avril 2010

  • Mieux vaut tard que jamais...

    Le 28 mars dernier, Jean-Pierre Chicoine qui est en Haïti à titre de coordonnateur, m'a fait parvenir un courriel relatant son quotidien et celui de ses collègues.

    Je trouve important de le partager avec vous car vous pouvez ainsi avoir une idée concrète de ce à quoi peut ressembler le quotidien de l'équipe d'Oxfam qui travaille en Haïti.

    Voici donc une partie de ses propos. Bonne lecture !

    Fin de ma deuxième semaine à PAP. La première a été consacrée à la remise-reprise des dossiers.

    J'ai pris le temps de rencontrer tout le personnel afin d'offrir un accueil adéquat. Avec l'urgence et, comme le mot le dit :urgence, nous n'avons pas toujours le temps et les ressources pour informer les membres de l'équipe de qui nous sommes, quels sont nos objectifs, nos valeurs, notre mission...  La pluie paralysant nos autres actions, nous avons pris une bonne heure pour rencontrer une soixantaine de personnes (locaux, expatriés, membres de la diasporas du Québec, etc.). Je prévoisC faire une autre rencontre prochainement pour présenter notre code de conduite et notre code d'éthique.

    Le recrutement se poursuit. Cinq nouvelles personnes issues du domaine de la santé font maintenant partie de notre équipe. Nous avons aussi tenu des entrevues pour un assistant comptable, un assistant administratif, un responsable des travaux à haute intensité de main d'oeuvre, pour la gestion des déchets solides et ménagers et pour une personne en sécurité alimentaire. Deux postes sont comblés soit l'assitant administratif et l'assistant comptable. On devra recommencer pour les autres. 

    À la date où je vous écris, nos actions couvrent entre 70 000 et 75 000 personnes ; chaque semaine nous devons nous assurer qu'il ya de l'eau dans les camps,qu'il n'y a pas d'épidémies, que les latrines installées sont fonctionnelles, opérationnelles et propres, que les familles ont bien des bâches pour se couvrir de la pluie, que les actions psycho-sociales se poursuivent auprès des personnes qui souffrent de traumatismes, que les familles qui se sont déplacées en campagne trouvent hébergement, nourriture et soin de santé...

    Nos préoccupations sont multiples, nos réactions doivent êtres rapides, nos achats conséquents, nos véhicules (12) toujours prêts, notre analyse de la sécurité à jour, nos ressources humaines encadrées et notre suivi financier impeccable. Pour y arriver, beaucoup reste à faire. Notre objectif : que l'ensemble travaille comme sur une seule chaîne et que chaque individu comprenne que son rôle, ses responsabilités et son imputabilité ne font qu'un.

    Il ne faut jamais oublier, que le soir du 12 janvier la majorité des membres de notre équipe ont été touchées directement par le séisme et que la majorité de ces personnes travaillent ensemble pour la première fois. Après 2 mois nous avons une équipe de 60 personnes. C'est tout un défi, mais nous y arrivons tranquillement.
     
    Pour la vie, ici bien sûr, nous avons un couvre-feu donc tout le monde doit être rentré à 20 h. Moi je vis à la maison de passage ; nous sommes 6 personnes à y habiter. Il faut trouver des façons d'arrêter de travailler car la maison de passage est aussi le bureau. 

    Nous nous alimentons très bien. Nous sommes aidés par madame Ronise qui nous prépare le souper chaque soir. Chaque semaine, un du groupe prend en charge le menu pour le soir et c'est Ronise qui s'occupe des achats. On se sépare la facture des achats à la fin de la semaine.

    Pour les sorties c'est surtout le dimanche, la messe pour certains, le resto pour d'autres, la mer pour plusieurs et les familles pour nos collègues de la diaspora. Malheureusement nous n'avons pas eu beaucoup de temps libre pour sortir de PAP. Il faut s'assurer de la sécurité des personnes car les risques d'enlèvements sont présents et il faut prendre des mesures pour ne jamais être seul, toujours les vitres des autos levées, les portes fermées à clé et bien sûr, éviter les quartiers chauds connus. Les chauffeurs doivent se reporter au demi-heure et nous indiquer où ils sont. 

    Il y a aussi la vie... Cette semaine Tom, qui travaille avec nous, a dû se rendre aux funérailles de son beau frère aux États-Unis; Kenny, notre ingénieur principal, est lui aussi parti en vitesse à cause de problèmes de santé dans sa famille.  De mon côté, mon beau-père est décédé jeudi matin à Bamako et les funérailles ont eu lieu samedi matin. Impossible de m'y rendre rapidement car j'avais  besoin d'un visa, puis faire le trajet sur Montréal, Paris et Bamako...... c'était impossible !

    J'ai réussi à parler 2-3 fois à la famille là bas...

    D'autres ici suivent par skype les progrès de leurs enfants qui vont à l'école à Montréal, la plupart continuent d'envoyer des courriels à leurs amis. Il faut continuer aussi de vivre.

    Merci Jean-Pierre de partager ainsi une partie de ton histoire. De mon côté, dès que je reçois d'autres nouvelles, je me ferai un plaisir de les partager avec vous.
     

  • Entre deux rayons

    Le long week-end se termine. Pour la plupart d'entre nous, la chaleur précoce aura été source de joie. Randonnées à bicyclette, virées en patin, bière sur une terrasse, chasse aux oeufs colorés... Moments de bonheur !

    J'ai quelques pensées pour mes collègues qui sont en Haïti. Je pense à eux souvent, mais il m'arrive aussi d'oublier que tout est encore à refaire là-bas et que ça prendra du temps. Pendant que je profite des rayons du soleil pour réfléchir aux fleurs que je planterai bientôt dans mon jardin, eux sont encore au début de la reconstruction...

    Cette semaine, nous avons eu l'immense bonheur de recevoir le chèque de Jacob suite à la vente des t-shirts : Reconstruisons Haïti. Plus de 100 000 $ ont été amassés. Cet argent permettra à différents projets de voir le jour. Merci à toutes les personnes qui ont pris le temps d'acheter un chandail et à toutes celles qui le portent fièrement.

    Être triste à la place des autres ne sert à rien. Nous ne pouvons prendre le poids du monde sur nos épaules. Toutefois, je pense qu'avant de soupirer devant le travail à accomplir pour aménager notre parterre et égayer notre maison, il faut avoir la générosité de songer à ceux qui n'ont pas cette chance.

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