février 2010
Quelques chiffres et données
Soumis par Lynn Dolen le 24 février 2010 - 21:50.Même si les médias ont quelque peu relâché la diffusion d'information sur la situation en Haïti, le travail d'Oxfam-Québec sur le terrain se fait toujours sans relâche.
Vous êtes nombreux à vouloir avoir des nouvelles et à désirer savoir de quelle façon nous utilisons les dons que vous nous avez si généreusement confiés. Sachez que nos équipes travaillent avec conviction. Au Québec et sur le terrain.
Voici quelques données sur les actions menées jusqu'à maintenant dans les différents domaines et camps où nous sommes actifs :
APPROVISIONNEMENT EN EAU:
• 87 000 gallons ont été distribués dans les sites répertoriés par Oxfam-Québec
• 1 629 caisses de bouteilles d’eau (reçues de la fondation Stronach) ont été distribuées dans les différents sites.
• Une citerne (bladder tank) de 10,000 Litres a été installée et remplis à Delmas 62ASSAINISSEMENT :
Delmas 77
2 blocs de latrines avec des aires de bains pour les femmes ont été complétés le 16 février. Site identifié pour le placement d’une citerne de 10,000 gallons.Delmas 95
2 blocs de latrines avec des aires de bains pour les femmes ont été complétés le 16 février.Delmas 33, Rue Figaro
2 blocs de latrines avec des aires de bains pour femmes vont être commencés le 19 février.Delmas 83
4 des 6 blocs de latrines avec des aires de bains pour femmes en construction ont été complétés et les 2 autres en état de construction.Ti savanne A
2 blocs de latrines avec des aires de bains pour femmes ont été complétés le 17 février.
Ti Savanne B
2 blocs de latrines avec des aires de bains pour femmes sont en construction.Baillergeau 3 : Tapis Rouge
1 bloc de latrines avec aires de bains pour les femmes a été construit pour supplémenter des latrines inadéquates construites par d’autres.Delmas 62
Tube de ventilation installé pour évacuer les odeurs.
Delmas 60
5 blocs de 4 latrines dans 3 sites et 2 aires de bains pour les femmes ont été complétés le 9 février.
Delmas 62
2 blocs de latrines avec des aires de bains pour les femmes ont été complétés.Delmas 75
2 blocs de latrines avec des aires de bains pour les femmes ont été complétés.Delmas 83
6 blocs de latrines et 3 aires de bains pour les femmes sont en construction.Baillergeau 3
2 blocs de latrines avec des aires de bain pour les femmes sont en construction.Ti Savanne
2 blocs latrines et des aires de bain pour les femmes sont en construction.DISTRIBUTION D’ARTICLES ESSENTIELS :
1 673 bâches ont été distribuées
10 000 matelas ont été commandés ; 3 997 ont été distribués
720 kits de cuisine ont été distribués (reçus de l’ACDI)
384 kits d’hygiène ont été distribués (reçus de l’ACDI)
531 caisses de nourriture pour bébés ont été distribuées
569 draps ont été distribués
183 caisses de pouding ont été distribuées
10 000 kits familiaux assemblés à partir du matériel commandé (Savons, brosses a dents, casseroles, bols, assiettes, serviettes, serviettes sanitaires, shampoing, brosse a cheveux, etc.) et 7 756 kits ont été distribuésCes actions font partie de la première phase de notre intervention : celle d'urgence. Nous travaillons bien sûr à la mise en place de projets et de programmes visant la reconstruction.
L'ampleur du travail est toujours énorme, mais malgré la fatigue et les conditions de vie difficiles sur le terrain, nos équipes sont toujours motivées à participer aux différents défis légués par cette catastrophes.
Merci d'être là et continuez de garder un place dans vos pensées pour la population haïtienne.
Tenir ses promesses - témoignage de François Holtz
Soumis par Lynn Dolen le 17 février 2010 - 22:10.Dans mon dernier billet, je mentionnais ma future rencontre avec François Holtz, chargé de projets chez Oxfam-Québec, et une des premières personnes de notre équipe à s'être rendue en Haïti suite au séisme.
Il me fait donc plaisir de tenir ma promesse et de vous résumer le contenu de notre échange.
