Blogue de Justine Lesage en Haïti

  • Les visages de la reconstruction

    Haïti, je me souviens...

    Il y deux ans aujourd'hui, la terre tremblait en Haïti. Ce jour là, j'étais dans le train, sur le chemin du retour vers la maison. Des messages confus sur Twitter, une rumeur. Rapidement, au travers de la confusion, une chose était claire: il se passait quelque chose de vraiment important et grave. Les jours qui ont suivi ont été remplis d'émotions fortes et de travail acharné dans un tourbillon médiatique.

    J'ai mis les pieds en Haïti pour la première fois 3 semaines après le séisme. Surprise par la destruction, malgré tout ce que j'avais pu voir à travers l'écran de la télévision.

    J'y suis retournée en décembre dernier et j'ai vu du changement, la vie reprend son cours, lentement mais sûrement. J'ai rencontré beaucoup de gens qui m'ont parlé d'espoir et de rêves, j'ai vu un peuple en mouvement. Il est faux de dire que rien à changé. Beaucoup reste à faire, mais la moitié des 10 millions de mètres cubes de débris ont été ramassés, les enfants sont à l'école, les camps se vident peu à peu même si il reste encore 520 000 personnes sous les tentes. Ce n'est pas le moment de lâcher, les Haïtiennes et Haïtiens ont commencé à rebâtir leurs vies.

    Je partage avec vous quelques photos qui illustrent les histoires des personnes rencontrées et l'avancement des projets de reconstruction. Pour celles et ceux qui ont envie de creuser davantage le sujet, je vous invite à consulter le plus récent rapport d'Oxfam «Haïti : une reconstruction au ralenti».

    À Gressier, nous construisons des abris permanents.
    À Gressier, nous construisons des abris permanents.
    500 jeunes ont reçu des poules pour démarrer un petit élevage
    500 jeunes ont reçu des poules pour démarrer un petit élevage
    Andréciane Dorce, 60 ans. « J'ai récupéré des matériaux de mon ancienne maison. Avec des amis, on a tout emporté sur place, tout trainé dans la montagne, sauf le ciment ! »
    Andréciane Dorce, 60 ans. « J'ai récupéré des matériaux de mon ancienne maison. Avec des amis, on a tout emporté sur place, tout trainé dans la montagne, sauf le ciment ! »
    À Léogâne, nous consultons les communautés qui ont reçu des services d'eau et d'assainissement afin de recueillir leurs commentaires et suggestions.
    À Léogâne, nous consultons les communautés qui ont reçu des services d'eau et d'assainissement afin de recueillir leurs commentaires et suggestions.
    Des moustiquaires traités ont été distribués dans toute la localité de Léogâne afin de prévenir les maladies véhiculées par les moustiques (malaria, filariose, etc.)
    Des moustiquaires traités ont été distribués dans toute la localité de Léogâne afin de prévenir les maladies véhiculées par les moustiques (malaria, filariose, etc.)
    Des latrines familiales ont été installées par Oxfam-Québec. Elles sont ensuite entretenues par les communautés elles-mêmes.
    Des latrines familiales ont été installées par Oxfam-Québec. Elles sont ensuite entretenues par les communautés elles-mêmes.
    Les matériaux pour construire les latrines sont entreposés près de notre bureau de Léogâne.
    Les matériaux pour construire les latrines sont entreposés près de notre bureau de Léogâne.
    Dans la région de Léogâne, nous avons reconstruit 161 puits.
    Dans la région de Léogâne, nous avons reconstruit 161 puits.
    Nous travaillons auprès des agriculteurs de la région de Léogâne. Ici, nous distribuons des semences pour la récolte d'hiver.
    Nous travaillons auprès des agriculteurs de la région de Léogâne. Ici, nous distribuons des semences pour la récolte d'hiver.
    Nous avons reconstruit 1 500 mètres de canaux d'irrigation desservant des agriculteurs.
    Nous avons reconstruit 1 500 mètres de canaux d'irrigation desservant des agriculteurs.
    Josaphat Vilna est un ingénieur agronome. Il est conseiller en agriculture et en environnement auprès de nos organisations partenaires.
    Josaphat Vilna est un ingénieur agronome. Il est conseiller en agriculture et en environnement auprès de nos organisations partenaires.
    Ingrid Henrys, coopérante, travaille au renforcement des capacités de nos partenaires dans la région des Palmes.
    Ingrid Henrys, coopérante, travaille au renforcement des capacités de nos partenaires dans la région des Palmes.
    À Port-au-Prince, des panneaux indiquant les noms de rue ont commencé à apparaître.
    À Port-au-Prince, des panneaux indiquant les noms de rue ont commencé à apparaître.
    Depuis un mois, des lampadaires alimentés par panneaux solaires éclairent les rues de Port-au-Prince.
    Depuis un mois, des lampadaires alimentés par panneaux solaires éclairent les rues de Port-au-Prince.
    Josèphe Rosena, 42 ans, vend des produits alimentaires au marché.
    Josèphe Rosena, 42 ans, vend des produits alimentaires au marché.
    Précieuse Roger, 55 ans,  vend des sous-vêtements et des sandales dans la rue près de chez elle. « Beaucoup d'entre nous ne savaient pas lire ou écrire. Avec la formation que j'ai reçue, maintenant, je sais. » - Précieuse Roger
    Précieuse Roger, 55 ans, vend des sous-vêtements et des sandales dans la rue près de chez elle. « Beaucoup d'entre nous ne savaient pas lire ou écrire. Avec la formation que j'ai reçue, maintenant, je sais. » - Précieuse Roger
    Bénicia Cili, 54 ans, vend du charbon qu'elle achète à l'extérieur de Port-au-Prince.   « Ma maison a été abîmée mais pas complètement détruite. Pour l'instant, avec l'argent que je gagne, je paye l'école pour mon petit-fils. »
    Bénicia Cili, 54 ans, vend du charbon qu'elle achète à l'extérieur de Port-au-Prince. « Ma maison a été abîmée mais pas complètement détruite. Pour l'instant, avec l'argent que je gagne, je paye l'école pour mon petit-fils. »
    Masilia Joseph vend des sous-vêtements et des souliers. «Depuis que j'ai recommencé à travailler, je peux aider mon fils. Ma maison a été abîmée par le séisme, mais j'ai commencé les réparations ! »
    Masilia Joseph vend des sous-vêtements et des souliers. «Depuis que j'ai recommencé à travailler, je peux aider mon fils. Ma maison a été abîmée par le séisme, mais j'ai commencé les réparations ! »
    Marie-Thérèse Espera, 52 ans, vend des souliers et de la "friture" dans la rue.  « La formation que j'ai reçue m'a beaucoup aidé à comprendre le commerce. »
    Marie-Thérèse Espera, 52 ans, vend des souliers et de la "friture" dans la rue. « La formation que j'ai reçue m'a beaucoup aidé à comprendre le commerce. »
    Anne-Gismène Laventure, 50 ans,vend des boissons gazeuses et de l'alcool dans la rue.   « Mon mari ne travaille pas. C'est mon commerce qui comble les besoins de la famille. Je paye pour l'école de mes petits-enfants. »
    Anne-Gismène Laventure, 50 ans,vend des boissons gazeuses et de l'alcool dans la rue. « Mon mari ne travaille pas. C'est mon commerce qui comble les besoins de la famille. Je paye pour l'école de mes petits-enfants. »
    Silmène St-Hilaire Elmidore, 45 ans, vend des produits alimentaires dans la rue. «J'ai trois petits-enfants et mes enfants n'ont pas de travail. Je veux leur acheter une voiture pour qu'il s'en serve comme activité économique. »
    Silmène St-Hilaire Elmidore, 45 ans, vend des produits alimentaires dans la rue. «J'ai trois petits-enfants et mes enfants n'ont pas de travail. Je veux leur acheter une voiture pour qu'il s'en serve comme activité économique. »
    Annacilia a relancer son commerce de vente et location de robes de mariées. Avec les profits de son travail, elle envoie déjà quatre de ses enfants à l’université.
    Annacilia a relancer son commerce de vente et location de robes de mariées. Avec les profits de son travail, elle envoie déjà quatre de ses enfants à l’université.
    Le local d'Annacilia tient dans une seule pièce ! Son local de quelques mètres carrés est utilisé à pleine capacité.
    Le local d'Annacilia tient dans une seule pièce ! Son local de quelques mètres carrés est utilisé à pleine capacité.
    Annacilia devant sa maison-commerce
    Annacilia devant sa maison-commerce
    Marc Dalene, coopérant, travaille à la mise en place d'outils pour évaluer l'impact réel des projets et la gestion des données.
    Marc Dalene, coopérant, travaille à la mise en place d'outils pour évaluer l'impact réel des projets et la gestion des données.
    • À Gressier, nous construisons des abris permanents.
      500 jeunes ont reçu des poules pour démarrer un petit élevage
    • Andréciane Dorce, 60 ans. « J'ai récupéré des matériaux de mon ancienne maison. Avec des amis, on a tout emporté sur place, tout trainé dans la montagne, sauf le ciment ! »
      À Léogâne, nous consultons les communautés qui ont reçu des services d'eau et d'assainissement afin de recueillir leurs commentaires et suggestions.
    • Des moustiquaires traités ont été distribués dans toute la localité de Léogâne afin de prévenir les maladies véhiculées par les moustiques (malaria, filariose, etc.)
      Des latrines familiales ont été installées par Oxfam-Québec. Elles sont ensuite entretenues par les communautés elles-mêmes.
    • Les matériaux pour construire les latrines sont entreposés près de notre bureau de Léogâne.
      Dans la région de Léogâne, nous avons reconstruit 161 puits.
    • Nous travaillons auprès des agriculteurs de la région de Léogâne. Ici, nous distribuons des semences pour la récolte d'hiver.
      Nous avons reconstruit 1 500 mètres de canaux d'irrigation desservant des agriculteurs.
    • Josaphat Vilna est un ingénieur agronome. Il est conseiller en agriculture et en environnement auprès de nos organisations partenaires.
      Ingrid Henrys, coopérante, travaille au renforcement des capacités de nos partenaires dans la région des Palmes.
    • À Port-au-Prince, des panneaux indiquant les noms de rue ont commencé à apparaître.
      Depuis un mois, des lampadaires alimentés par panneaux solaires éclairent les rues de Port-au-Prince.
    • Josèphe Rosena, 42 ans, vend des produits alimentaires au marché.
      Précieuse Roger, 55 ans,  vend des sous-vêtements et des sandales dans la rue près de chez elle. « Beaucoup d'entre nous ne savaient pas lire ou écrire. Avec la formation que j'ai reçue, maintenant, je sais. » - Précieuse Roger
    • Bénicia Cili, 54 ans, vend du charbon qu'elle achète à l'extérieur de Port-au-Prince.   « Ma maison a été abîmée mais pas complètement détruite. Pour l'instant, avec l'argent que je gagne, je paye l'école pour mon petit-fils. »
      Masilia Joseph vend des sous-vêtements et des souliers. «Depuis que j'ai recommencé à travailler, je peux aider mon fils. Ma maison a été abîmée par le séisme, mais j'ai commencé les réparations ! »
    • Marie-Thérèse Espera, 52 ans, vend des souliers et de la "friture" dans la rue.  « La formation que j'ai reçue m'a beaucoup aidé à comprendre le commerce. »
      Anne-Gismène Laventure, 50 ans,vend des boissons gazeuses et de l'alcool dans la rue.   « Mon mari ne travaille pas. C'est mon commerce qui comble les besoins de la famille. Je paye pour l'école de mes petits-enfants. »
    • Silmène St-Hilaire Elmidore, 45 ans, vend des produits alimentaires dans la rue. «J'ai trois petits-enfants et mes enfants n'ont pas de travail. Je veux leur acheter une voiture pour qu'il s'en serve comme activité économique. »
      Annacilia a relancer son commerce de vente et location de robes de mariées. Avec les profits de son travail, elle envoie déjà quatre de ses enfants à l’université.
    • Le local d'Annacilia tient dans une seule pièce ! Son local de quelques mètres carrés est utilisé à pleine capacité.
      Annacilia devant sa maison-commerce
    • Marc Dalene, coopérant, travaille à la mise en place d'outils pour évaluer l'impact réel des projets et la gestion des données.
  • Une robe, deux robes, trois robes de mariée !

