Le silence est d'or

Je suis de retour depuis lundi. En pleine forme aussi. Mon silence est lié aux priorités qui se chevauchent, aux dossiers qui doivent avancer et à la vie qui continue. Ici comme en Haïti.

Depuis la semaine dernière, Oxfam offre aux Haïtiennes et aux Haïtiens un programme de travail rémunéré pour leur permettre de voir un peu de lumière dans toutes cette aberration. Ils peuvent ainsi travailler au nettoyage de leur ville. Certains ont commencé à préparer des kits familiaux avec l'équipe d'Oxfam-Québec.

Dans les deux cas, ils reçoivent un paiement en échange de leurs temps. Cette façon de faire est valorisante et permet à la population de commencer à consommer les produits qui sont de nouveaux disponibles dans les marchés. Si vous ne l'avez pas déjà visionné, je vous invite à regarder cette vidéo qui recueille le témoignage d'un des participants.

Vous savez, je vous écris tout ça car je vis au rythme des actions d'Oxfam en Haïti et que quotidiennement, je lis les rapports qui me sont envoyés du terrain, j'écoute les informations télévisées, je feuillette les journaux aussi... Et pourtant, il m'arrive d'avoir l'impression de ne rien comprendre du tout.

Humblement, lorsque j'essaie d'imaginer les émotions et les bouleversements autant physiques qu'émotifs qui sont maintenant le lot quotidien de mes collègues sur le terrain et de la population de Port-au-Prince et des autres villes touchées, je suis certaine que je frôle à peine la réalité.

Il y a trois semaines, une population entière a perdu ses repères. C'est impossible qu'elle se remette sur pied aussi vite ! Quand j'écris ça, je n'essaie pas de minimiser le fait que l'aide d'urgence est lente à s'étendre afin de combler les besoins de chacun. À cet effet, moi et tous mes collègues aimerions que les choses aillent plus vite ! Non, je parle plutôt de la déchirure humaine.

Ta terre chérie, celle que tu prends pour acquis, s'est ouverte pour dévorer une partie de ta vie, des gens que tu aimais, des souvenirs que tu chérissais... Tu n'as presque pas le temps de pleurer sur les décombres car il faut survivre et rebâtir. Ouf, pensez-y, quelle souffrance !

Ce matin, ma collègue et amie, Justine s'est envolée vers Haïti. À l'heure où je rédige tout ça, elle est là-bas. Je pense à elle très fort. Je sais qu'avec sa voix douce et son regard décidé, elle appaisera les gens qui la côtoieront. J'espère qu'elle réussira aussi à ne pas trop avoir mal à toutes ces choses qu'elle ne peut changer avec un sourire... C'est ça aussi la difficulté dans le travail humanitaire, devoir accepter de ne pas pouvoir tout faire tout de suite.

Deux coopérantes volontaires, Rose-Laure et Anne-Laure, sont parties avec elle. Ensemble, elles prendront la relève d'une partie de notre équipe et offriront leur expertise pour continuer le travail amorcé depuis les heures qui ont suivi la catastrophe.

La route est encore cahoteuse, mais chaque pas est indispensable et mérite d'être posé sur cette terre qui a besoin de nous tous pour cicatriser. 

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