December 2011

  • Une robe, deux robes, trois robes de mariée !

    Le quartier de Morne Lazarre est un des plus détruits de la capitale.

    C’est là qu’opère OFAMOLA, notre partenaire. Organizasyon Fanm Mon Laza.

    Dans le petit local de l’association que j’ai visité, toutes les personnes impliquées dans le projet voulait me raconter le travail.

    Ce sont eux qui opèrent avec nous dans cette zone pour la gestion des déchets. Des équipes sont engagées pour balayer, nettoyer les rues et les ravines. D’autres font un gros travail de sensibilisation pour changer les comportements et expliquer les impacts de l’insalubrité sur la santé publique. Pendant ce temps, une autre brigade fait du porte-à-porte pour récolter des déchets. En tout, ce sont 50 personnes par mois qui travaillent au projet.

    Pour la récolte, ça fonctionne avec un système d’abonnement. Les gens payent de 100 à 750 gourdes (2,5 à 18 $), suivant la quantité de déchets produite. Les plus grosses quantités concernent surtout les commerçants. Et ça marche ! Allah Louis, la coordonnatrice du projet, me confirme qu’après l’étape de sensibilisation, les gens sont plutôt contents de pouvoir s’abonner et d’arrêter de devoir mettre le feu à leurs tas d’ordures.

    La dernière étape, après la collecte, c’est le compostage et le recyclage de certaines matières. Évidemment, tout ça se fait en collaboration avec le SMCRS (Service métropolitain de collecte des résidus solides), qui dispose ensuite des ordures dans des décharges.

    Petite anecdote : le local d’OFAMOLA sert aussi de lieu de rassemblement pour les jeunes du quartier et là, au deuxième étage, une de leurs activités préférée, c’est l’atelier de fabrication de jouets, à partir des matériaux récupérés ! Certaines des productions de cette année sont actuellement exposées au Biodôme de Montréal, dans le cadre du Concours Déchets d’œuvre !

    L’autre travail important d’OFAMOLA, c’est le soutien au redémarrage de petites entreprises pour les femmes du quartier. Une première phase du projet a soutenu 200 femmes. Les bénéficiaires du programme sont des personnes qui opéraient déjà avant le séisme mais qui ont tout perdu. Elle reçoivent une subvention de près de 27 500 gourdes (685 $) et de la formation. Souvent il s’agit d’alphabétisation en premier lieu, mais également de gestion et de comptabilité, ainsi que d’outils pour analyser mieux les besoins et le marché.

    La plupart de ces femmes tiennent des petits kiosques alimentaires et vendent soit au marché, soit dans la rue. D’autres vendent des sous-vêtements, des souliers, du charbon, des boissons gazeuses ou de l’alcool…

    Josèphe Rosena, 42 ans, qui vend des produits alimentaires au marché.

    J’ai rencontré neuf de ces femmes très fières de raconter leur expérience. Elles soulignaient toutes le fait qu’elles ne savaient pas lire ni écrire avant. Elles témoignaient toutes de bénéfices beaucoup plus importants avec leurs petits commerces. Certaines d’entre elles commencent à investir cet argent dans la reconstruction de leurs maisons détruites. Les autres, qui ont eu plus de chance lors du séisme, sont devenues des soutiens de famille, étant bien souvent les seules à travailler, et s’occupent d’abord et avant tout de l’éducation des enfants ou des petits enfants.

    Ma visite à Morne Lazarre s’est terminée avec la rencontre d’Annacilia Jean-Pierre. Sa maison est abimée, mais pas détruite. Elle a donc pu relancer son commerce dans un petit local de sa demeure qui donne sur la rue. Avec la subvention et les formations, elle a rouvert sa boutique de vente et de location de robes de mariée. La demande était forte et rapidement, elle a dû engager trois personnes pour travailler avec elle. En fait, elle pourrait sans problème augmenter encore son chiffre d’affaire. Mais son local de quelques mètres carrés est utilisé à pleine capacité.

    Dans quelques années, elle rêve et se voit dans une nouvelle boutique, grande, lui permettant de mieux « ranger son fatras » ! En attendant, avec les bénéfices de son travail, elle envoie déjà quatre de ses enfants à l’université. Les trois suivants sont encore à l’école mais elle n’a aucun doute là-dessus, ils suivront les traces de leurs frères et sœurs !

    Annacilia fière de ses robes de mariée !
    Le local d'Annacilia tout entier représenté sur cette photo !
  • Où ça, un clown ?

    Je suis de retour à Port-au-Prince depuis hier.

    Journée plus tranquille et j’en ai profité pour me remplir les yeux et la tête : des lampadaires sont apparus dans les rues depuis un mois ou deux. Alimentés par panneaux solaires, ils éclairent de plus en plus de rues de Port-au-Prince. Ce n’est pas un déploiement général, mais ça change grandement le portrait nocturne et réduit, un peu, les risques d’accidents. C’est certain qu’au niveau de la sécurité sur la route, il y a encore du chemin à faire !

