Des travailleuses et travailleurs humanitaires témoignent en direct d’Haïti
Changer pour donner une chance à la vie et à la santé
Soumis par Justine Lesage le 16 décembre 2010 - 16:51.PAR DANIELLE DOMERSANT, COORDONATRICE DE SANTÉ PUBLIQUE, OXFAM.
La promotion de la santé et de l’hygiène représentent un défi, majeur en Haïti ; en plus des obstacles liés aux infrastructures telles les conditions sanitaires inadéquates et les limitations de l’accès à l’eau potable, les croyances populaires semblent l’une des barrières les plus difficiles à surmonter.
Des générations ont grandi en répétant des phrases telles : Mikwòb pa touye Ayisyen (Les microbes ne tuent pas les haïtiens). A force d’être des survivants, nous avions commencé à nous croire indestructibles, jusqu'à ce que survienne le choléra. L’incrédulité, la panique, la colère noient les messages d’information et les tentatives de sensibilisation. Les mauvaises habitudes ont la tête dure.
Les leçons d’hygiène sont loin d’être un concept nouveau ; en fait elles
font partie intégrante du curriculum des écoles et je me souviens
encore de ce livre bleu aux leçons interminables que je devais apprendre
« mot par mot » en classe primaire. De temps à autre des panneaux sur
l’importance de l’eau ou le lavage des mains sont affichés. Mais pas ou
peu de résultats. Pourquoi ? Probablement pour les mêmes raisons qui
font que, malgré les publicités sur les conséquences néfastes du tabac,
et l’avertissement clairement imprimé sur les paquets de cigarettes,
l’industrie de la cigarette reste tout aussi florissante. L’approche
média de masse est utile pour informer. Mais pour parvenir à changer les
habitudes, les sessions interactives personnalisées sont essentielles.Notre équipe santé, secondée par les membres de la communauté
(mobilisateurs, comité de camps, ..) est constamment sur le terrain et
utilise toutes les ressources possibles pour faire passer les messages
sur l’eau potable, l’hygiène personnelle, les maladies diarrhéiques et
leur prévention (porte-à-porte, discussion de groupes, projection de
films).Avec l’annonce du choléra, nous renforçons les sessions d’éducation : le
choléra, comment le prévenir, comment se protéger soi-même et sa
famille, quoi faire si malgré tout il nous atteint. Les mêmes messages
sont transmis aux enfants mais par des méthodes ludiques. Ces derniers
sont d’une telle réceptivité et sont les meilleurs ambassadeurs de la
promotion d’hygiène qu’il soit. Je me le répète encore en observant une
fillette assise sur les genoux de son père qui s’apprête à lui donner à
manger et lui dire en gazouillant gentiment, presque chantonnant « papi,
lave men avan manje, (Papi, il faut se laver les mains avant manger) ».Une lueur d’espoir dans ce tourbillon de chiffres que nous lancent les
autorités : 2 000, 5 000, jusqu'à près de 90 000 cas de choléra. Un
espoir on en a bien besoin/presqu’une victoire : le choléra a jusqu'à
présent généralement évité les camps d’hébergement où vivent encore
probablement près de 1,3 millions d’Haïtiennes et d’Haïtiens. Pourquoi ?
Justement parce que dans ces camps il y a eu des mesures d’hygiène qui
ont été appliquées en passant par la mise à disposition des populations
de l’eau chlorée à la sensibilisation et la promotion d’hygiène. Demain
on se replonge sur le terrain tant dans les sites que les quartiers, on
continue la lutte, commencée il y a près d’un an: changer l’approche
traditionnelle pour changer les mauvaises traditions ; changer
l’insalubrité pour changer le cours de cette épidémie.Enfin, changer pour donner une chance à la santé et à la vie.
Quand est-ce que les choses changeront pour Haïti?