Pour commencer, François est revenu d'Haïti avec un nouveau bagage. C'était sa première mission dans un pays dévasté par une crise de ce genre et il en est revenu encore plus optimiste face à la pertinence des actions d'Oxfam sur le terrain.
C'est le 20 janvier qu'il a atteri sur le sol haïtien et quelques minutes après avoir posé les pieds là-bas, il a pu constater l'ampleur du désastre et de ses répercussions. Sa première constation fût de voir à quel point notre équipe - pourtant profondément touchée personnellement par les pertes humaines et matérielles du tremblement de terre - était prête à travailler pour soutenir les actions d'urgence.
«J’ai trouvé une équipe sur place déjà très mobilisée et efficace pour répondre aux premières urgences. Ils étaient en mesure de recevoir les demandes d’aide, d’évaluer les besoins des différents camps, de mobiliser le matériel nécessaire et de faire la distribution de ce matériel aux bénéficiaires. Et ce, malgré le fait qu’ils étaient eux-mêmes des victimes du séisme.
Le travail d’urgence laissait cependant peu de temps aux agents terrains pour concilier les informations de façon quotidienne et pour faire le bilan des activités réalisés. En ce sens, mon travail (François a quotidiennement rédigé des rapports sur l'état de la situation et les actions d'Oxfam-Québec) faisait la différence en permettant a l’équipe sur place d'être mobilisée sur l’opérationnel en me laissant le soin de concilier les informations et de faire le rapportage afin que l'équipe québécoise, le grand public et les bailleurs de fonds soient au courant des actions.
C’est très important aussi pour les gens du terrain de sentir la mobilisation des personnes au siège et au Canada et de voir qu’ils sont prêts a venir les soutenir dans leur travail.»
C'est difficile pour nous de mesurer l'impact de notre solidarité, pourtant plusieurs témoignages reçus d'Haïti témoignent de l'impact que notre mobilisation a eu - et continue d'avoir - sur la population haïtienne. Savoir que les gens sont présents et tentent de faire leur part pour les aider à passer au travers de ce moment plus que difficile, est essentiel. C'est pourquoi nous avons essayé, dès le début, de les tenir informer des actions de la population québécoise.
L'espoir est une arme exceptionnelle pour faire face à une réalité aussi dramatique et vos dons, vos messages et vos actions ont contribué à la maintenir vivante.
Lorsque j'ai demandé à François si cette expérience avait modifié sa façon de percevoir nos actions à titre d'organisation humanitaire, voici ce qu'il m'a répondu :
« Cette expérience m’a confirmé la pertinence de l’approche de partenariat d’Oxfam-Québec et l’avantage certain pour des ONG comme nous d’avoir des ressources humaines et des bureaux locaux (Oxfam-Québec est présente en Haïti depuis 1983). Dès les premières heures, le travail dans les camps s'est effectué a travers des partenariats entre Oxfam-Québec et des comités locaux de citoyens basés près des camps. L’évaluation du nombre de bénéficiaires, de l’état de ces bénéficiaires, de leurs besoins et la coordination des distributions se faisaient avec ces comités ce qui a considérablement accentué l’efficacité de notre travail.»
François s'envolait aujourd'hui en République démocratique du Congo afin de suivre l'état d'avancement de projets que nous avons là-bas. Son enthousiasme envers la mission d'Oxfam-Québec est toujours aussi vivant.
« Dans un contexte d’urgence les besoins sont criants et les retombées de l’aide sont tangibles. Cela dit, le développement durable et à long terme est, en mon sens, aussi important si on veut, en dehors des périodes de crises et d’urgence, réduire la pauvreté de façon générale et assurer de meilleures conditions de vie aux populations à long terme.»
François m'a aussi mentionné qu'il était impératif de continuer à sensibiliser la population à la situation vécue actuellement par le peuple haïtien : « Les gens doivent rester mobilisés, et ce même si Haiti va être de moins en moins a l’agenda des médias. Les besoins sont à long terme et la phase de réhabilitation va demander beaucoup de temps, des années, et aussi beaucoup de ressources.»
De notre côté, nous continuerons de vous informer de nos actions là-bas et même si vous pensez que votre petit effort est négligeable, il n'en est rien ! Chaque geste compte, chaque parole contient son lot de réconfort et chaque action entraîne de nouvelles réactions positives.