    Le quartier de Morne Lazarre est un des plus détruits de la capitale.

    C’est là qu’opère OFAMOLA, notre partenaire. Organizasyon Fanm Mon Laza.

    Dans le petit local de l’association que j’ai visité, toutes les personnes impliquées dans le projet voulait me raconter le travail.

    Ce sont eux qui opèrent avec nous dans cette zone pour la gestion des déchets. Des équipes sont engagées pour balayer, nettoyer les rues et les ravines. D’autres font un gros travail de sensibilisation pour changer les comportements et expliquer les impacts de l’insalubrité sur la santé publique. Pendant ce temps, une autre brigade fait du porte-à-porte pour récolter des déchets. En tout, ce sont 50 personnes par mois qui travaillent au projet.

    Pour la récolte, ça fonctionne avec un système d’abonnement. Les gens payent de 100 à 750 gourdes (2,5 à 18 $), suivant la quantité de déchets produite. Les plus grosses quantités concernent surtout les commerçants. Et ça marche ! Allah Louis, la coordonnatrice du projet, me confirme qu’après l’étape de sensibilisation, les gens sont plutôt contents de pouvoir s’abonner et d’arrêter de devoir mettre le feu à leurs tas d’ordures.

    La dernière étape, après la collecte, c’est le compostage et le recyclage de certaines matières. Évidemment, tout ça se fait en collaboration avec le SMCRS (Service métropolitain de collecte des résidus solides), qui dispose ensuite des ordures dans des décharges.

    Petite anecdote : le local d’OFAMOLA sert aussi de lieu de rassemblement pour les jeunes du quartier et là, au deuxième étage, une de leurs activités préférée, c’est l’atelier de fabrication de jouets, à partir des matériaux récupérés ! Certaines des productions de cette année sont actuellement exposées au Biodôme de Montréal, dans le cadre du Concours Déchets d’œuvre !

    L’autre travail important d’OFAMOLA, c’est le soutien au redémarrage de petites entreprises pour les femmes du quartier. Une première phase du projet a soutenu 200 femmes. Les bénéficiaires du programme sont des personnes qui opéraient déjà avant le séisme mais qui ont tout perdu. Elle reçoivent une subvention de près de 27 500 gourdes (685 $) et de la formation. Souvent il s’agit d’alphabétisation en premier lieu, mais également de gestion et de comptabilité, ainsi que d’outils pour analyser mieux les besoins et le marché.

    La plupart de ces femmes tiennent des petits kiosques alimentaires et vendent soit au marché, soit dans la rue. D’autres vendent des sous-vêtements, des souliers, du charbon, des boissons gazeuses ou de l’alcool…

    Josèphe Rosena, 42 ans, qui vend des produits alimentaires au marché.

    J’ai rencontré neuf de ces femmes très fières de raconter leur expérience. Elles soulignaient toutes le fait qu’elles ne savaient pas lire ni écrire avant. Elles témoignaient toutes de bénéfices beaucoup plus importants avec leurs petits commerces. Certaines d’entre elles commencent à investir cet argent dans la reconstruction de leurs maisons détruites. Les autres, qui ont eu plus de chance lors du séisme, sont devenues des soutiens de famille, étant bien souvent les seules à travailler, et s’occupent d’abord et avant tout de l’éducation des enfants ou des petits enfants.

    Ma visite à Morne Lazarre s’est terminée avec la rencontre d’Annacilia Jean-Pierre. Sa maison est abimée, mais pas détruite. Elle a donc pu relancer son commerce dans un petit local de sa demeure qui donne sur la rue. Avec la subvention et les formations, elle a rouvert sa boutique de vente et de location de robes de mariée. La demande était forte et rapidement, elle a dû engager trois personnes pour travailler avec elle. En fait, elle pourrait sans problème augmenter encore son chiffre d’affaire. Mais son local de quelques mètres carrés est utilisé à pleine capacité.

