Journée de deuil

Aujourd’hui, 12 février est une journée de deuil. Les gens sont dignes, ils sont beaux, revêtent leurs plus beaux habits et se tiennent debout, ensemble, dans la tristesse immense d’une perte collective dont on ne mesure même pas encore l’ampleur.
Les chants résonnent de tous les côtés depuis 4h30 ce matin. J’ai le cœur qui saigne et qui accompagne Aurel, Maggie, Dodo et tous les autres, qui vivent cette journée comme une première étape. Il est temps de s’arrêter et de regarder. Regarder en arrière, se regarder les uns les autres et s’encourager à continuer.

Je pense à Karine, à Claude, à Philippe, à tous ceux qui sont à nos côtés et qui ont traversé cette terrible épreuve. Nous pensons tous à Amédée et à Auguste qui sont morts lors du séisme et à ces centaines de milliers d’Amédée et d’Auguste qui sont partis avec eux.
Nos larmes sont pour vous et même si c’est bien peu, sachez tous que vous n’êtes pas seuls.

Ce soir encore les chants et les prières couvrent le ciel de Port-au-Prince. Les voix apaisent les âmes et rendent hommages aux disparus. Les survivants sont là, bel et bien là.
Ce soir, je me tais et j’écoute. Ce soir, je me tais et je ne saurais de toute façon pas quoi dire.
Nous sommes là pour aider, nous pouvons être une épaule sur laquelle on peut s’appuyer, mais nous ne pouvons pas panser les plaies béantes. Nous pouvons distribuer des abris, de l’eau, construire des latrines, travailler avec nos partenaires Haïtiens, préparer les prochaines récoltes… mais il y a bien des blessures ici que seul le temps pourra guérir. Nous sommes bien impuissants face à la perte d’un enfant, d’une mère, d’unfrère, la perte du patrimoine, face à la destruction des rêves.

Ce soir, vous pouvez me croire, je me sens bien petite face à une immense tristesse.

Commentaires

Je lis régulièrement les publications des membres d'Oxfam qui sont à Haïti et vivent le quotidien de ce peuple meurtri, et chaque fois, ces lectures animent en moi la flamme d'un grand désir d'aider et de travailler dans ce pays. Apporter réconfort, écoute, ressentir leur peine dans le plus grand respect, mettre à profit toutes mes forces et mon expérience pour ce peuple qui vit dans la crainte et la douleur, serait pour moi un grand honneur. Lorsque nous travaillons avec des humains vivants des drames aussi intenses, nous réalisons à quel point la vie ne tiend qu'à un fil, nous partageons le travail, mettons ensemble la main à la pâte et c'est ce travail de groupe, d'équipe, tous au même niveau qui fait des merveilles, qui permet de reconStruire une ville, un pays et de redonner l'espoir d'une vie qui a le droit de continuer, à ces gens, nos semblables.

"La plus grande réconpense de nos efforts n'est pas ce qu'ils nous rapportent mais ce qu'ils nous permettent de devenir."

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