La ruche
Soumis par Justine Lesage le 16 février 2010 - 10:56.Oxfam Grande-Bretagne a déjà engagé 55 nouveaux employés haïtiens dans le cadre de la gestion de l’urgence. Des chauffeurs, des ingénieurs, des promoteurs de santé et j’en passe. Et le recrutement n’est pas terminé. Tout ce beau monde travaille les différentes zones de Port-au-Prince que nous couvrons : Delmas, Carrefour, Carrefour-Feuille.
La ruche s’est bien organisée et chacun remplit un rôle bien précis.
Quel changement depuis 2 semaines ! Chacun des programmes (eau et assainissement, distribution d’abris et de kits, cash-for-work) repose sur des équipes solides et il est plus facile ainsi d’élargir notre champ d’action.
Pour Oxfam-Québec, les actions ciblent Delmas, Croix Desprez, Jacmel et Léogane.
Et un grand volet à l’extérieur de la zone de la capitale, dans le cadre de la sécurité alimentaire.Oxfam-Québec travaillait déjà sur cette problématique bien avant le séisme, mais comme pour l’ensemble de sa programmation, il a fallu revoir les priorités. Ce qui était déjà en cours et prévu, c’est le soutien aux agriculteurs de 6 départements, à travers un réseau d’organisations locales partenaires. Nous leur fournissons des semences, des outils et des fertilisants pour préparer les prochaines récoltes. Il y avait déjà des commandes de passées pour près de 60 tonnes de semences de maïs, de sorgho, de haricots, de patates douces e de manioc. Mais suite au séisme, les besoins en nourriture sont grandissants et il a fallu réajuster le tir. Les agriculteurs partenaires ont la capacité d’augmenter leur production. C’est pourquoi nous avons déjà commandé 40 tonnes de semences supplémentaires et nous essayons d’augmenter encore. Si nous pouvons prévoir des prochaines récoltes abondantes, il y aura moins de besoins d’importer certains aliments de base. Croisons les doigts pour que la saison des pluies soit satisfaisante à ce niveau là et que tout se passe bien.
Mais à court terme, nos partenaires sont confrontés à un autre problème. Ils tentent de vendre leur production précédente avec beaucoup de difficulté. La plupart des gens dans la zone de Port-au-Prince ont tout perdu. Maison, travail, entreprise… nombreux sont ceux qui dépendent des distributions alimentaires. D’autres ont encore la possibilité d’acheter des aliments, mais on retrouve sur le marché beaucoup de produit importé, vendu à très bas prix qui concurrence déloyalement la production locale. On retrouve ici très concrètement les vieux démons combattus depuis des années par Oxfam : le dumping de produits subventionnés par les pays étrangers qui ravagent l’économie des producteurs Haïtiens. Quand vous devez repartir à zéro, rebâtir votre demeure, votre vie, il est naturel de chercher les occasions qui vous permettront de moins dépenser. Résultat, les petits fermiers y perdent aussi leur moyen de subsistance.
Oxfam-Québec a donc mis en place un mécanisme d’achat de ces produits, qui seront distribués dans nos zones d’interventions à Port-au-Prince. Il faut favoriser l’utilisation des produits locaux dans la distribution alimentaire pour les sinistrés, si nous voulons renforcer l’économie chancelante du pays.
Aujourd’hui même, un camion rempli de riz est en route de l’Artibonite jusqu’à Port-au-Prince pour y être distribué.
Et tout ça m’a été raconté avec passion par un homme étonnant : Antoine Ladouceur, agronome principal de ce projet. Antoine, que la vie a menée de Port-au-Prince au Japon, dont la famille… mais chut ! Je garde ça pour un témoignage plus complet. Pour ceux qui ne le reçoivent pas encore, écrivez-nous pour recevoir le Monde d’Oxfam-Québec, que nous publions deux fois par année.
Et je ne finirais pas sans vous dire quelques mots sur Wilner. Wilner est un de nos chauffeurs. Ah, si vous saviez à quel point le chauffeur jour un rôle central dans toute cette histoire…
Wilner à qui j’essayais de poser des questions, Wilner qui répond du bout des lèvres. Wilner qui n’est pas un grand parleur. Wilner dont la fille, qu’il n’a pas vue depuis trois ans, vit au Québec. Wilner silencieux hier, mais que quelque chose travaillait visiblement.