    Dans quelques années, elle rêve et se voit dans une nouvelle boutique, grande, lui permettant de mieux « ranger son fatras » ! En attendant, avec les bénéfices de son travail, elle envoie déjà quatre de ses enfants à l’université. Les trois suivants sont encore à l’école mais elle n’a aucun doute là-dessus, ils suivront les traces de leurs frères et sœurs !

    Annacilia fière de ses robes de mariée !
    Le local d'Annacilia tout entier représenté sur cette photo !
  • Où ça, un clown ?

    Je suis de retour à Port-au-Prince depuis hier.

    Journée plus tranquille et j’en ai profité pour me remplir les yeux et la tête : des lampadaires sont apparus dans les rues depuis un mois ou deux. Alimentés par panneaux solaires, ils éclairent de plus en plus de rues de Port-au-Prince. Ce n’est pas un déploiement général, mais ça change grandement le portrait nocturne et réduit, un peu, les risques d’accidents. C’est certain qu’au niveau de la sécurité sur la route, il y a encore du chemin à faire !

     

    Un lampadaire... ou plutot une ombre de lampadaire !
    Les fameux indicateurs de nom de rue

    Des panneaux indiquant les noms de rue sont aussi apparus. Initiative d’un des plus grands fournisseurs de téléphone cellulaire. Ce n’est pas encore partout, mais ça aide ! Pour aller chez Claude, arrivé dans tel quartier, tu suis des flèches bleues sur les murs, jusqu’au moment où les fils électriques pendent sur la route et qu’en face, il y a un arbre. Ensuite tu continues jusqu’à un portail vert… vous voyez le tableau.

    Un peu partout dans la ville, de grands espaces, des parcs, des terrains de foot, reprennent leur rôle. Plus de tentes, les camps sont démantelés progressivement. Ce n’est pas fini, il y en a encore, des camps, mais on voit vraiment un progrès. Pareil pour les débris des immeubles effondrés. Le travail à faire est encore énorme, mais le changement est stupéfiant. Des exemples d’immobilisme, il y en a encore tout plein, c’est sûr ! Au coin de la rue du bureau d’Oxfam-Québec, le bâtiment effondré n’a pas bougé d’un pouce. Le propriétaire du bâtiment est mort et personne ne revendique encore la propriété. Et comme il est de la responsabilité de chacun de dégager son terrain, rien ne bouge.

    On voit aussi une belle amélioration au niveau de la propreté. Des tas d’ordures qui encombrent les rues et les espaces vacants, il y en a. Moins. Un immense travail de sensibilisation aux questions d’hygiène et d’assainissement a été et continue à être fait. Des dépotoirs sauvages ont été démantelés, un certain ramassage a repris. Dans ma petite ville, au Québec, il y a chaque année un concours du plus beau jardin. Ici, le concours existe aussi : « Mon quartier est plus propre que le tien ». En rentrant dans Port-au-Prince hier, j’ai croisé beaucoup de groupe, balai en main, gants, sacs, en train de nettoyer, de ramasser et de remplir des camions d’ordures. Il existe aussi un système de loterie. Pour participer, vous recevez un billet pour chaque 300 sacs d’eau que vous rapportez à des points de collecte. L’eau ici est souvent vendue dans des petits sacs en plastique individuels qui doivent contenir plus ou moins 250 millilitres. Ça fait des milliers de petites tâches de plastique bleue qui jonchent les bords de rues.

    Je ne vous dresserais pas un portrait idyllique de la situation qui est loin de l’être. Mais à chaque personne à qui je pose la question, j’obtiens toujours la même réponse : on voit la lumière au bout du tunnel et un retour à la case départ. Maintenant, arrangeons nous pour dépasser ça et obtenir une véritable amélioration des conditions de vie dans ce pays qui en a bien besoin.

    Travaux d'aménagement de la Place St-Pierre avec deux grandes fontaines.
    La PLace St-Pierre n'est plus un camp ! Les structure de tentes en arrière vont abriter des commercants
    Et un Père Noël flou au détour d'une rue...
    Et un clown qui fait des ballons !
  • De l'eau, de l'eau et encore de l'eau

    Quand nous avons grimpé la petite côte pour aller voir où en sont les travaux de construction d'une grande citerne de récupération des eaux de pluies et de stockage, nous sommes très vite arrivés.

    Nous sommes sur la route de Jacmel et le responsable du comité de la communauté me fait un inventaire rapide. Là, ce sont les latrines construites par CARE. Là, les abris de la Croix-Rouge Suisse. Notre citerne est juste à côté. Le béton a fini de prendre, il ne reste que deux semaines de travaux pour faire la plomberie et placer les filtres pour rendre l’eau potable.

    La route n’est pas loin, la communauté n’est pas isolée.

    Mais sur la photo, ce que vous voyez, c’est l’illustration de la réponse du responsable à ma question : « Jusqu’à maintenant, l’eau, vous la prenez où ? »

    La réponse ? Entre Yves Gattereau, notre responsable du projet de reconstruction post-séisme, et l’arbre qui est à sa droite. Vous voyez les deux tâches blanches des roches ? C’est là. Au fond, tout au fond de la ravine. Et le tracé de la route ne passe pas par là. Pour les hommes et les femmes les plus en forme, c’est au minimum deux heures de marche.

     

    Le projet de reconstruction post-séisme, c’est beaucoup d’eau. Rien d’étonnant à apprendre que nous le menons en partenariat avec la Fondation ONE DROP.

    Des citernes, des constructions de canaux d’irrigation, l’amélioration des zones de captage, la protection des sources, la réhabilitation de puits. Mais c’est aussi un immense travail de renforcement des capacités de nos partenaires, principalement le Ministère de l’agriculture.

    Pourquoi ce Ministère ? Le travail avec les agriculteurs est le deuxième volet du projet : distribution de semences, d’outils, de fertilisants, formation pour démarrer des jardins potagers, agro-transformation… et bien plus encore !

    Et comme pour tous nos projets en partenariat avec ONE DROP, il y a un volet social. Une troupe de théâtre, TOTO B, qui fait de la sensibilisation des populations sur les questions d’eau et les enjeux de la reconstruction. Mais ça, c’est la partie entre les mains de ONE DROP, je n’ai pas rencontré les intervenants.

    Yves, notre chef de projet Canado-Haïtien est positif malgré l’immensité de la tâche : « Il y a tellement de choses à faire ! Les zones d’interventions sont immenses et les projets peuvent avoir l’air d’une goutte d’eau dans l’océan des besoins. Mais il ne faut pas oublier qu’avant le séisme, c’était déjà catastrophique. Pourtant, au niveau des interventions en eau, des pas de géants ont été franchis. Et il faut poursuivre… d’autant plus qu’Oxfam-Québec est une des rares ONG à soutenir l’agriculture.

  • Des maisons et des poules !

    Difficile de croire que j’ai atterri il y a à peine 24 heures !
    Après une récupération de bagage plutôt épique, j’ai mis le cap directement sur le bureau de l’humanitaire d’Oxfam-Québec. Un tour rapidement avant de repartir avec Isabelle Fortin, coordonnatrice du programme humanitaire, vers la maison de Claude St-Pierre, le directeur d’Oxfam-Québec, qui est malade malade mais fera le tour des dossiers avec nous jusqu’à 19h.

    La soirée sera paisible…

    Ce matin, premier départ hors de la capitale. En février 2010, quand j’étais en Haïti, je n’ai jamais quitté Port-au-Prince. Nous nous rendons donc  à Gressier, dans la région des Palmes.
    Le partenariat que nous y menons avec ITECA (Institut de technologie et d’animation) touche l’hygiène, l’assainissement et la recapitalisation économique des jeunes.
    ITECA a misé directement sur la reconstruction d’abris permanents. Les familles qui ont accepté de se joindre au programme ont choisi de ne pas recevoir d’abris temporaires (tentes ou bois) pour bénéficier de ces petites maisons permanentes. Des abris temporaires, ils se sont tous débrouillés pour s’en construire eux-mêmes en attendant.

