Un samedi soir à Port-au-prince
Julie, qui s’occupe des communications interne, a organisé un cours de danse 101 sur la terrasse. Un ordinateur crache de la salsa et les bras, les jambes et les cœurs se délient. Pendant une heure, casser la routine et le quotidien. Marquer le coup, on est samedi soir.
Dehors, c’est calme. Hier aussi, pour un vendredi soir, les rues étaient silencieuses. Karine, la « latrine lady » de Petionville Club, appelée aussi « Wash girl », m’expliquait qu’avant le séisme, ça grouillait d’activités dans toutes les rues de la ville, les soirs de fin de semaine. Même après, au début. Là, le contrecoup est arrivé. Les voix se sont tuent, les gens n’ont plus le cœur à la fête.
Plus tôt dans la journée, j’ai accompagné Patrick et Step dans deux campements.
Dans le premier, à Ti-Savane, le Bladder (citerne en caoutchouc) est déjà installé au sol, et le système de robinet est là, en contrebas. Nous avons apporté les tuyaux qui relient maintenant les deux, et il ne reste plus qu’au camion d’eau de venir le remplir régulièrement. Le campement est assez petit, mais densément peuplé.
Pour le deuxième, c’est un nouveau site d’intervention pour Oxfam. L’eau est déjà là, installée par la Croix-rouge haïtienne. Mais ils ne s’occupent pas d’assainissement. Nous rencontrons les comités qui représentent la population des camps. Merline nous accompagne. Elle habite dans l’immeuble voisin, un gros bloc construit pour le 200e anniversaire de l’indépendance, et qui a tenu le coup. Un énorme bâtiment au beau milieu des abris de fortune. Elle essaye d’aider, comme elle peut, en nous servant d’intermédiaire avec la communauté qu’elle connait bien. À notre arrivée, les hommes qui ont été engagés pour le Cash-for-work ont déjà creusé un espace qui servira bientôt pour les douches.
À côté, nous délimitons avec une extrême précision les espaces à creuser pour installer les latrines. Pour commencer, 10 pour les femmes, 5 pour les hommes, en laissant suffisamment d’espace entre les deux. D’ici trois à quatre jours, le tout sera opérationnel.
Nous parcourons ensuite le camp pour trouver les emplacements pour d’autres latrines. Vu le nombre de personne présentes, il en faudra encore trois fois plus. Mais il n’y a pas d’espaces vacants. Les comités devront donc décider, en consultation avec la population, des emplacements à libérer. Des gens devront déplacer leurs abris temporaires, mais c’est nécessaire. En l’absence de latrines, les besoins se font au hasard, un peu partout dans le camp et c’est un problème de santé public.
Patrick et Step tente aussi de faire comprendre les raisons des normes de sécurité. Les latrines devraient être entourées d’un espace vacant d’au moins 25 mètres. Quand on constate la densité et la rapidité avec laquelle de nouvelles personnes prennent possession du moindre espace, il y a fort à parier que cette norme ne sera peut-être pas respectée. Step nous fait part aussi d’une autre inquiétude. Les abris sont construits avec des bâtons, des toiles, des planches de bois… beaucoup de matières inflammables. Et ils sont collés les uns aux autres. En cas d’incendies, les risques de propagation sont énormes.
Et je ne finirais pas de vous raconter ma première expérience dans les camps sans tomber dans le cliché : en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, nous sommes entourés d’enfants. Ils rient et prennent la pose à la vue de nos appareils photo et oui, ils sont beaux !
Stanley et Madeline sont les plus présents dans ma fenêtre de prise de vue, ainsi qu’une autre petite fille dont je ne saurais jamais le nom. À chaque fois que je m’adresse à elle, elle explose de rire comme si je venais de dire une énormité. Merci, « petit éclat de rire », d’avoir ajouté une bande sonore bien agréable à cette journée.
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Commentaires
thank you
Très belles photos des enfants. Troublante description du quotidien.Bon courage à tous!
Merci Justine.