir précisément les moyens d’accéder aux financements climat et les modalités de leur utilisation ;
  2. identifier de nouvelles sources de financement public et privé ;
  3. établir un cadre de « contributions équitables » afin de mobiliser les flux financiers nécessaires et de les allouer correctement.

Oxfam a calculé les « contributions équitables » des différents pays et estimé qu’il incomberait aux États-Unis de mobiliser 56 % des flux financiers nécessaires, pendant la première période d’engagement du nouvel accord, pour engager le monde sur la voie de la sobriété carbone. Suivent l’Union européenne avec 22 % et le Japon avec 10 %. En ce qui concerne l’adaptation, Oxfam indique que de nouveaux pays devront commencer à contribuer aux financements climat, notamment la Russie, le Brésil, la Corée du Sud et le Mexique. Le plan d’Oxfam montre que les négociations devront entrer dans des considérations très précises à Lima et à Paris pour sceller un accord.

Faisant suite, cette année, au sommet de Ban Ki-moon sur le climat et à la conférence des donateurs pour la capitalisation du Fonds vert pour le climat, la COP20 représente la plus importante négociation avant la conférence de Paris. De récentes annonces, dont l’accord entre la Chine et les États-Unis sur leurs objectifs de réduction des émissions, ont donné un nouvel élan politique aux négociations.

Le Fonds vert pour le climat

Une grande partie du financement climat devrait transiter par le Fonds vert pour le climat. Celui-ci a pour mission d’aider les pays en développement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, tout en se préparant aux effets inévitables du changement climatique et en mettant en œuvre un développement durable. Deux semaines avant la COP20, le fonds a été doté d’une capitalisation initiale strictement minimale, les engagements de financement s’élevant à un peu moins de 10 milliards de dollars jusqu’à présent. Plusieurs pays doivent encore annoncer leur engagement, dont l’Australie, l’Autriche, I’Irlande et la Belgique.

« En septembre, des millions de personnes se sont massées dans les rues de New York et d’autres villes à travers le monde pour exiger des mesures concrètes de lutte contre le changement climatique, rappelle Mme Byanyima. Ces citoyennes et citoyens comprennent que lutter contre le changement climatique veut dire créer des emplois verts et assurer la sécurité alimentaire et un avenir pour toutes et tous. Le moment est venu que nos responsables politiques passent à l’action et montrent la voie.

« Ces négociations ne sont pas le but, mais les jalons d’un processus qui prendra des dizaines d’années. Le sommet de Lima peut et doit nous préparer à bien prendre le tournant de Paris pour poursuivre sur la bonne voie. »

Notes aux rédactions

Le tableau ci-dessous présente les contributions équitables des différents pays à l’effort international d’atténuation pour la période 2020-2025 (dont on suppose qu’elle sera la première période d’engagement du nouvel accord), selon les calculs d’Oxfam. Il s’agit d’estimations, en pourcentage, de la part du financement international que chaque pays devrait mobiliser. Pour plus d’informations, voir le rapport «Sortir de l’impasse ».

Tableau 1. Contributions équitables (indicatives)à l’effort et au financement de l’atténuation à l’horizon 2025

* = nouveaux contributeurs

Pays1Contribution équitable au financement de la réduction des émissions (%)
États-Unis 56 %
UE-28 22 %
Japon 10 %
Canada 3,1 %
Australie 2,9 %
Suisse1,4 %
Norvège 1,4 %
*Brésil 0,87 %
*Singapour 0,72 %
*E.A.U. 0,53 %
*Koweït 0,27 %
*Israël 0,24 %
Nouvelle-Zélande 0,17 %
*Qatar 0,13 %

REMARQUES

1. Les pays dont la part indicative de réduction des émissions bénéficiant d’un soutien international est inférieure à 0,1 % ne sont pas inclus dans cette liste.

2. Nous avons basé l’indice de responsabilité et de capacité sur les émissions cumulées de chaque pays depuis 1990 et sur le revenu dégagé par ses habitants vivant au-dessus d’un seuil de développement de 9 000 dollars par an, puis progressivement pondéré.

3. Le Brésil figure sur cette liste, même si nous reconnaissons qu’il s’agit d’un cas ambigu. Compte tenu de son grand potentiel d’atténuation au niveau national, l’inclusion du Brésil à titre de contributeur au financement international de l’atténuation est discutable. Comme souligné, cette liste est fournie à titre indicatif uniquement.

Tableau 2. Contributions équitables (indicatives) au financement de l’adaptation

Le tableau ci-dessous présente les « contributions équitables » des différents pays à l’effort international d’adaptation pour la période 2020-2025 (dont on suppose qu’elle sera la première période d’engagement du nouvel accord), selon les calculs d’Oxfam. Il s’agit d’estimations, en pourcentage,  de la part, du financement international que chaque pays devrait mobiliser. Il est fait une distinction entre les contributeurs existants et les nouveaux contributeurs. Pour plus d’informations, voir le rapport « Breaking the Standoff ».

Pays1Étape 4 :
Contributions équitables au financement de l’adaptation 
États-Unis53,05 %
UE26,63 %
Japon9,72 %
Canada4,16 %
Australie3,25 %
Norvège1,26 %
Suisse1,21 %
Nouvelle-Zélande0,32 %
Nouveaux contributeurs
Fédération de Russie18,81 %
Brésil18,44 %
Corée du Sud11,44 %
Mexique7,18 %
Arabie saoudite6,32 %
E.A.U.5,68 %
Qatar5,12 %
Koweït4,85 %
Turquie4,12 %
Singapour3,45 %
Venezuela3,35 %
Israël2,61 %
Chili2,26 %
Colombie1,76 %
Malaisie1,62 %
Iran1,22 %
Oman0,95 %
Libye0,81 %

REMARQUES

1. Les pays dont l’indice de responsabilité et de capacité ajusté en fonction de la vulnérabilité est inférieur à 0,1 % ne sont pas inclus dans cette liste.

2. Nous avons basé l’indice de responsabilité et de capacité sur les émissions cumulées de chaque pays depuis 1990 et sur le revenu dégagé par ses habitants vivant au-dessus d’un seuil de développement de 9 000 dollars par an, puis progressivement pondéré.

3. L’ajustement en fonction de la vulnérabilité est effectué sur la base des données de l’étude de David Wheeler, « Quantifying Vulnerability to Climate Change: Implications for Adaptation Assistance », publiée en 2011.