     

    Un lampadaire... ou plutot une ombre de lampadaire !
    Les fameux indicateurs de nom de rue

    Des panneaux indiquant les noms de rue sont aussi apparus. Initiative d’un des plus grands fournisseurs de téléphone cellulaire. Ce n’est pas encore partout, mais ça aide ! Pour aller chez Claude, arrivé dans tel quartier, tu suis des flèches bleues sur les murs, jusqu’au moment où les fils électriques pendent sur la route et qu’en face, il y a un arbre. Ensuite tu continues jusqu’à un portail vert… vous voyez le tableau.

    Un peu partout dans la ville, de grands espaces, des parcs, des terrains de foot, reprennent leur rôle. Plus de tentes, les camps sont démantelés progressivement. Ce n’est pas fini, il y en a encore, des camps, mais on voit vraiment un progrès. Pareil pour les débris des immeubles effondrés. Le travail à faire est encore énorme, mais le changement est stupéfiant. Des exemples d’immobilisme, il y en a encore tout plein, c’est sûr ! Au coin de la rue du bureau d’Oxfam-Québec, le bâtiment effondré n’a pas bougé d’un pouce. Le propriétaire du bâtiment est mort et personne ne revendique encore la propriété. Et comme il est de la responsabilité de chacun de dégager son terrain, rien ne bouge.

    On voit aussi une belle amélioration au niveau de la propreté. Des tas d’ordures qui encombrent les rues et les espaces vacants, il y en a. Moins. Un immense travail de sensibilisation aux questions d’hygiène et d’assainissement a été et continue à être fait. Des dépotoirs sauvages ont été démantelés, un certain ramassage a repris. Dans ma petite ville, au Québec, il y a chaque année un concours du plus beau jardin. Ici, le concours existe aussi : « Mon quartier est plus propre que le tien ». En rentrant dans Port-au-Prince hier, j’ai croisé beaucoup de groupe, balai en main, gants, sacs, en train de nettoyer, de ramasser et de remplir des camions d’ordures. Il existe aussi un système de loterie. Pour participer, vous recevez un billet pour chaque 300 sacs d’eau que vous rapportez à des points de collecte. L’eau ici est souvent vendue dans des petits sacs en plastique individuels qui doivent contenir plus ou moins 250 millilitres. Ça fait des milliers de petites tâches de plastique bleue qui jonchent les bords de rues.

    Je ne vous dresserais pas un portrait idyllique de la situation qui est loin de l’être. Mais à chaque personne à qui je pose la question, j’obtiens toujours la même réponse : on voit la lumière au bout du tunnel et un retour à la case départ. Maintenant, arrangeons nous pour dépasser ça et obtenir une véritable amélioration des conditions de vie dans ce pays qui en a bien besoin.

    Travaux d'aménagement de la Place St-Pierre avec deux grandes fontaines.
    La PLace St-Pierre n'est plus un camp ! Les structure de tentes en arrière vont abriter des commercants
    Et un Père Noël flou au détour d'une rue...
    Et un clown qui fait des ballons !
  • De l'eau, de l'eau et encore de l'eau

    Quand nous avons grimpé la petite côte pour aller voir où en sont les travaux de construction d'une grande citerne de récupération des eaux de pluies et de stockage, nous sommes très vite arrivés.

    Nous sommes sur la route de Jacmel et le responsable du comité de la communauté me fait un inventaire rapide. Là, ce sont les latrines construites par CARE. Là, les abris de la Croix-Rouge Suisse. Notre citerne est juste à côté. Le béton a fini de prendre, il ne reste que deux semaines de travaux pour faire la plomberie et placer les filtres pour rendre l’eau potable.

    La route n’est pas loin, la communauté n’est pas isolée.

    Mais sur la photo, ce que vous voyez, c’est l’illustration de la réponse du responsable à ma question : « Jusqu’à maintenant, l’eau, vous la prenez où ? »

    La réponse ? Entre Yves Gattereau, notre responsable du projet de reconstruction post-séisme, et l’arbre qui est à sa droite. Vous voyez les deux tâches blanches des roches ? C’est là. Au fond, tout au fond de la ravine. Et le tracé de la route ne passe pas par là. Pour les hommes et les femmes les plus en forme, c’est au minimum deux heures de marche.

     

    Le projet de reconstruction post-séisme, c’est beaucoup d’eau. Rien d’étonnant à apprendre que nous le menons en partenariat avec la Fondation ONE DROP.

    Des citernes, des constructions de canaux d’irrigation, l’amélioration des zones de captage, la protection des sources, la réhabilitation de puits. Mais c’est aussi un immense travail de renforcement des capacités de nos partenaires, principalement le Ministère de l’agriculture.

    Pourquoi ce Ministère ? Le travail avec les agriculteurs est le deuxième volet du projet : distribution de semences, d’outils, de fertilisants, formation pour démarrer des jardins potagers, agro-transformation… et bien plus encore !

    Et comme pour tous nos projets en partenariat avec ONE DROP, il y a un volet social. Une troupe de théâtre, TOTO B, qui fait de la sensibilisation des populations sur les questions d’eau et les enjeux de la reconstruction. Mais ça, c’est la partie entre les mains de ONE DROP, je n’ai pas rencontré les intervenants.