Il s’est soudain retourné vers moi et m’a dit : «Tu sais, je n’arrête pas d’y penser depuis qu’on s’en est parlé. Maintenant je sais ce que je veux faire. Cette année, j’irais à Montréal voir Katiana. »Ce n’est qu’un au revoir
Soumis par Justine Lesage le 16 février 2010 - 16:50.J’ai parfois l’impression d’être arrivée hier et parfois il me semble être ici depuis une éternité.
Je m’en vais déjà et il y a tant à faire dans ce pays, où Oxfam développe sa plus grande opération humanitaire depuis le tsunami.Je revois mon premier jour comme la boite d’un immense casse-tête qu’on ouvre et qu’on observe, ne sachant pas trop par où commencer. On trie les informations, les couleurs, les impressions et petit à petit, ça prend forme. Mais à côté de nous, une grande horloge fait résonner son tic tac et les aiguilles sont devenues folles.
À mon arrivée en Haïti, j’étais surprise de voir de la destruction, oui, mais pas de l’ampleur qu’on nous avait livrée dans nos écrans cathodiques. La vie avait déjà repris, dans certains quartiers tout semble presque normal. Jusqu’à ce que j’arrive dans le bas de la ville. Le cœur, le centre économique, les commerces, le siège des institutions d’État…
J’ai du mal à décrire, mes mains en tremble et j’ai les yeux pleins d’eau. Je ne pourrais pas être très claire sur l’effet que nous avons ressenti. Un silence lourd s’est installé dans la voiture. Nous avons roulé une bonne heure, louvoyant entre les fissures de la route et les débris. Le centre-ville de Port-au-Prince a l’air de sortir d’une guerre, de longues années de bombardements intenses.
Ça a duré 50 secondes.
Ensuite un ouragan d’un nouveau genre a tout emporté ici. L’urgence dans sa plus simple expression.
Les équipes d’Oxfam se sont retroussé les manches et le travail a commencé. Il faut livrer la marchandise et être efficace, vite. Mais dans les premiers temps, il y a forcement de la frustration : on voudrait être plus organisés, plus efficaces…Mais c’est inévitable : il faut agir vite, ce qui demande beaucoup de bras, mais organiser tout ce monde et établir une structure prend du temps.
Et il faut faire les choses du mieux qu’on peut. Doit-on juste distribuer de l’argent à tout le monde ? Doit-on prendre plus de temps, voir comment les gens vivent et faire des actions plus ciblées ? Doit-on travailler d’abord avec les plus vulnérables et les plus pauvres ou atteindre plus de monde plus vite en étant moins sélectifs ?
Ce sont des questions qui doivent se poser pour être certains que l’argent que vous donnez à Oxfam soit dépensé d’une façon correcte, donné aux bonnes personnes et qu’il ai le plus grand impact possible en un temps le plus court possible.
En deux semaines, j’ai vu nos activités lentement prendre forme. Et je dis lentement parce que nous sommes toujours impatients dans l’urgence. L’aide se rend, elle est de plus en plus efficace.
Mais les questions demeureront toujours : peut-on en faire plus ? Est-ce que la situation va empirer avec la saison des pluies qui s’en vient ? Que nous réservent les mois qui viennent ?
J’espère en tout cas que ce blog aura été utile, qu’il vous aura fait suivre le quotidien d’une équipe de travailleurs humanitaires. J’espère vous avoir dépeins un peu le travail des Haïtiennes et des Haïtiens qui s’évertuent à retrouver un quotidien un peu plus normal.
C’est dur de ne pas tomber dans le cliché pour clore ce dernier billet de ma mission ici. Je suis transformée, choc, laisser une partie de soi et bla-bla-bla.
Alors même si cela ne vous surprendra pas, je ne peux que finir en rendant un hommage immense à cette population incroyable, à son courage et à sa force de caractère.Merci Step Haiselden pour ces trois dernières photos.
Fascinant Philippe
Soumis par Justine Lesage le 14 février 2010 - 09:11.Aujourd’hui, j’ai accompagné Ray Offenheiser, président d’Oxfam America.