    Modèle de maison

    Pour la construction des maisons, le système ressemble un peu à ce qu’on connait chez nous avec Habitat pour l’humanité. Les cent premières familles bénéficiaires ont toutes travaillées à la construction des maisons des autres. Chacun doit fournir du matériel (des pierres, apporter l’eau pour le ciment, construire des blocs de ciments quand les pierres sont manquantes…). Le matériel est transporté par les familles sur les lieux des futures habitations, souvent en montagne et difficilement accessibles. Les cent nouveaux propriétaires prendront possession de leur demeure le 10 janvier prochain.

    Il en coûte de 4 000 à 5 000 dollars par unité pour les abris semi-permanents. Ces vraies maisons coûtent chacune 11 000 dollars.

    Oxfam-Québec s’occupe ensuite d’équiper ces communautés en eau, latrines et gestion des déchets. Nos équipes font des travaux d’extension du système d’adduction d’eau pour avoir de l’eau courante.

    L’autre aspect du travail en partenariat avec ITECA est l’appui aux activités économiques des jeunes. Cinq cent d’entre eux ont déjà reçu des poules pour démarrer un petit élevage. Ils en avaient 16 chacun au départ mais ont tous déjà doublé leur capacité d’élevage. Bien entendu, ces jeunes reçoivent également une formation technique et en gestion. Et comme les poules sont issues de races améliorées, elles sont très en demande et leurs œufs se vendent plus chers sur les marchés.

    En après-midi, nous nous sommes déplacés vers Léogane, où nous menons un projet d’eau et assainissement en partenariat avec ONE DROP. Nos équipes construisent ici aussi des latrines, des douches et des stations de lavage de main pour les familles, mais un grand travail de sensibilisation aux pratiques d’hygiène y est mené avec des troupes de théâtre locales dans les six communes de travail. L’éducation à l’hygiène est vraiment très efficace avec ces moyens. On rejoint des groupes de 250 à 300 personnes d’un coup et de façon très ludique.

    Oxfam-Québec a aussi un partenariat avec une radio et nous avons une émission d’1 heure 30 hebdomadaire avec une ligne ouverte pour interagir avec le public, et des jeux de questions-réponses.

    Cette après-midi, j’ai pu assister à un des focus groupe organisé auprès des communautés pour entendre leurs préoccupations, leurs doléances… et ce que j’ai entendu est très encourageant. On y entend satisfaction et remerciement, même si il y a encore du travail à faire.

    « Même avant le séisme, il y avait des points de défécation un peu partout. Des latrines, on en avait jamais eu avant ! Et avec plus de propreté, on voit l’effet sur les moustiques et il y a moins de malaria et de filariose. »

  • Retour en Haïti

    Je suis dans les préparatifs: demain, départ pour Port-au-Prince.

    Je n'y suis pas retournée depuis février 2010. Je suis fébrile et très impatiente de voir de mes propres yeux le travail accompli en deux ans. L'image, l'impression générale et le discours ambiant parle de peu de progrès, de sur-place... les témoignages que je reçois, moi, sont porteurs d'espoir et parlent de créations d'emploi, de sourires et de motivation.

    Hâte de revoir les gens, les rues... hâte de vous raconter et de vous transmettre les histoires, les témoignages, les anecdotes que je pourrais glâner.

    Mais là, il faut surtout que je pense à tout, ne rien oublier. Éfficacité ! 

  • Ce n’est qu’un au revoir

    J’ai parfois l’impression d’être arrivée hier et parfois il me semble être ici depuis une éternité.
    Je m’en vais déjà et il y a tant à faire dans ce pays, où Oxfam développe sa plus grande opération humanitaire depuis le tsunami.

    Je revois mon premier jour comme la boite d’un immense casse-tête qu’on ouvre et qu’on observe, ne sachant pas trop par où commencer. On trie les informations, les couleurs, les impressions et petit à petit, ça prend forme. Mais à côté de nous, une grande horloge fait résonner son tic tac et les aiguilles sont devenues folles.

    À mon arrivée en Haïti, j’étais surprise de voir de la destruction, oui, mais pas de l’ampleur qu’on nous avait livrée dans nos écrans cathodiques. La vie avait déjà repris, dans certains quartiers tout semble presque normal. Jusqu’à ce que j’arrive dans le bas de la ville. Le cœur, le centre économique, les commerces, le siège des institutions d’État…

    J’ai du mal à décrire, mes mains en tremble et j’ai les yeux pleins d’eau. Je ne pourrais pas être très claire sur l’effet que nous avons ressenti. Un silence lourd s’est installé dans la voiture. Nous avons roulé une bonne heure, louvoyant entre les fissures de la route et les débris. Le centre-ville de Port-au-Prince a l’air de sortir d’une guerre, de longues années de bombardements intenses.

    Ça a duré 50 secondes.


    Ensuite un ouragan d’un nouveau genre a tout emporté ici. L’urgence dans sa plus simple expression.
    Les équipes d’Oxfam se sont retroussé les manches et le travail a commencé. Il faut livrer la marchandise et être efficace, vite. Mais dans les premiers temps, il y a forcement de la frustration : on voudrait être plus organisés, plus efficaces…

    Mais c’est inévitable : il faut agir vite, ce qui demande beaucoup de bras, mais organiser tout ce monde et établir une structure prend du temps.

    Et il faut faire les choses du mieux qu’on peut. Doit-on juste distribuer de l’argent à tout le monde ? Doit-on prendre plus de temps, voir comment les gens vivent et faire des actions plus ciblées ? Doit-on travailler d’abord avec les plus vulnérables et les plus pauvres ou atteindre plus de monde plus vite en étant moins sélectifs ?

    Ce sont des questions qui doivent se poser pour être certains que l’argent que vous donnez à Oxfam soit dépensé d’une façon correcte, donné aux bonnes personnes et qu’il ai le plus grand impact possible en un temps le plus court possible.

    En deux semaines, j’ai vu nos activités lentement prendre forme. Et je dis lentement parce que nous sommes toujours impatients dans l’urgence. L’aide se rend, elle est de plus en plus efficace.

    Mais les questions demeureront toujours : peut-on en faire plus ? Est-ce que la situation va empirer avec la saison des pluies qui s’en vient ? Que nous réservent les mois qui viennent ?

    J’espère en tout cas que ce blog aura été utile, qu’il vous aura fait suivre le quotidien d’une équipe de travailleurs humanitaires. J’espère vous avoir dépeins un peu le travail des Haïtiennes et des Haïtiens qui s’évertuent à retrouver un quotidien un peu plus normal.

    C’est dur de ne pas tomber dans le cliché pour clore ce dernier billet de ma mission ici. Je suis transformée, choc, laisser une partie de soi et bla-bla-bla.
    Alors même si cela ne vous surprendra pas, je ne peux que finir en rendant un hommage immense à cette population incroyable, à son courage et à sa force de caractère.

    Merci Step Haiselden pour ces trois dernières photos.

  • La ruche

    Oxfam Grande-Bretagne a déjà engagé 55 nouveaux employés haïtiens dans le cadre de la gestion de l’urgence. Des chauffeurs, des ingénieurs, des promoteurs de santé et j’en passe. Et le recrutement n’est pas terminé. Tout ce beau monde travaille les différentes zones de Port-au-Prince que nous couvrons : Delmas, Carrefour, Carrefour-Feuille.
    La ruche s’est bien organisée et chacun remplit un rôle bien précis.
    Quel changement depuis 2 semaines ! Chacun des programmes (eau et assainissement, distribution d’abris et de kits, cash-for-work) repose sur des équipes solides et il est plus facile ainsi d’élargir notre champ d’action.

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    Pour Oxfam-Québec, les actions ciblent Delmas, Croix Desprez, Jacmel et Léogane.
    Et un grand volet à l’extérieur de la zone de la capitale, dans le cadre de la sécurité alimentaire.