Soumis par Justine Lesage le 23 novembre 2010 - 16:37.PAR PHILIPA YOUNG, COORDONATRICE SÉCURITÉ ALIMENTAIRE D'URGENCE ET MOYENS DE SUBSISTANCE, OXFAM
23 novembre 2010Ces dix derniers mois, en plus d’une extrême pauvreté, Haïti a dû faire face à un tremblement de terre, de fortes pluies et des tempêtes et maintenant une épidémie de choléra qui se propage rapidement. Alors que de l’extérieur, le rétablissement d’Haïti semble très lent, les organisations qui travaillent sur le terrain se demandent par où ils doivent commencer.
Port-au-Prince, une ville conçue pour 250 00 habitants, en abrite 3 millions. Beaucoup vivent dans des maisons de fortune ou des tentes perchées sur les flancs de montagnes verdoyantes, qui ne cessent d’envahir la ville. Cette situation est due au manque d’emplois dans les zones rurales. Un grand nombre de ces personnes ne possédaient pas de maisons ou terrains et se sont trouvées dans l’obligation de squatter illégalement la ville après le séisme. Où construire de nouveaux abris pour eux ? Il n’y a pas de terres disponibles.Il y avait déjà 80 % de personnes sans emplois avant le séisme et aujourd´hui une grande part des emplois rémunérés ont disparus à cause des infrastructures qui se sont effondrées. Le séisme a détruit beaucoup d’hôtels, d´écoles, et d´usines, laissant beaucoup de personnes sans emploi.
La plupart des gens ne peuvent pas obtenir de prêts auprès des banques et sont dépendants des usuriers qui demandent des taux d’intérêt exorbitants. Etant donné que 80 % des écoles sont privées et très chères, les enfants reçoivent une éducation irrégulière car les parents n’ont pas les moyens de payer leur scolarité et autres frais. Les services de santé sont également très coûteux. Les petites entreprises sont vulnérables à l’instabilité des marchés et des prix alimentaires ainsi qu’à l’instabilité politique et aux désastres naturels.
L’ouragan Tomas et le choléra ont frappé Haïti avec des conséquences dévastatrices. En plus des dégâts en termes d’infrastructure et de santé, ces désastres représentent également des enjeux majeurs qui doivent être pris en compte et qui sont liés au manque de nourriture et d’emplois. Les producteurs de riz ont suspendu la récolte de riz par peur que l’eau soit contaminée par le choléra. Les marchés des zones affectées par le choléra sont vides car les gens ont peur de manger des aliments qu’ils n’ont pas préparé eux même. Les gens craignent d’acheter du sel de mer et des sachets par peur qu´ils soient contaminés. Beaucoup de familles ont perdu leurs rentrées d´argent en raison de l’épidémie de choléra.
Pour la plupart des organisations humanitaires qui travaillent en Haïti, la question n’est pas comment répondre à un tremblement de terre ou une autre urgence mais comment gérer l’extrême pauvreté dans un pays qui ne peut même pas fournir des services de base a ceux qui ont été affectés par le désastre.
Bien que les choses puissent sembler lentes et limitées, des progrès se réalisent et les plans pour l’avenir sont en cours. Oxfam a aidé plus de 35 000 ménages (environ 175 000 personnes) en distribuant de la nourriture aux personnes qui en ont le plus besoin et en les aidant à retrouver un emploi. C´est ainsi que nous avons délivré des repas chauds pendant une période de deux mois aux familles les plus vulnérables ayant tout perdu pendant le séisme et donné 175 $ à chacune de ces familles pour leur permettre de redémarrer leur activité économique. Quatre vingt sept pour cent des familles ayant bénéficié de ces activités ont pu redémarrer leur entreprise avec succès. Les cuisiniers qui ont préparé ces repas ont eux aussi bénéficié du soutien d´Oxfam pour redémarrer leur entreprise et reçu des fours économiques réduisant de moitié leur consommation de charbon. Des milliers de familles pauvres ont eu l’opportunité de redémarrer leur entreprise grâce aux dons de l’ONG. De plus, nous avons formé plus de 1 000 personnes ayant des compétences professionnelles dans l’industrie de la reconstruction. Tous ces gens ont perdu leurs outils lors du séisme et ont reçu du matériel pour être en mesure de répondre à la forte demande en compétences d’une ville qui doit être reconstruite.