Notre journée s’est terminée par une rencontre avec Philippe Mathieu, le représentant d’Oxfam-Québec en Haïti depuis trois ans, et le reste de l’équipe.Philippe présente la programmation d’Oxfam-Québec. C’est technique, intéressant… il fait le tour de nos différents projets, des actions d’urgence face au séisme. Il y a l’eau, l’assainissement, la distribution des kits d’hygiène et de cuisine. Il y a la promotion de l’hygiène, le cash-for-work… il y a le travail énorme dans les zones rurales avec le soutien aux agriculteurs pour la sécurité alimentaire. Il y a l’agroforesterie, le reboisement, l’aménagement des bassins versants, et bien plus encore. Et puis il se met à parler de ce qu’il y a en arrière de ça. De la philosophie qui guide Oxfam-Québec, de nos valeurs…
Et on est tous pendu à ses lèvres. Philippe nous parle de réseaux, du travail importants avec les communautés, avec les organisations haïtiennes. Le fait de travailler depuis longtemps avec ces gens et d’avoir déjà des systèmes communautaires très implantés qui ont rendu faciles, rapides et efficaces les distributions qu’Oxfam-Québec fait. Il y a le soutien à tous nos partenaires qui est une importance fondamentales : des ONG et des associations locales avec lesquelles nous travaillons depuis des années et qui ont tout perdu.
Il y a le souci de travailler dans l’urgence mais de lier chacune de nos actions à demain, de penser à l’impact que cela va avoir sur le futur. Et il y a la passion des gens. Le respect de ces milliers de personnes auprès desquelles nous travaillons.
Philippe s’enflamme et plus personne ne l’arrête. Philippe parle avec passion de sa mission et de son pays. Nous sommes tous à l’écoute. Philippe nous éloigne des chiffres et des statistiques pour ancrer nos actions dans la vie.Philippe qui vient travailler tous les jours au bureau d’Oxfam-Québec alors qu’il a perdu sa maison. Il dort, comme des centaines de milliers de personnes, dehors, à côté des ruines de sa demeure. Philippe qui n’a pas d’eau, pas d’électricité, mais qui met toute son énergie à maintenir le cap et à faire en sorte que les choses avancent.
Merci pour tout et mille fois bravo.
Journée de deuil
Soumis par Justine Lesage le 13 février 2010 - 07:18.Aujourd’hui, 12 février est une journée de deuil. Les gens sont dignes, ils sont beaux, revêtent leurs plus beaux habits et se tiennent debout, ensemble, dans la tristesse immense d’une perte collective dont on ne mesure même pas encore l’ampleur.
Les chants résonnent de tous les côtés depuis 4h30 ce matin. J’ai le cœur qui saigne et qui accompagne Aurel, Maggie, Dodo et tous les autres, qui vivent cette journée comme une première étape. Il est temps de s’arrêter et de regarder. Regarder en arrière, se regarder les uns les autres et s’encourager à continuer.Je pense à Karine, à Claude, à Philippe, à tous ceux qui sont à nos côtés et qui ont traversé cette terrible épreuve. Nous pensons tous à Amédée et à Auguste qui sont morts lors du séisme et à ces centaines de milliers d’Amédée et d’Auguste qui sont partis avec eux.
Nos larmes sont pour vous et même si c’est bien peu, sachez tous que vous n’êtes pas seuls.Ce soir encore les chants et les prières couvrent le ciel de Port-au-Prince. Les voix apaisent les âmes et rendent hommages aux disparus. Les survivants sont là, bel et bien là.
Ce soir, je me tais et j’écoute. Ce soir, je me tais et je ne saurais de toute façon pas quoi dire.
Nous sommes là pour aider, nous pouvons être une épaule sur laquelle on peut s’appuyer, mais nous ne pouvons pas panser les plaies béantes. Nous pouvons distribuer des abris, de l’eau, construire des latrines, travailler avec nos partenaires Haïtiens, préparer les prochaines récoltes… mais il y a bien des blessures ici que seul le temps pourra guérir. Nous sommes bien impuissants face à la perte d’un enfant, d’une mère, d’unfrère, la perte du patrimoine, face à la destruction des rêves.Ce soir, vous pouvez me croire, je me sens bien petite face à une immense tristesse.