    Oxfam-Québec travaillait déjà sur cette problématique bien avant le séisme, mais comme pour l’ensemble de sa programmation, il a fallu revoir les priorités. Ce qui était déjà en cours et prévu, c’est le soutien aux agriculteurs de 6 départements, à travers un réseau d’organisations locales partenaires. Nous leur fournissons des semences, des outils et des fertilisants pour préparer les prochaines récoltes. Il y avait déjà des commandes de passées pour près de 60 tonnes de semences de maïs, de sorgho, de haricots, de patates douces e de manioc. Mais suite au séisme, les besoins en nourriture sont grandissants et il a fallu réajuster le tir. Les agriculteurs partenaires ont la capacité d’augmenter leur production. C’est pourquoi nous avons déjà commandé 40 tonnes de semences supplémentaires et nous essayons d’augmenter encore. Si nous pouvons prévoir des prochaines récoltes abondantes, il y aura moins de besoins d’importer certains aliments de base. Croisons les doigts pour que la saison des pluies soit satisfaisante à ce niveau là et que tout se passe bien.

    Mais à court terme, nos partenaires sont confrontés à un autre problème. Ils tentent de vendre leur production précédente avec beaucoup de difficulté. La plupart des gens dans la zone de Port-au-Prince ont tout perdu. Maison, travail, entreprise… nombreux sont ceux qui dépendent des distributions alimentaires. D’autres ont encore la possibilité d’acheter des aliments, mais on retrouve sur le marché beaucoup de produit importé, vendu à très bas prix qui concurrence déloyalement la production locale. On retrouve ici très concrètement les vieux démons combattus depuis des années par Oxfam : le dumping de produits subventionnés par les pays étrangers qui ravagent l’économie des producteurs Haïtiens. Quand vous devez repartir à zéro, rebâtir votre demeure, votre vie, il est naturel de chercher les occasions qui vous permettront de moins dépenser. Résultat, les petits fermiers y perdent aussi leur moyen de subsistance.

    Oxfam-Québec a donc mis en place un mécanisme d’achat de ces produits, qui seront distribués dans nos zones d’interventions à Port-au-Prince. Il faut favoriser l’utilisation des produits locaux dans la distribution alimentaire pour les sinistrés, si nous voulons renforcer l’économie chancelante du pays.
    Aujourd’hui même, un camion rempli de riz est en route de l’Artibonite jusqu’à Port-au-Prince pour y être distribué.

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    Et tout ça m’a été raconté avec passion par un homme étonnant : Antoine Ladouceur, agronome principal de ce projet. Antoine, que la vie a menée de Port-au-Prince au Japon, dont la famille… mais chut ! Je garde ça pour un témoignage plus complet. Pour ceux qui ne le reçoivent pas encore, écrivez-nous pour recevoir le Monde d’Oxfam-Québec, que nous publions deux fois par année.

    Et je ne finirais pas sans vous dire quelques mots sur Wilner. Wilner est un de nos chauffeurs. Ah, si vous saviez à quel point le chauffeur jour un rôle central dans toute cette histoire…
    Wilner à qui j’essayais de poser des questions, Wilner qui répond du bout des lèvres. Wilner qui n’est pas un grand parleur. Wilner dont la fille, qu’il n’a pas vue depuis trois ans, vit au Québec. Wilner silencieux hier, mais que quelque chose travaillait visiblement.
    Il s’est soudain retourné vers moi et m’a dit : «Tu sais, je n’arrête pas d’y penser depuis qu’on s’en est parlé. Maintenant je sais ce que je veux faire. Cette année, j’irais à Montréal voir Katiana. »

  • Fascinant Philippe

    Aujourd’hui, j’ai accompagné Ray Offenheiser, président d’Oxfam America.
    Notre journée s’est terminée par une rencontre avec Philippe Mathieu, le représentant d’Oxfam-Québec en Haïti depuis trois ans, et le reste de l’équipe.

    Philippe présente la programmation d’Oxfam-Québec. C’est technique, intéressant… il fait le tour de nos différents projets, des actions d’urgence face au séisme. Il y a l’eau, l’assainissement, la distribution des kits d’hygiène et de cuisine. Il y a la promotion de l’hygiène, le cash-for-work… il y a le travail énorme dans les zones rurales avec le soutien aux agriculteurs pour la sécurité alimentaire. Il y a l’agroforesterie, le reboisement, l’aménagement des bassins versants, et bien plus encore. Et puis il se met à parler de ce qu’il y a en arrière de ça. De la philosophie qui guide Oxfam-Québec, de nos valeurs…

    Et on est tous pendu à ses lèvres. Philippe nous parle de réseaux, du travail importants avec les communautés, avec les organisations haïtiennes. Le fait de travailler depuis longtemps avec ces gens et d’avoir déjà des systèmes communautaires très implantés qui ont rendu faciles, rapides et efficaces les distributions qu’Oxfam-Québec fait. Il y a le soutien à tous nos partenaires qui est une importance fondamentales : des ONG et des associations locales avec lesquelles nous travaillons depuis des années et qui ont tout perdu.

    Il y a le souci de travailler dans l’urgence mais de lier chacune de nos actions à demain, de penser à l’impact que cela va avoir sur le futur. Et il y a la passion des gens. Le respect de ces milliers de personnes auprès desquelles nous travaillons.
    Philippe s’enflamme et plus personne ne l’arrête. Philippe parle avec passion de sa mission et de son pays. Nous sommes tous à l’écoute. Philippe nous éloigne des chiffres et des statistiques pour ancrer nos actions dans la vie.

    Philippe qui vient travailler tous les jours au bureau d’Oxfam-Québec alors qu’il a perdu sa maison. Il dort, comme des centaines de milliers de personnes, dehors, à côté des ruines de sa demeure. Philippe qui n’a pas d’eau, pas d’électricité, mais qui met toute son énergie à maintenir le cap et à faire en sorte que les choses avancent.

    Merci pour tout et mille fois bravo.

  • Journée de deuil

    Aujourd’hui, 12 février est une journée de deuil. Les gens sont dignes, ils sont beaux, revêtent leurs plus beaux habits et se tiennent debout, ensemble, dans la tristesse immense d’une perte collective dont on ne mesure même pas encore l’ampleur.
    Les chants résonnent de tous les côtés depuis 4h30 ce matin. J’ai le cœur qui saigne et qui accompagne Aurel, Maggie, Dodo et tous les autres, qui vivent cette journée comme une première étape. Il est temps de s’arrêter et de regarder. Regarder en arrière, se regarder les uns les autres et s’encourager à continuer.

    Je pense à Karine, à Claude, à Philippe, à tous ceux qui sont à nos côtés et qui ont traversé cette terrible épreuve. Nous pensons tous à Amédée et à Auguste qui sont morts lors du séisme et à ces centaines de milliers d’Amédée et d’Auguste qui sont partis avec eux.
    Nos larmes sont pour vous et même si c’est bien peu, sachez tous que vous n’êtes pas seuls.

    Ce soir encore les chants et les prières couvrent le ciel de Port-au-Prince. Les voix apaisent les âmes et rendent hommages aux disparus. Les survivants sont là, bel et bien là.
    Ce soir, je me tais et j’écoute. Ce soir, je me tais et je ne saurais de toute façon pas quoi dire.
    Nous sommes là pour aider, nous pouvons être une épaule sur laquelle on peut s’appuyer, mais nous ne pouvons pas panser les plaies béantes. Nous pouvons distribuer des abris, de l’eau, construire des latrines, travailler avec nos partenaires Haïtiens, préparer les prochaines récoltes… mais il y a bien des blessures ici que seul le temps pourra guérir. Nous sommes bien impuissants face à la perte d’un enfant, d’une mère, d’unfrère, la perte du patrimoine, face à la destruction des rêves.

    Ce soir, vous pouvez me croire, je me sens bien petite face à une immense tristesse.

  • À un jet de pierre

    Le déménagement du bureau battait son plein ce matin, avec un effet direct sur le serveur internet qui était encore plus lent et moins fiable que d’habitude. Pas de doute, il faut bouger.

    Paul, super-héros des abris, est mon sauveur du jour. Il passe sa tête dans le cadre de porte : « We are going to distribute shelters in 30 minutes. Are you in ? » Yes !

