Pour que nos jeunes vivent à égalité

Lettre d’opinion.
Par Denise Byrnes, directrice générale d’Oxfam-Québec

 

Récemment, j’ai appris qu’un enfant né dans Hochelaga-Maisonneuve vivra, en moyenne, onze ans de moins qu’un enfant né dans Westmount[1]. Une donnée qui m’a bouleversée.
Comment un tel fossé a-t-il pu se creuser dans un pays d’abondance comme le nôtre ?

Ce qui se passe ici n’est que le reflet des inégalités extrêmes qui sévissent partout dans le monde, une situation qu’Oxfam dénonce dans son rapport À égalité ! Il faut mettre fin aux inégalités extrêmes. Partout sur la planète, les jeunes issus de milieux vulnérables se voient refuser les perspectives dont profitent les mieux nantis. Par exemple, à l’échelle mondiale, 60 % des jeunes âgés de 15 à 24 ans sont sans emploi.

Le 14 septembre, des jeunes du Québec ont participé à la table ronde Jeunes et Inégalités, tenue par Oxfam-Québec. Ils ont alors partagé leurs préoccupations par rapport aux inégalités qu’ils vivent : la précarité des emplois auxquels ils ont accès, le chômage élevé, la diminution de l’accès à l’éducation, le haut niveau d’endettement associé aux études et les menaces posées par les changements climatiques.

Ceci étant dit, les enjeux qui touchent les jeunes sont à peine effleurés dans la présente campagne électorale. Pourtant, les jeunes comptent parmi les personnes les plus touchées par les inégalités économiques extrêmes. Il est temps que les partis politiques se reconnectent avec la réalité des jeunes.

D’ailleurs, le Sommet des Nations unies sur le développement durable a eu lieu ce weekend t à New York. Dans cette rencontre historique, 193 pays ont adopté un nouveau programme de développement durable afin d’améliorer la vie des populations partout dans le monde. En matière de jeunesse, les Objectifs de développement durable (ODD) qui seront adoptés viseront, entre autres, à diminuer la proportion de jeunes non scolarisés et sans emploi d’ici 2020, ainsi qu’à assurer leur plein emploi et leur accès à un travail décent et productif d’ici 2030.

En adhérant à ces objectifs de portée universelle, le prochain gouvernement du Canada devra se doter d’initiatives concrètes pour favoriser l’épanouissement des jeunes. Il pourrait dans un premier temps mettre sur pied une politique jeunesse intégrée. Cette politique devrait reconnaître que les inégalités économiques posent un frein au développement économique et social des jeunes, surtout les plus vulnérables et marginalisés.

Pour s’attaquer aux inégalités que vivent les jeunes, il faut repenser l’ensemble de nos choix économiques et politiques en y incluant des mesures de redistribution de la richesse.

Oui, il est nécessaire d’assurer un salaire décent à tous les travailleuses et les travailleurs, mais aussi de limiter l’écart entre les plus hauts et les plus bas salaires au sein d’une même entreprise.

Oui, il est important d’écouter les jeunes, de les consulter, mais il faut leur donner un réel pouvoir décisionnel.

Oui, il faut faire une plus grande place aux jeunes en politique, mais il faut aussi créer d’autres espaces de participation citoyenne.

Forte de son expertise jeunesse, Oxfam-Québec croit fermement que de telles mesures pourraient ouvrir de nouvelles perspectives aux jeunes du Canada et d’ailleurs. C’est ainsi que nous arriverons à réduire les inégalités qui aggravent la pauvreté et l’injustice, en vue de créer un monde où nos jeunes vivent à pleine égalité.

Si vous croyez, comme moi, que les jeunes devraient pouvoir exercer leur pouvoir d’influence et se réapproprier leur droit de se faire entendre, signez la pétition À égalité ! d’Oxfam.

Denise Byrnes
Directrice générale, Oxfam-Québec

 

 

[1] Agence de la santé et des services sociaux de Montréal (2012). Rapport du directeur de santé publique 2011. Les inégalités sociales de santé à Montréal, 2e édition.