À un jet de pierre
Soumis par Justine Lesage le 11 février 2010 - 07:01.Le déménagement du bureau battait son plein ce matin, avec un effet direct sur le serveur internet qui était encore plus lent et moins fiable que d’habitude. Pas de doute, il faut bouger.
Paul, super-héros des abris, est mon sauveur du jour. Il passe sa tête dans le cadre de porte : « We are going to distribute shelters in 30 minutes. Are you in ? » Yes !
Premier arrêt, l’orphelinat de Carrefour où les jeunes préparent les bâches qui serviront d’abris pour des familles. Douze personnes forment l’équipe. Ils ont entre 16 et 21 ans. Une rotation est faite pour employer le plus de jeunes possibles. Ils sont très volontaires et motivés, c’est leur façon à eux d’aider un peu. Pourtant, pour la plupart, couper les bâches et les cordes, c’est loin d’utiliser leurs compétences. Père Gilles, qui les supervise, m’explique que l’orphelinat leur offre des formations : plombier, électricien, travail de bureau, même des options artistiques. Il veut que ses jeunes soient équipés en sortant de l’orphelinat.
Nous chargeons les bâches dans le camion : 68 pour autant de familles, 410 personnes qui ont été identifiées.
Deuxième arrêt : Lamantin 52.
La distribution se fait dans la cour d’une femme du quartier, médecin, qui s’investit corps et âme auprès de ses voisins. Elle a ouvert son jardin pour en accueillir quelques uns et leur a donné accès à sa salle de bain et aux toilettes. Elle donne des soins et travaille avec le comité de quartiers pour organiser l’aide. Ce sont les comités qui identifient les besoins prioritaires. Ils nous ont dressé la liste des 68 familles qui recevront aujourd’hui abri et kit d’hygiène (une bassine, un seau, du savon, des serviettes hygiéniques). Ils leur ont donné des coupons. Les gens qui se présentent aujourd’hui sont prioritaires (bébés et jeunes enfants, personnes âgées, femmes enceintes, handicapés).
Alors que la file se forme à l’extérieur, Berline, qui travaille en promotion de la santé, prend quelques minutes pour les sensibiliser à l’hygiène et à la prévention des maladies, en créole, bien entendu. Les personnes qui attendent, des femmes pour la plupart, sont très attentives et participent à la présentation. Ce n’est pas toujours le cas, avoue Paul. Souvent, ils n’écoutent pas vraiment et continue de bavarder.
Ensuite, Berline et moi recevons ces personnes et nous assurons qu’ils soient bien sur la liste, ils la signent et reçoivent leur chargement encombrant.
L’ambiance de la distribution était très détendue. Un des membres du comité de quartier voulait aider une femme qui se débattait avec son chargement, et s’est vu recevoir à coup de couvercle de seau. Elle pensait qu’il voulait se saisir de ses affaires. Le quiproquo s’est dissipé immédiatement et l’éclat de rire a été général.
Nous avons ensuite du accélérer la distribution car des jets de pierre sont venus des toits voisins. Nous n’avons jamais vu d’où ça provenait exactement, mais nous nous sommes dépêchés pour ne pas mettre en danger les gens qui attendaient encore.Troisième arrêt, un campement qui a été identifié. Le comité nous a fait parvenir une demande d’aide pour 300 familles. Il faut vérifier la taille réelle du camp avant de mettre en branle la distribution, l’eau et l’assainissement. Paul monte sur le mur qui entoure l’endroit et à première vue, évalue à 200. Nous faisons ensuite le tour à pied pour avoir une meilleure vue. Les espaces sont minuscules et les gens ont définitivement d’énormes besoins. L’estimation de 300 n’était pas exagérée. La machine peut se mettre en route.
Quatrième arrêt, Don Bosco. Berline doit y rencontrer un membre de notre équipe. Nous fournissons déjà l’eau, les latrines, les douches et les kits d’hygiènes.