    Premier arrêt, l’orphelinat de Carrefour où les jeunes préparent les bâches qui serviront d’abris pour des familles. Douze personnes forment l’équipe. Ils ont entre 16 et 21 ans. Une rotation est faite pour employer le plus de jeunes possibles. Ils sont très volontaires et motivés, c’est leur façon à eux d’aider un peu. Pourtant, pour la plupart, couper les bâches et les cordes, c’est loin d’utiliser leurs compétences. Père Gilles, qui les supervise, m’explique que l’orphelinat leur offre des formations : plombier, électricien, travail de bureau, même des options artistiques. Il veut que ses jeunes soient équipés en sortant de l’orphelinat.
    Nous chargeons les bâches dans le camion : 68 pour autant de familles, 410 personnes qui ont été identifiées.

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    Deuxième arrêt : Lamantin 52.
    La distribution se fait dans la cour d’une femme du quartier, médecin, qui s’investit corps et âme auprès de ses voisins. Elle a ouvert son jardin pour en accueillir quelques uns et leur a donné accès à sa salle de bain et aux toilettes. Elle donne des soins et travaille avec le comité de quartiers pour organiser l’aide. Ce sont les comités qui identifient les besoins prioritaires. Ils nous ont dressé la liste des 68 familles qui recevront aujourd’hui abri et kit d’hygiène (une bassine, un seau, du savon, des serviettes hygiéniques). Ils leur ont donné des coupons. Les gens qui se présentent aujourd’hui sont prioritaires (bébés et jeunes enfants, personnes âgées, femmes enceintes, handicapés).
    Alors que la file se forme à l’extérieur, Berline, qui travaille en promotion de la santé, prend quelques minutes pour les sensibiliser à l’hygiène et à la prévention des maladies, en créole, bien entendu. Les personnes qui attendent, des femmes pour la plupart, sont très attentives et participent à la présentation. Ce n’est pas toujours le cas, avoue Paul. Souvent, ils n’écoutent pas vraiment et continue de bavarder.
    Ensuite, Berline et moi recevons ces personnes et nous assurons qu’ils soient bien sur la liste, ils la signent et reçoivent leur chargement encombrant. 
    L’ambiance de la distribution était très détendue. Un des membres du comité de quartier voulait aider une femme qui se débattait avec son chargement, et s’est vu recevoir à coup de couvercle de seau. Elle pensait qu’il voulait se saisir de ses affaires. Le quiproquo s’est dissipé immédiatement et l’éclat de rire a été général.
    Nous avons ensuite du accélérer la distribution car des jets de pierre sont venus des toits voisins. Nous n’avons jamais vu d’où ça provenait exactement, mais nous nous sommes dépêchés pour ne pas mettre en danger les gens qui attendaient encore.

    Troisième arrêt, un campement qui a été identifié. Le comité nous a fait parvenir une demande d’aide pour 300 familles. Il faut vérifier la taille réelle du camp avant de mettre en branle la distribution, l’eau et l’assainissement. Paul monte sur le mur qui entoure l’endroit et à première vue, évalue à 200. Nous faisons ensuite le tour à pied pour avoir une meilleure vue. Les espaces sont minuscules et les gens ont définitivement d’énormes besoins. L’estimation de 300 n’était pas exagérée. La machine peut se mettre en route.

    Quatrième arrêt, Don Bosco. Berline doit y rencontrer un membre de notre équipe. Nous fournissons déjà l’eau, les latrines, les douches et les kits d’hygiènes.
    En attendant Berline, nous rencontrons des représentants d’un comité citoyen d’un quartier voisin. Ils sont très organisés, ont dressés un plan de la zone, identifiés les familles, fait la liste des besoins. Nous prenons les renseignements et enverrons ça à nos équipes d’évaluations. Nous pouvons le faire, ils sont dans notre zone d’intervention. Nous distribuons aussi l’adresse du bureau, ils sont nombreux à vouloir envoyer leur CV, et nous embauchons.

    À part ça, pas de tâches précises pour Paul et moi, nous en profitons pour jouer avec les enfants qui nous entourent. Séances de photos, bataille de pouces (ils ne la connaissaient pas, celle-là), et on fait l’avion. Fiora a trois ans et un sourire éclatant. Elle a adopté les bras de Paul.  

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  • Préparer la relève

    Aujourd’hui, journée bureau, comme la plupart d’entre vous. À la différence que le notre risque de se faire écraser par celui d’à côté qui menace de s’écrouler à n’importe quel moment. Journée à faire des boites : nous déménageons jeudi.

    J’ai profité de l’accès à un téléphone fiable pour faire cette fameuse entrevue ratée avec Radio France Internationale. J’ai aussi épluché des C.V.
    Oxfam Grande-Bretagne ouvre un poste d’un an d’agent aux médias. Nous cherchons un ou une Haïtienne, qui poursuivra le travail auprès des radios, des télévisions et des journaux locaux.

    Journée de logistique. Journée aussi à lutter contre internet pour tenter de mettre des photos à disposition. C’est long !

    Dans le fond, journée plus calme qui clôt ma première semaine de tourbillon.
     
    Pour fêter cette première semaine qui achève, je m’offre le plaisir de clore ici et d’ouvrir mon livre pour la première fois. Chut !

  • Dans une autre vie

    Quand je pense à hier, ça me semble déjà si loin… même ce matin. Nos journées commencent à 6h30 au bureau, mais on se couche presque à l’heure des poules. À propos de poule, on s’habitue à tout, les coqs sont toujours aussi bruyant mais ne me réveillent plus.

    Ce matin, rendez-vous avec l’équipe de TVA à 9h dans les bureaux d’Oxfam-Québec. Problème de voiture, chauffeur, trafic… ils arrivent à 10h. On leur présente l’équipe, fait le tour, et c’est parti, direction Delmas 62. Population : plus de 470 familles.

    Un peu partout dans la ville, on voit des panneaux ou des banderoles avec des variations sur un seul thème : « SOS, we need help, aidez-nous ». Oxfam-Québec concentre ses actions de distribution, d’accès à l’eau et de construction de latrines sur ces camps improvisés, qui regroupent de plus petites communautés, sont dispersés, mais pour ces mêmes raisons, ne reçoivent que très peu d’aide.
    Ce que j’ai vu à Delmas 62 m’a totalement ravie. Les enfants étaient regroupés à l’entrée et une femme d’Aide à l’enfance leur organisait des activités. Des matelas étaient empilés et attendait que leurs nouveaux propriétaires en disposent. Des femmes commençaient à préparer les repas (Oxfam-Québec distribue des kits de cuisine comprenant des casseroles, ustensiles, etc). Les infirmières, dont Claudette, qui travaille pour Oxfam-Québec, donnaient des premiers soins dans l’espace de clinique aménagé. Les latrines étaient terminées et fonctionnelles, la citerne d’eau aussi et des hommes et des femmes se relayaient pour remplir leurs seaux. Le comité citoyen qui représente la population du camp est très jeune et très dynamique. Un des responsables avait presque fini ses études d’ingénieur… mais l’université n’existe plus. J’ai senti beaucoup de calme et de sérénité dans ce camp. De l’espoir, beaucoup, que les choses sont encore possible, sur ce terrain privé que le propriétaire a ouvert à la communauté.

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    Ensuite, nous partons vers l’aéroport, ou des personnes participant au programme de cash-for-work assemblent des kits d’hygiène et de cuisine (savon, serviettes, shampoing, serviettes hygiéniques, assiettes et j’en passe). Les couleurs sont éclatantes, les gens travaillent dans un climat de franche camaraderie règne. Félix et Yanni de TVA sont toujours avec nous, et retourne ensuite à leur hôtel, monter le reportage qui sera diffusé un peu plus tard.

    Entre temps, c’est Associated Press qui m’interviewe au sujet des camps de réfugiés et de nos recommandations et actions en prévision de la saison des pluies qui commence dans un mois.

