Des enfants boivent de l'eau dans le camp pour personnes déplacées d'Al-Yabasa. Dès les premiers instants de la crise, les équipes d’Oxfam était présentes au Yémen pour fournir de l'eau potable aux familles déplacées à cause des combats. Photo: Hind Al Eryani/Oxfam

Imminente crise bancaire au Yemen

Au Yémen, une imminente crise bancaire menace de laisser des millions d’habitants dans la famine, prévient Oxfam

Après un an de conflits dévastateurs, le Yémen est à l’aube d’une crise bancaire qui risque de laisser des millions d’habitants dans la famine, prévient aujourd’hui Oxfam, un an jour pour jour depuis l’escalade de la guerre.

Des attaques aériennes, des combats et des bombardements aveugles ont fait plus de 6 100 morts et ont chassé plus de 2,4 millions d’habitants de leur foyer. Ce sont 21,2 millions de Yéménites, soit 82 % de la population, qui ont désespérément besoin d’aide humanitaire.

La destruction de fermes et de marchés, le blocus sur les importations commerciales et la crise pétrolière persistante ont causé une baisse de la production agricole, une pénurie de provisions ainsi qu’une hausse exponentielle du prix des aliments. Plusieurs principales routes d’approvisionnement, plusieurs entrepôts de réserve de nourriture et véhicules transportant du matériel de secours ont été touchés lors de raids aériens, exacerbant la crise alimentaire.

Alors que le Yémen entre dans une deuxième année de conflit, les banques internationales sont de plus en plus réticentes à accorder du crédit aux importateurs. Cela signifie que les commerçants pourraient devoir suspendre leurs envois. Au même moment, la Banque centrale du Yémen peine à stabiliser le prix courant des aliments. Dans un pays où 90 % des aliments sont importés, cela se traduit par des hausses de prix qui toucheront 25 % de la population déjà au bord de la famine.

Selon un sondage sur l’alimentation réalisé en février par Oxfam auprès de 250 habitants du nord-ouest du Yémen, près du deux tiers des familles ont recours au crédit pour se procurer de la nourriture. Comme très peu d’entre elles sont en mesure de rembourser leur dette, les prêteurs sont de moins en moins enclins à accorder des prêts aux familles démunies. Tout tend à démontrer que les plus pauvres ne pourront résister à la crise bien longtemps. Tous les sondés ont affirmé qu’ils dépensent chaque mois plus d’argent que ce qu’ils sont capables de gagner.

Voici ce que Sajjad Mohamed Sajid, directeur pays d’Oxfam au Yémen, a affirmé : 

« Un conflit brutal s’ajoutant à une crise existante, aussi bien dire une suite de catastrophes, ont créé une des plus importantes urgences humanitaires que le monde ait connues et la plupart des gens l’ignorent. Des hommes, des femmes et des enfants sont pris entre des bombardements aériens irréfléchis et des tirs aveugles au sol. Ils n’ont nulle part où se cacher. »

« Près de 14,4 millions de personnes, soit plus de la moitié des Yéménites, sont affamées et la majorité d’entre eux ne pourront faire face à la hausse des prix des aliments si les importateurs sont incapables de marchander pour cause d’un système financier paralysé. »

Même avant la crise actuelle, les Yéménites avaient extrêmement besoin d’aide humanitaire. En juin 2015, 10 des 22 gouvernorats du Yémen ont été classés « au bord de la famine et dans le besoin immédiat d’aide vitale ».

Huit mois se sont écoulés et la situation ne s’est que détériorée. Un sondage mené en août et septembre derniers par les Nations Unies auprès des commerçants a révélé que 64 % d’entre eux n’avaient aucun stock en réserve. Les autres en avaient suffisamment pour tenir à peine deux mois.

En février, des habitants de Taiz, une ville sur la ligne de front, ont rapporté à Oxfam qu’il n’y avait aucun légume ni aucune préparation pour nourrissons au marché. Ils ont également rapporté que dans certaines zones, le prix des aliments avait augmenté de 200 %. Certains ont affirmé ne manger qu’un repas par jour pour s’assurer que leurs enfants mangent suffisamment. D’autres ont dit avoir été privés de nourriture pendant 36 heures lors de périodes de conflit intense.

En février, la Banque centrale du Yémen a arrêté de garantir des taux de change favorables pour l’importation du sucre. Selon les dernières indications, le riz et le blé seront aussi bientôt touchés. L’incertitude quant au secteur financier rend les importateurs nerveux et tend à réduire le flux de marchandises entrant au pays, ce qui fait gonfler les prix davantage.

Afin de contrer l’effondrement de l’économie yéménite, Oxfam presse la communauté internationale d’offrir un soutien de toute urgence à la Banque centrale du pays ainsi qu’aux banques et aux importateurs privés.

Oxfam demande à ce que toutes les voies terrestres, maritimes et aériennes menant au Yémen demeurent ouvertes afin de permettre l’entrée régulière et constante de marchandises commerciales, d’aliments, de pétrole et de médicaments dans le but d’apaiser la crise humanitaire.

« Sans la paix, le Yémen risque de glisser vers la famine. Cependant, certains dirigeants mondiaux semblent déterminés à aggraver le conflit plutôt qu’à le résoudre. En 2015, des gouvernements ont rapporté des ventes d’armes s’élevant à 25 milliards de dollars incluant des drones, des bombes, des torpilles, des roquettes et des missiles vendus aux belligérants prenant part au conflit. Les gouvernements, particulièrement ceux des États-Unis et du Royaume-Uni, sont les principaux sympathisants de la coalition. Ils doivent encourager la paix et non la guerre. »