En attendant Berline, nous rencontrons des représentants d’un comité citoyen d’un quartier voisin. Ils sont très organisés, ont dressés un plan de la zone, identifiés les familles, fait la liste des besoins. Nous prenons les renseignements et enverrons ça à nos équipes d’évaluations. Nous pouvons le faire, ils sont dans notre zone d’intervention. Nous distribuons aussi l’adresse du bureau, ils sont nombreux à vouloir envoyer leur CV, et nous embauchons.À part ça, pas de tâches précises pour Paul et moi, nous en profitons pour jouer avec les enfants qui nous entourent. Séances de photos, bataille de pouces (ils ne la connaissaient pas, celle-là), et on fait l’avion. Fiora a trois ans et un sourire éclatant. Elle a adopté les bras de Paul.
À un jet de pierre
UnpublishedSoumis par Justine Lesage le 11 février 2010 - 07:01.Le déménagement du bureau battait son plein ce matin, avec un effet direct sur le serveur internet qui était encore plus lent et moins fiable que d’habitude. Pas de doute, il faut bouger.
Paul, super-héros des abris, est mon sauveur du jour. Il passe sa tête dans le cadre de porte : « We are going to distribute shelters in 30 minutes. Are you in ? » Yes !
Premier arrêt, l’orphelinat de Carrefour où les jeunes préparent les bâches qui serviront d’abris pour des familles. Douze personnes forment l’équipe. Ils ont entre 16 et 21 ans. Une rotation est faite pour employer le plus de jeunes possibles. Ils sont très volontaires et motivés, c’est leur façon à eux d’aider un peu. Pourtant, pour la plupart, couper les bâches et les cordes, c’est loin d’utiliser leurs compétences. Père Gilles, qui les supervise, m’explique que l’orphelinat leur offre des formations : plombier, électricien, travail de bureau, même des options artistiques. Il veut que ses jeunes soient équipés en sortant de l’orphelinat.
Nous chargeons les bâches dans le camion : 68 pour autant de familles, 410 personnes qui ont été identifiées.
Deuxième arrêt : Lamantin 52.
La distribution se fait dans la cour d’une femme du quartier, médecin, qui s’investit corps et âme auprès de ses voisins. Elle a ouvert son jardin pour en accueillir quelques uns et leur a donné accès à sa salle de bain et aux toilettes. Elle donne des soins et travaille avec le comité de quartiers pour organiser l’aide. Ce sont les comités qui identifient les besoins prioritaires. Ils nous ont dressé la liste des 68 familles qui recevront aujourd’hui abri et kit d’hygiène (une bassine, un seau, du savon, des serviettes hygiéniques). Ils leur ont donné des coupons. Les gens qui se présentent aujourd’hui sont prioritaires (bébés et jeunes enfants, personnes âgées, femmes enceintes, handicapés).
Alors que la file se forme à l’extérieur, Berline, qui travaille en promotion de la santé, prend quelques minutes pour les sensibiliser à l’hygiène et à la prévention des maladies, en créole, bien entendu. Les personnes qui attendent, des femmes pour la plupart, sont très attentives et participent à la présentation. Ce n’est pas toujours le cas, avoue Paul. Souvent, ils n’écoutent pas vraiment et continue de bavarder.
Ensuite, Berline et moi recevons ces personnes et nous assurons qu’ils soient bien sur la liste, ils la signent et reçoivent leur chargement encombrant.
L’ambiance de la distribution était très détendue. Un des membres du comité de quartier voulait aider une femme qui se débattait avec son chargement, et s’est vu recevoir à coup de couvercle de seau. Elle pensait qu’il voulait se saisir de ses affaires. Le quiproquo s’est dissipé immédiatement et l’éclat de rire a été général.
Nous avons ensuite du accélérer la distribution car des jets de pierre sont venus des toits voisins. Nous n’avons jamais vu d’où ça provenait exactement, mais nous nous sommes dépêchés pour ne pas mettre en danger les gens qui attendaient encore.Troisième arrêt, un campement qui a été identifié. Le comité nous a fait parvenir une demande d’aide pour 300 familles. Il faut vérifier la taille réelle du camp avant de mettre en branle la distribution, l’eau et l’assainissement. Paul monte sur le mur qui entoure l’endroit et à première vue, évalue à 200. Nous faisons ensuite le tour à pied pour avoir une meilleure vue. Les espaces sont minuscules et les gens ont définitivement d’énormes besoins. L’estimation de 300 n’était pas exagérée. La machine peut se mettre en route.