    Le temps de rentrer au bureau, Radio France Internationale veut faire le point sur la situation, mais la connexion Skype est vraiment trop mauvaise, nous réessayerons demain. Ensuite, c’est ABC Télévision qui nous donne rendez-vous au golf Club à 15h. Nous sommes au rendez-vous, mais Marcel fera finalement l’entrevue à 16h45, l’équipe étant un petit peu en retard. Problèmes de voiture, chauffeur, trafic…
    Cette fois-ci, la sécurité du camp nous laisse entrer sans problème et nous pouvons faire le tour. J’ai enfin des photos à partager avec vous.
    Pendant l’entrevue, l’équipe d’ABC me tape dans le dos : « You guys are doing a real good job ». 

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    Aujourd’hui, seule dans la voiture avec Aurel, un de nos chauffeur, j’ai pu discuter un peu avec lui. Il a perdu sa maison, deux de ses cousines et sa sœur. Sa petite fille de 10 ans est soignée à l’hôpital militaire : elle a les jambes et les bras cassés. Je pense qu’une des tablettes de chocolat que j’ai apportée pour remonter le moral des troupes va prendre le chemin de l’hôpital militaire.

  • Petionville Club

    L’ancien terrain de golf sert de camp pour les réfugiés, je l’ai déjà mentionné. On parle de 45 000 personnes, mais il est difficile de faire un recensement exact. La sécurité de l’endroit, et donc son accès, est contrôlée par l’armée américaine. Ceci expliquant cela, c’est pourquoi je n’ai pu faire que quelques photos de la citerne que Step et Steeve ont terminé d’installer aujourd’hui.

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    Je suis très impressionnée : il s’agit des fameuses citernes d’Oxfam que je vois en photo depuis des années (Darfour, tsunami, Liban…). La citerne est installée à l’entrée du club et elle est branchée depuis aujourd’hui sur le système d’irrigation des greens. C’est un golf à 9 trous, il y a donc 9 points d’accès sur le terrain. Nous n’en alimenterons que 7, les 2 autres étant situés là où les américains sont installés et ils n’ont pas besoin de nous pour boire.
    A chacun des 7 points, il y a un système de 6 robinets, comme sur la photo de Ti-Savane dans mon billet d’hier.

    Oxfam apporte déjà l’eau dans ce camp, mais l’alimentation se fait par camion en passant par l’intérieur et la densité de population provoque parfois des accidents. Surtout que le trafic est impressionnant. Faite le calcul : 45 000 personnes, et en respectant les normes Sphère pour la gestion des camps, il faut garantir un minimum de 20 litres par jour et par personne. 900 000 litres d’eau. A partir de demain, les camions s’arrêteront en haut et il n’y aura plus de risque.

    Et pour les photos, je n’ai pas pu m’aventurer à l’intérieur avec ma caméra. Demain oui, mais pas ce soir. Ce soir, c’est le Super Bowl et on sent la fébrilité chez les soldats. Mais cela n’a peut-être rien à voir.

    Pour ma tranche de vie quotidienne : ce matin, rencontre de groupe avec les psychologues pour parler de gestion de stress et de choc post-traumatique.
    Le bureau était assez calme, la moitié de l’équipe prenait quelques heures de repos, et 6 personnes déménageaient. On commence à évacuer notre guest house fissurée de partout et on nous demande de n’être à l’intérieur que pour des courtes périodes de temps. Cela dit, la courte période de temps nous a permit d’attraper une belle tarentule dans la chambre de Julie, et d’en voir une autre dans la salle de bain. « Oui… il y en a plein ici ». Une chance qu’on les ai vues, à la lueur de la bougie. La génératrice a encore fait des siennes, et il n’y avait pas d’eau. Il fait 40 degrés en journée et on colle un peu. C’est bien, ça nous ramène à  ce pourquoi on est là, et surtout pour qui. N’empêche qu’à la lumière de mon laptop (ma lampe de poche a rendu l’âme), j’ai vérifié qu’il n’y avait pas une petite amie cachée dans mon sac de couchage. Cela dit, dehors, avec ma moustiquaire flottante, si miss tarentule vient me dire bonjour, il n’y aura pas grand-chose pour l’en empêcher.
     

  • Un samedi soir à Port-au-prince

    Julie, qui s’occupe des communications interne, a organisé un cours de danse 101 sur la terrasse. Un ordinateur crache de la salsa et les bras, les jambes et les cœurs se délient. Pendant une heure, casser la routine et le quotidien. Marquer le coup, on est samedi soir.

    Dehors, c’est calme. Hier aussi, pour un vendredi soir, les rues étaient silencieuses. Karine, la « latrine lady » de Petionville Club, appelée aussi « Wash girl », m’expliquait qu’avant le séisme, ça grouillait d’activités dans toutes les rues de la ville, les soirs de fin de semaine. Même après, au début. Là, le contrecoup est arrivé. Les voix se sont tuent, les gens n’ont plus le cœur à la fête.

    Plus tôt dans la journée, j’ai accompagné Patrick et Step dans deux campements.
    Dans le premier, à Ti-Savane, le Bladder (citerne en caoutchouc) est déjà installé au sol, et le système de robinet est là, en contrebas. Nous avons apporté les tuyaux qui relient maintenant les deux, et il ne reste plus qu’au camion d’eau de venir le remplir régulièrement. Le campement est assez petit, mais densément peuplé.

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    Pour le deuxième, c’est un nouveau site d’intervention pour Oxfam. L’eau est déjà là, installée par la Croix-rouge haïtienne. Mais ils ne s’occupent pas d’assainissement. Nous rencontrons les comités qui représentent la population des camps. Merline nous accompagne. Elle habite dans l’immeuble voisin, un gros bloc construit pour le 200e anniversaire de l’indépendance, et qui a tenu le coup. Un énorme bâtiment au beau milieu des abris de fortune. Elle essaye d’aider, comme elle peut, en nous servant d’intermédiaire avec la communauté qu’elle connait bien. À notre arrivée, les hommes qui ont été engagés pour le Cash-for-work ont déjà creusé un espace qui servira bientôt pour les douches.
    À côté, nous délimitons avec une extrême précision les espaces à creuser pour installer les latrines. Pour commencer, 10 pour les femmes, 5 pour les hommes, en laissant suffisamment d’espace entre les deux. D’ici trois à quatre jours, le tout sera opérationnel.

    Nous parcourons ensuite le camp pour trouver les emplacements pour d’autres latrines. Vu le nombre de personne présentes, il en faudra encore trois fois plus. Mais il n’y a pas d’espaces vacants. Les comités devront donc décider, en consultation avec la population, des emplacements à libérer. Des gens devront déplacer leurs abris temporaires, mais c’est nécessaire. En l’absence de latrines, les besoins se font au hasard, un peu partout dans le camp et c’est un problème de santé public.

    Patrick et Step tente aussi de faire comprendre les raisons des normes de sécurité. Les latrines devraient être entourées d’un espace vacant d’au moins 25 mètres. Quand on constate la densité et la rapidité avec laquelle de nouvelles personnes prennent possession du moindre espace, il y a fort à parier que cette norme ne sera peut-être pas respectée. Step nous fait part aussi d’une autre inquiétude. Les abris sont construits avec des bâtons, des toiles, des planches de bois… beaucoup de matières inflammables. Et ils sont collés les uns aux autres. En cas d’incendies, les risques de propagation sont énormes.

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    Et je ne finirais pas de vous raconter ma première expérience dans les camps sans tomber dans le cliché : en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, nous sommes entourés d’enfants. Ils rient et prennent la pose à la vue de nos appareils photo et oui, ils sont beaux !
    Stanley et Madeline sont les plus présents dans ma fenêtre de prise de vue, ainsi qu’une autre petite fille dont je ne saurais jamais le nom. À chaque fois que je m’adresse à elle, elle explose de rire comme si je venais de dire une énormité. Merci, « petit éclat de rire », d’avoir ajouté une bande sonore bien agréable à cette journée.

  • Gestion des risques

    Hier soir, nous avons eu droit à une visite dans le « Guest house » où nous cohabitons tous.
    L’ingénieur spécialiste en sécurité des bâtiments inspecte nos lieux de travail et de résidence pour savoir si nous pouvons continuer à y rester. Il attribue des codes de couleurs. Rouge, c’est l’évacuation immédiate. Jaune, on peut encore utiliser, mais à court terme. Et vert, on a un ok. Il nous prévient tout de suite qu’aucun des bâtiments construits à Port-au-Prince ne respecte les normes antisismiques. L’attribution du code vert en tient compte.