    Yves, notre chef de projet Canado-Haïtien est positif malgré l’immensité de la tâche : « Il y a tellement de choses à faire ! Les zones d’interventions sont immenses et les projets peuvent avoir l’air d’une goutte d’eau dans l’océan des besoins. Mais il ne faut pas oublier qu’avant le séisme, c’était déjà catastrophique. Pourtant, au niveau des interventions en eau, des pas de géants ont été franchis. Et il faut poursuivre… d’autant plus qu’Oxfam-Québec est une des rares ONG à soutenir l’agriculture.

  • Des maisons et des poules !

    Difficile de croire que j’ai atterri il y a à peine 24 heures !
    Après une récupération de bagage plutôt épique, j’ai mis le cap directement sur le bureau de l’humanitaire d’Oxfam-Québec. Un tour rapidement avant de repartir avec Isabelle Fortin, coordonnatrice du programme humanitaire, vers la maison de Claude St-Pierre, le directeur d’Oxfam-Québec, qui est malade malade mais fera le tour des dossiers avec nous jusqu’à 19h.

    La soirée sera paisible…

    Ce matin, premier départ hors de la capitale. En février 2010, quand j’étais en Haïti, je n’ai jamais quitté Port-au-Prince. Nous nous rendons donc  à Gressier, dans la région des Palmes.
    Le partenariat que nous y menons avec ITECA (Institut de technologie et d’animation) touche l’hygiène, l’assainissement et la recapitalisation économique des jeunes.
    ITECA a misé directement sur la reconstruction d’abris permanents. Les familles qui ont accepté de se joindre au programme ont choisi de ne pas recevoir d’abris temporaires (tentes ou bois) pour bénéficier de ces petites maisons permanentes. Des abris temporaires, ils se sont tous débrouillés pour s’en construire eux-mêmes en attendant.

    Modèle de maison

    Pour la construction des maisons, le système ressemble un peu à ce qu’on connait chez nous avec Habitat pour l’humanité. Les cent premières familles bénéficiaires ont toutes travaillées à la construction des maisons des autres. Chacun doit fournir du matériel (des pierres, apporter l’eau pour le ciment, construire des blocs de ciments quand les pierres sont manquantes…). Le matériel est transporté par les familles sur les lieux des futures habitations, souvent en montagne et difficilement accessibles. Les cent nouveaux propriétaires prendront possession de leur demeure le 10 janvier prochain.

    Il en coûte de 4 000 à 5 000 dollars par unité pour les abris semi-permanents. Ces vraies maisons coûtent chacune 11 000 dollars.

    Oxfam-Québec s’occupe ensuite d’équiper ces communautés en eau, latrines et gestion des déchets. Nos équipes font des travaux d’extension du système d’adduction d’eau pour avoir de l’eau courante.

    L’autre aspect du travail en partenariat avec ITECA est l’appui aux activités économiques des jeunes. Cinq cent d’entre eux ont déjà reçu des poules pour démarrer un petit élevage. Ils en avaient 16 chacun au départ mais ont tous déjà doublé leur capacité d’élevage. Bien entendu, ces jeunes reçoivent également une formation technique et en gestion. Et comme les poules sont issues de races améliorées, elles sont très en demande et leurs œufs se vendent plus chers sur les marchés.

    En après-midi, nous nous sommes déplacés vers Léogane, où nous menons un projet d’eau et assainissement en partenariat avec ONE DROP. Nos équipes construisent ici aussi des latrines, des douches et des stations de lavage de main pour les familles, mais un grand travail de sensibilisation aux pratiques d’hygiène y est mené avec des troupes de théâtre locales dans les six communes de travail. L’éducation à l’hygiène est vraiment très efficace avec ces moyens. On rejoint des groupes de 250 à 300 personnes d’un coup et de façon très ludique.

    Oxfam-Québec a aussi un partenariat avec une radio et nous avons une émission d’1 heure 30 hebdomadaire avec une ligne ouverte pour interagir avec le public, et des jeux de questions-réponses.

    Cette après-midi, j’ai pu assister à un des focus groupe organisé auprès des communautés pour entendre leurs préoccupations, leurs doléances… et ce que j’ai entendu est très encourageant. On y entend satisfaction et remerciement, même si il y a encore du travail à faire.

    « Même avant le séisme, il y avait des points de défécation un peu partout. Des latrines, on en avait jamais eu avant ! Et avec plus de propreté, on voit l’effet sur les moustiques et il y a moins de malaria et de filariose. »

  • Retour en Haïti

    Je suis dans les préparatifs: demain, départ pour Port-au-Prince.

    Je n'y suis pas retournée depuis février 2010. Je suis fébrile et très impatiente de voir de mes propres yeux le travail accompli en deux ans. L'image, l'impression générale et le discours ambiant parle de peu de progrès, de sur-place... les témoignages que je reçois, moi, sont porteurs d'espoir et parlent de créations d'emploi, de sourires et de motivation.

    Hâte de revoir les gens, les rues... hâte de vous raconter et de vous transmettre les histoires, les témoignages, les anecdotes que je pourrais glâner.

    Mais là, il faut surtout que je pense à tout, ne rien oublier. Éfficacité ! 

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