La ruche
Oxfam Grande-Bretagne a déjà engagé 55 nouveaux employés haïtiens dans le cadre de la gestion de l’urgence. Des chauffeurs, des ingénieurs, des promoteurs de santé et j’en passe. Et le recrutement n’est pas terminé. Tout ce beau monde travaille les différentes zones de Port-au-Prince que nous couvrons : Delmas, Carrefour, Carrefour-Feuille.
La ruche s’est bien organisée et chacun remplit un rôle bien précis.
Quel changement depuis 2 semaines ! Chacun des programmes (eau et assainissement, distribution d’abris et de kits, cash-for-work) repose sur des équipes solides et il est plus facile ainsi d’élargir notre champ d’action.
Pour Oxfam-Québec, les actions ciblent Delmas, Croix Desprez, Jacmel et Léogane.
Et un grand volet à l’extérieur de la zone de la capitale, dans le cadre de la sécurité alimentaire.
Oxfam-Québec travaillait déjà sur cette problématique bien avant le séisme, mais comme pour l’ensemble de sa programmation, il a fallu revoir les priorités. Ce qui était déjà en cours et prévu, c’est le soutien aux agriculteurs de 6 départements, à travers un réseau d’organisations locales partenaires. Nous leur fournissons des semences, des outils et des fertilisants pour préparer les prochaines récoltes. Il y avait déjà des commandes de passées pour près de 60 tonnes de semences de maïs, de sorgho, de haricots, de patates douces e de manioc. Mais suite au séisme, les besoins en nourriture sont grandissants et il a fallu réajuster le tir. Les agriculteurs partenaires ont la capacité d’augmenter leur production. C’est pourquoi nous avons déjà commandé 40 tonnes de semences supplémentaires et nous essayons d’augmenter encore. Si nous pouvons prévoir des prochaines récoltes abondantes, il y aura moins de besoins d’importer certains aliments de base. Croisons les doigts pour que la saison des pluies soit satisfaisante à ce niveau là et que tout se passe bien.
Mais à court terme, nos partenaires sont confrontés à un autre problème. Ils tentent de vendre leur production précédente avec beaucoup de difficulté. La plupart des gens dans la zone de Port-au-Prince ont tout perdu. Maison, travail, entreprise… nombreux sont ceux qui dépendent des distributions alimentaires. D’autres ont encore la possibilité d’acheter des aliments, mais on retrouve sur le marché beaucoup de produit importé, vendu à très bas prix qui concurrence déloyalement la production locale. On retrouve ici très concrètement les vieux démons combattus depuis des années par Oxfam : le dumping de produits subventionnés par les pays étrangers qui ravagent l’économie des producteurs Haïtiens. Quand vous devez repartir à zéro, rebâtir votre demeure, votre vie, il est naturel de chercher les occasions qui vous permettront de moins dépenser. Résultat, les petits fermiers y perdent aussi leur moyen de subsistance.
Oxfam-Québec a donc mis en place un mécanisme d’achat de ces produits, qui seront distribués dans nos zones d’interventions à Port-au-Prince. Il faut favoriser l’utilisation des produits locaux dans la distribution alimentaire pour les sinistrés, si nous voulons renforcer l’économie chancelante du pays.
Aujourd’hui même, un camion rempli de riz est en route de l’Artibonite jusqu’à Port-au-Prince pour y être distribué.
Et tout ça m’a été raconté avec passion par un homme étonnant : Antoine Ladouceur, agronome principal de ce projet. Antoine, que la vie a menée de Port-au-Prince au Japon, dont la famille… mais chut ! Je garde ça pour un témoignage plus complet. Pour ceux qui ne le reçoivent pas encore, écrivez-nous pour recevoir le Monde d’Oxfam-Québec, que nous publions deux fois par année.
Et je ne finirais pas sans vous dire quelques mots sur Wilner. Wilner est un de nos chauffeurs. Ah, si vous saviez à quel point le chauffeur jour un rôle central dans toute cette histoire…
Wilner à qui j’essayais de poser des questions, Wilner qui répond du bout des lèvres. Wilner qui n’est pas un grand parleur. Wilner dont la fille, qu’il n’a pas vue depuis trois ans, vit au Québec. Wilner silencieux hier, mais que quelque chose travaillait visiblement.
Il s’est soudain retourné vers moi et m’a dit : «Tu sais, je n’arrête pas d’y penser depuis qu’on s’en est parlé. Maintenant je sais ce que je veux faire. Cette année, j’irais à Montréal voir Katiana. »
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Commentaires
35 ans pour faire agadir port au prince, faut le faire.
bon boulot, fier de toi, continue
daniel
MERCI JUSTINE BEAU TRAVAILLE