    Le bureau d’Oxfam Grande-Bretagne a été touché. Les bureaux étaient dans 2 bâtiments voisins et un des 2 a été détruit, causant un mort. La vision de ce voisinage nous rappelle tous les jours ce qui s’est passé. Et c’est un code rouge, qui menace de s’écrouler. L’autre bureau est encore debout, mais bien trop petit pour les besoins actuels. Nous devrions déménager la semaine prochaine, si tout va bien.

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    La maison dans laquelle nous logeons est un code jaune, à cause de l’escalier extérieur qui relie les deux étages et à cause d’un côté de la maison qui est plus à risque. Certains ont surmonté leur peur et dorment de nouveau à l’intérieur, mais la plupart des gens sont dehors, dont je fais partie. J’avoue que pour ma part, je n’ai pas eu à me poser la question, j’ai pris le seul matelas disponible qui restait. Dehors, il faut calculer la distance idéale en cas d’écroulement de la maison, ou de façon plus probable, du muret qui entoure le jardin.

    Avec ce survol et la formation que nous avons reçu un arrivant sur quoi faire et ne pas faire en cas de secousse… nous avons tous un peu d’incertitude dans les yeux. Mais le travail continu, l’inquiétude n’a pas la place pour s’installer bien longtemps. Mais ma petite crainte personnelle, moi qui n’étais pas là le 12 janvier, me donne une meilleure idée de l’état d’esprit dans lequel se trouvent la plupart des gens ici.

    Les contrôles de sécurité se font aussi avec les maisons des employés d’Oxfam. Le service devrait s’étendre aussi, dans la mesure du possible, à des bénéficiaires de nos programmes.

    En passant, parlant d’état d’esprit, je vous invite à lire l’article d’Ariane Lacoursière, qui a rencontré hier Marjorie Clermont Mathieu, psychologue qui travaille avec les équipes d’Oxfam-Québec.

  • On est dans la m**** !

    Il y a des centaines d’ONG étrangères enregistrées en Haïti, bon nombre d’entre elles n’ayant jamais travaillé ici avant le séisme. De ce nombre, moins de 5 d’entre elles s’occupent d’assainissement. Et Oxfam est reconnu pour son expertise dans ce domaine.

    Les besoins sont immenses et ne font que grandir, par définition.

    Je vous parlais hier des 200 mètres cubes de déchets à évacuer à Pétionville Club. Ça a commencé, mais ce n’est pas fini. Et c’est une course contre la montre : les camions ne peuvent entrer dans le camp pour cette tâche qu’entre 6h et 9h du matin, et entre 15h et 17h l’après-midi. En dehors de ces heures, la foule est trop dense et les risques d’accident sont trop grands. Les américains qui gèrent la sécurité du camp nous ont donc restreints les heures d’accès.

    Et la situation de ce camp se retrouve partout ailleurs. Les latrines quand il y en a, sinon les coins toilettes débordent littéralement de quantités phénoménales d’excréments. Il faut les enlever, et on y travaille.

    Pour les autres déchets, j’ai discuté hier avec Pierre, qui met en place l’après évacuation. Quand les déchets sont sortis des camps, on fait quoi. Il est en train d’organiser le tri, pour pouvoir composter ce qui peut l’être, et pour disposer du reste. Des nouveaux travailleurs et travailleuses seront engagés pour ces tâches, dans le cadre du programme « cash for work » (travail contre argent).

  • Dans le bain

    Grosse journée, que je résumerais parce que ce n’est pas fini. Il est 19h et la réunion de l’équipe Watsan (Water and sanitation) va commencer. Suivie à 20h d’une autre réunion de toutes les équipes. Je suis assise à côté du groupe, c’est ma source d’information. Le matin, nous sommes tous en route entre 6h30 et 7h, et après, c’est une course contre la montre et j’ai du mal à les arrêter.

    La réunion fait le bilan de la journée et prépare la suivante.

    Je fais une pause et j’écoute…

    Les distributions se poursuivent et se développent. Demain, 210 abris seront distribués à des familles, ce qui vise près de 1000 personnes.
    Des nouveaux sites ont été identifiés et le travail pourra commencer dès demain aujourd’hui, en creusant des latrines et en instaurant de nouvelles distributions d’eau. Les autres programmes roulent.

    J’entends parler les membres de l’équipes qui déroulent leurs journées : supervision des distributions, repérages de nouveaux sites, préparation des distributions suivantes, logistique, et à travers tout ça, ils rencontrent les candidats qui se présentent pour agrandir les équipes, et pour le programme de « Cash for work ». Je les écoute et mes mains applaudissent en silence. Et malgré la fatigue et les conditions, ils s’enflamment en racontant leur quotidien, leurs défis… Karine essaie de trouver une solution à son casse-tête de la journée : il va falloir évacuer demain 200 mètres cube de déchets de camps du golf. Mais à voir sa détermination, pas de doute, elle va vite trouver une solution.

    La réunion est suspendue quelques minutes alors qu’une nouvelle secousse fait bouger notre terrasse du deuxième étage. Les consignes de sécurité sont claires : ne pas bouger, rester proches des murs de soutien. Des inspections ont été faites et normalement, notre bâtiment est sécuritaire, malgré les fissures apparentes.

    On passe ensuite au bilan des réunions de coordination. Ce n’est pas négligeable. Ça prend du temps et les équipes en ont déjà plus qu’assez, mais c’est indispensable pour une efficacité maximum. Il y a 900 ONG étrangères enregistrées en Haïti et la plupart n’avait jamais travaillé ici. C’est là que je mesure l’importance d’être ancré ici depuis plus de 30 ans. Oxfam a fait ses preuves et les communautés avec lesquelles on travaillent nous connaissent, pour la plupart.

    Il n’est même pas encore 21h quand tout ça est fini, mais je file me coucher.

  • Arrivée

    L’arrivée par avion sur Port-au-Prince vous plonge sans tarder au cœur de l’action : les navires militaires sont dans la baie, le navire-hôpital clairement identifié avec des hélicoptères qui s’y relayent sans cesse, les autres hélicoptères qui sillonnent la région. Au sol, la première chose qui me saute aux yeux sont les campements. En vue aérienne, on distingue bien ceux qui sont organisés, et d’autres plus petits, moins structurés. On voit aussi beaucoup de tentes individuelles, dans les cours des maisons. 

    Les maisons elle-même ne révèlent rien sur le coup, mais plus notre avion descend, plus la mise au point se fait et progressivement, on découvre la destruction. Des murs encore debout, mais les toits sont écroulés. En passant dans la rue, un premier regard est souvent trompeur, c’est derrière la façade que tout s’est écroulé. Des amoncellements de gravats, des blocs de béton pêle-mêle… 

    En attendant nos bagages sur le tarmac de l’aéroport, nous avons pu voir les 20 orphelins qui repartaient avec l’avion. Je n’entrerais pas dans les détails, mais il n’y a pas à dire, ça remue le petit cœur d’une maman ! 

    Ensuite, on plonge. L’équipe nous attend, on traverse la ville. Les yeux sont partout, et on a pas le temps de tout voir. Mais les gens sont là, dans la rue. Les échoppes, les petits marchés, les vendeurs de tableaux. La meilleure boulangerie, selon Philippe, a ré-ouvert. La minoterie qui l’approvisionne est intacte. La vie reprend son cours, mais la toile de fond est effroyable. Les gens ne veulent pas dormir dans les maisons, même quand elles sont encore debout. La nuit, il ne faut pas emprunter les rues secondaires. Les gens tendent des toiles et s’installent pour la nuit. 

    Arrivée dans notre propre campement, c’est le tourbillon. Mark Fried que je remplace, me résume les activités, le fonctionnement, la logistique, me présente à des dizaines de visages et autant de noms, me dresse la liste de ce que j’aurais à faire… mais mes yeux se ferment. Mon corps rend les armes.   

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