Un ouragan de haine. Le racisme et la méfiance menacent nos sociétés. Il est temps d’y mettre fin !

Par Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International et Denise Byrnes, directrice générale d’Oxfam-Québec

Le meurtre de la députée britannique Jo Cox, la semaine dernière, a eu l’effet d’un électrochoc plongeant le monde dans une introspection. Cette semaine, des mouvements sociaux organisent dans plusieurs villes à travers le monde, dont Ottawa, des événements commémoratifs en hommage à Jo. Des députées et députés canadiens et du monde entier ont été invités à « s’unir pour endiguer la montée pernicieuse de la peur et de la haine qui engendrent la division et l’extrémisme. »

Nous devons toutes et tous affronter ce même défi.

Jo Cox a consacré sa vie à combattre les injustices et l’intolérance. Elle a fait grande impression sur certains de nos collègues, au sein d’Oxfam-Québec, qui la connaissaient. Tant de personnes ont été inspirées par sa compassion, son engagement et l’énergie dont elle faisait preuve pour changer les choses. Elle était sans nul doute une femme extraordinaire.

Lorsqu’elle travaillait chez Oxfam, elle était intervenue dans un débat sur le meilleur moyen de parvenir à un véritable empowerment des femmes. Quelqu’un avait suggéré l’éducation. « Non, avait-elle répondu, la réponse est politique. Aidons les femmes à accéder au pouvoir politique et le reste suivra. » Tout nous dit, dans notre expérience et notre travail avec les femmes en Afrique et à travers le monde, qu’elle a raison.

Jo a semble-t-il été tuée en raison de ses opinions. Elle n’est pas la seule à en avoir payé le prix.

Il y a quelques mois au Honduras, Berta Cáceres, une dirigeante autochtone, a été abattue devant ses enfants pour avoir défendu le droit à la terre de sa communauté, menacée depuis des années par les intérêts de grandes entreprises. Chaque année, en moyenne, 70 journalistes sont tués en raison de leur profession. Des femmes sont assassinées pour la seule raison que ce sont des femmes, au point que nous avons dû inventer un nouveau mot il y a 40 ans : le « féminicide ».

Nous assistons à une montée des crimes haineux dans nos sociétés, et c’est une tendance mondiale. Les enlèvements collectifs de filles au Nigeria, l’assassinat de touristes sur une plage tunisienne et de spectateurs à un concert parisien, le massacre de 49 homosexuels et lesbiennes à Orlando, ainsi que le meurtre d’une députée dans une petite ville d’Angleterre, sont autant d’exemples d’un déchaînement de haine.

Cette haine est une construction patiemment élaborée à coup d’arguments pleins d’animosité et de peur qui gagnent la faveur du public. Mutilées, les règles de la bienséance sont désormais empreintes d’isolationnisme, d’avidité et d’intolérance. Les valeurs fondamentales de l’humanité, inscrites dans le droit international et prônées par l’humanitarisme, notamment en ce qui concerne les droits des réfugiés, sont minées.

Partout dans le monde, les politiques jonglent avec les préjugés et les mensonges pour poursuivre leurs objectifs à court terme, ce qui érode la confiance et la tolérance au sein de nos sociétés.

Des patrons de presse favorisent un journalisme agressif qui vend la peur. Des économistes conçoivent des arguments visant à justifier l’extrémisme. Les messages religieux sont déformés. Et l’on permet que fusils et bombes tombent entre les mains d’esprits radicalisés, avec des conséquences prévisibles.

Que pouvons-nous faire ? La tolérance émane du respect. Elle n’est pas donnée ni acquise d’avance. Il faut se battre pour la conquérir. Lutter contre le racisme, le tribalisme, la discrimination et la xénophobie pour sans cesse montrer qu’ils sont inacceptables. Ce combat de tous les instants, nous le gagnons aussi bien dans nos foyers, quand nous parlons à nos enfants, que dans notre pays, quand nous nous mobilisons, quand nous votons. Il est nécessaire, si nous voulons arrêter de nous demander ce que nous sommes devenus.

Nous pourrions facilement nous contenter de rire ou de hausser les épaules face aux démagogues d’aujourd’hui, pensant que nos valeurs de tolérance et de sécurité sont à l’abri, que toute régression est impossible. Mais rien n’est moins vrai. Il incombe à chaque génération de reconquérir et défendre les libertés durement gagnées et de les étendre à celles et ceux qui ne les ont jamais eues. Nous sommes fières de participer à cette lutte et de travailler avec tant de personnes qui furent touchées par l’ardente volonté de Jo de construire un monde meilleur, sans cette haine qui l’a tuée.

Nous devons activement rejeter cette idéologie haineuse d’où qu’elle vienne. Nous devons aider les communautés du monde entier à lui substituer une culture de paix et de tolérance fondée sur la justice sociale.

Agissez ! Le futur est entre nos mains.