Quatrième arrêt, Don Bosco. Berline doit y rencontrer un membre de notre équipe. Nous fournissons déjà l’eau, les latrines, les douches et les kits d’hygiènes.
En attendant Berline, nous rencontrons des représentants d’un comité citoyen d’un quartier voisin. Ils sont très organisés, ont dressés un plan de la zone, identifiés les familles, fait la liste des besoins. Nous prenons les renseignements et enverrons ça à nos équipes d’évaluations. Nous pouvons le faire, ils sont dans notre zone d’intervention. Nous distribuons aussi l’adresse du bureau, ils sont nombreux à vouloir envoyer leur CV, et nous embauchons.À part ça, pas de tâches précises pour Paul et moi, nous en profitons pour jouer avec les enfants qui nous entourent. Séances de photos, bataille de pouces (ils ne la connaissaient pas, celle-là), et on fait l’avion. Fiora a trois ans et un sourire éclatant. Elle a adopté les bras de Paul.
Préparer la relève
Soumis par Justine Lesage le 10 février 2010 - 07:00.Aujourd’hui, journée bureau, comme la plupart d’entre vous. À la différence que le notre risque de se faire écraser par celui d’à côté qui menace de s’écrouler à n’importe quel moment. Journée à faire des boites : nous déménageons jeudi.
J’ai profité de l’accès à un téléphone fiable pour faire cette fameuse entrevue ratée avec Radio France Internationale. J’ai aussi épluché des C.V.
Oxfam Grande-Bretagne ouvre un poste d’un an d’agent aux médias. Nous cherchons un ou une Haïtienne, qui poursuivra le travail auprès des radios, des télévisions et des journaux locaux.Journée de logistique. Journée aussi à lutter contre internet pour tenter de mettre des photos à disposition. C’est long !
Dans le fond, journée plus calme qui clôt ma première semaine de tourbillon.
Pour fêter cette première semaine qui achève, je m’offre le plaisir de clore ici et d’ouvrir mon livre pour la première fois. Chut !Un toast à mes collègues
Soumis par Lynn Dolen le 10 février 2010 - 19:39.J'ai envie de prendre ce moment pour souligner le travail immense que mes collègues oxfamiens accomplissent en Haïti et au Québec.
En Haïti :
Les activités se poursuivent quotidiennement. Depuis son arrivée, ma collègue, Justine Lesage, a rédigé des billets tantôt touchants, tantôt troublants, mais toujours imprégnés de vérité. Je vous invite à la lire en cliquant sur ce lien : blogue de Justine en Haïti.De nouveaux sites d'action ont été mis sur pied par Oxfam. Les services de première ligne : eau, abris, nourriture, assainissement et premiers soins y sont offerts.
Une partie de l'équipe de la première heure a été remplacée par de nouvelles personnes : logisticiens, travailleuses sociales, etc., sont sur place pour faire le maximum avec les ressources disponibles.
Demain après-midi je rencontrerai mon collègue François revenu depuis peu afin de recueillir son témoignage. Je vous partagerai le tout. Lorsque je l'ai croisé lundi, il était heureux d'avoir pu se retrouver là-bas et d'avoir fait sa part.
Malgré des conditions inimaginables, j'ai immédiatement vu dans son regard à quel point cette expérience l'avait ramené à la raison d'être d'Oxfam-Québec : soutenir les populations démunis. Chapeau à lui et aux autres ! Sincèrement, vous avez toute mon admiration...
Au Québec :
La planification des projets de reconstruction avance et l'équipe outre-mer travaille avec acharnement à la mise en place des projets qui auront un impact à long terme sur ce pays. Il y a tellement à faire - on le répète souvent - mais côtoyer des personnes qui préfèrent se concentrer sur les possibles au lieu de voir les freins, c'est euphorisant. Chapeau à eux aussi.Que dire des groupes universitaires, collégiales et des écoles secondaires qui s'affairent à sensibiliser la population et à organiser de nouvelles collectes de fonds pour assurer un soutien constant à la population haïtienne ? Idem pour les comités régionaux.
Il faut de tout pour faire un monde dit-on... Mon directeur général, Pierre Véronneau a déjà ajouté : il faut nous tous pour le changer. Ouf, qu'il a raison...
Et heureusement, il n'est pas le seul à y croire. Merci !
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