Bien qu´ici la situation soit très complexe et qu´Haïti doive constamment faire face à des désastres, nous avons, en tant qu’organisation humanitaire, la grande capacité d´apporter des changements positifs, désespérément nécessaires. Beaucoup de ces changements sont déjà en cours.
Les prochains mois, qui seront marqués par les résultats des élections, seront cruciaux pour notre planification, riche en propositions de financement pour les travaux de développement à long terme, à Haïti. Une grande majorité des programmes pour aider les gens à se relever commenceront à prendre forme.
Une prière pour que le soleil revienne
Soumis par Justine Lesage le 22 novembre 2010 - 18:44.PAR SORAYA VERJEE, COORDONATRICE DU FINANCEMENT DE PROGRAMME, OXFAM
22 novembre 2010
La tempête Tomas était en route. Les journaux télévisés montraient les ravages qu´elle était entrain de provoquer sur les îles des Caraïbes. La tempête, implacable et sans pitié, s´avançait vers Haïti ; un pays qui venait à peine de se remettre du tremblement de terre du 12 janvier et qui devait faire face à une épidémie de choléra. Ce que tout le monde pensait être une situation déjà terrible pouvait alors empirer si la tempête Tomas frappait aussi fort que prévu. Plus la tempête gagnait en intensité dans les Caraïbes, plus l´ambiance devenait pesante au bureau. La tension était palpable malgré l´effort des gens pour faire des blagues et calmer les nerfs. Après avoir vécu dans des pays comme le Tchad où nous avions l´habitude de prier, en période de sécheresse pour que la pluie vienne, cette fois-ci nous avons prié pour que le soleil revienne.
La journée avant que la tempête Tomas arrive est passé très vite. On a autorisé le personnel à rentrer plus tôt chez soit afin de se préparer. J’avais réservé un vol pour le même week-end où la tempête Tomas devait arriver. Je me suis précipitée au guichet de la compagnie aérienne pour le changer, mais le bureau était débordé car beaucoup de gens faisaient la même chose.
Des mesures de sécurité ont été mises en place, les réfrigérateurs ont été remplis et des seaux remplis en cas de panne d´électricité. Les organisations étaient occupées à préparer les personnes déplacées qui vivaient dans les tentes et à les conduire vers un terrain plus élevé, hors des inondations. Les stocks ont été positionnés afin d’assurer une réponse rapide après le passage de la tempête Tomas.
La nuit a été marquée par un peu de pluie, mais rien d’anormal, et le vent n´a pas soufflé fort dans la ville. Nous nous sommes réveillés en pensant que le pire était encore à venir et qu´il fallait rester à l’intérieur. Pendant que je prenais mon petit déjeuner, un oeil sur mon pain grillé et l’autre sur la fenêtre, le sud d'Haïti était en train d’être sévèrement touché. En regardant la bruine et le ciel gris autour de nous, nous nous demandions si c’était le calme avant la tempête comme tout le monde disait. Quand la pluie s´est intensifiée, nos battements de cœur se sont accélérés faisant de même ! Puis, la tempête s’est arrêtée. Est-ce que les prières ont marché ? Est-ce que la tempête Tomas a changé d’avis ?
Finalement, Port-au-Prince n’a pas été autant touché que ce qui était prévu. Cependant, la pluie qui est tombée fût suffisante pour causer des dégâts et affecter les personnes qui vivaient dans des tentes, les coins escarpés de la ville et sur la côte. Ce qui serait peut être pire qu’un ouragan qui frappe une ville surpeuplée est la propagation du choléra frappant les endroits les plus pauvres de la ville. Et malheureusement quelques jours plus tard, nos craintes sont devenues réalité.
Un jour après, je quittais Haïti pour le Royaume-Uni et tout était comme d’habitude. Les femmes vendaient leurs oranges au bord de la route, à côté des femmes qui vendaient des tennis Reebok usagées, et les réminiscences des années 80.
Pour les prochaines semaines je serai hors du pays et deviendrai une simple observatrice de ce qu´il se passe à Haïti : le choléra, les élections imminentes, et de temps en temps je verrai des photos, dans les journaux, de ce beau pays.
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