Justine Lesage en direct du G8

- Soumis le 16 février 2010 à 17h50 - 4 commentaire(s)
J’ai parfois l’impression d’être arrivée hier et parfois il me semble être ici depuis une éternité.
Je m’en vais déjà et il y a tant à faire dans ce pays, où Oxfam développe sa plus grande opération humanitaire depuis le tsunami.Je revois mon premier jour comme la boite d’un immense casse-tête qu’on ouvre et qu’on observe, ne sachant pas trop par où commencer. On trie les informations, les couleurs, les impressions et petit à petit, ça prend forme. Mais à côté de nous, une grande horloge fait résonner son tic tac et les aiguilles sont devenues folles.
À mon arrivée en Haïti, j’étais surprise de voir de la destruction, oui, mais pas de l’ampleur qu’on nous avait livrée dans nos écrans cathodiques. La vie avait déjà repris, dans certains quartiers tout semble presque normal. Jusqu’à ce que j’arrive dans le bas de la ville. Le cœur, le centre économique, les commerces, le siège des institutions d’État…
J’ai du mal à décrire, mes mains en tremble et j’ai les yeux pleins d’eau. Je ne pourrais pas être très claire sur l’effet que nous avons ressenti. Un silence lourd s’est installé dans la voiture. Nous avons roulé une bonne heure, louvoyant entre les fissures de la route et les débris. Le centre-ville de Port-au-Prince a l’air de sortir d’une guerre, de longues années de bombardements intenses.
Ça a duré 50 secondes.

Ensuite un ouragan d’un nouveau genre a tout emporté ici. L’urgence dans sa plus simple expression.
Les équipes d’Oxfam se sont retroussé les manches et le travail a commencé. Il faut livrer la marchandise et être efficace, vite. Mais dans les premiers temps, il y a forcement de la frustration : on voudrait être plus organisés, plus efficaces…Mais c’est inévitable : il faut agir vite, ce qui demande beaucoup de bras, mais organiser tout ce monde et établir une structure prend du temps.
Et il faut faire les choses du mieux qu’on peut. Doit-on juste distribuer de l’argent à tout le monde ? Doit-on prendre plus de temps, voir comment les gens vivent et faire des actions plus ciblées ? Doit-on travailler d’abord avec les plus vulnérables et les plus pauvres ou atteindre plus de monde plus vite en étant moins sélectifs ?
Ce sont des questions qui doivent se poser pour être certains que l’argent que vous donnez à Oxfam soit dépensé d’une façon correcte, donné aux bonnes personnes et qu’il ai le plus grand impact possible en un temps le plus court possible.
En deux semaines, j’ai vu nos activités lentement prendre forme. Et je dis lentement parce que nous sommes toujours impatients dans l’urgence. L’aide se rend, elle est de plus en plus efficace.
Mais les questions demeureront toujours : peut-on en faire plus ? Est-ce que la situation va empirer avec la saison des pluies qui s’en vient ? Que nous réservent les mois qui viennent ?
J’espère en tout cas que ce blog aura été utile, qu’il vous aura fait suivre le quotidien d’une équipe de travailleurs humanitaires. J’espère vous avoir dépeins un peu le travail des Haïtiennes et des Haïtiens qui s’évertuent à retrouver un quotidien un peu plus normal.
C’est dur de ne pas tomber dans le cliché pour clore ce dernier billet de ma mission ici. Je suis transformée, choc, laisser une partie de soi et bla-bla-bla.
Alors même si cela ne vous surprendra pas, je ne peux que finir en rendant un hommage immense à cette population incroyable, à son courage et à sa force de caractère.Merci Step Haiselden pour ces trois dernières photos.
- Soumis le 16 février 2010 à 11h56 - 2 commentaire(s)
Oxfam Grande-Bretagne a déjà engagé 55 nouveaux employés haïtiens dans le cadre de la gestion de l’urgence. Des chauffeurs, des ingénieurs, des promoteurs de santé et j’en passe. Et le recrutement n’est pas terminé. Tout ce beau monde travaille les différentes zones de Port-au-Prince que nous couvrons : Delmas, Carrefour, Carrefour-Feuille.
La ruche s’est bien organisée et chacun remplit un rôle bien précis.
Quel changement depuis 2 semaines ! Chacun des programmes (eau et assainissement, distribution d’abris et de kits, cash-for-work) repose sur des équipes solides et il est plus facile ainsi d’élargir notre champ d’action.


Pour Oxfam-Québec, les actions ciblent Delmas, Croix Desprez, Jacmel et Léogane.
Et un grand volet à l’extérieur de la zone de la capitale, dans le cadre de la sécurité alimentaire.Oxfam-Québec travaillait déjà sur cette problématique bien avant le séisme, mais comme pour l’ensemble de sa programmation, il a fallu revoir les priorités. Ce qui était déjà en cours et prévu, c’est le soutien aux agriculteurs de 6 départements, à travers un réseau d’organisations locales partenaires. Nous leur fournissons des semences, des outils et des fertilisants pour préparer les prochaines récoltes. Il y avait déjà des commandes de passées pour près de 60 tonnes de semences de maïs, de sorgho, de haricots, de patates douces e de manioc. Mais suite au séisme, les besoins en nourriture sont grandissants et il a fallu réajuster le tir. Les agriculteurs partenaires ont la capacité d’augmenter leur production. C’est pourquoi nous avons déjà commandé 40 tonnes de semences supplémentaires et nous essayons d’augmenter encore. Si nous pouvons prévoir des prochaines récoltes abondantes, il y aura moins de besoins d’importer certains aliments de base. Croisons les doigts pour que la saison des pluies soit satisfaisante à ce niveau là et que tout se passe bien.
Mais à court terme, nos partenaires sont confrontés à un autre problème. Ils tentent de vendre leur production précédente avec beaucoup de difficulté. La plupart des gens dans la zone de Port-au-Prince ont tout perdu. Maison, travail, entreprise… nombreux sont ceux qui dépendent des distributions alimentaires. D’autres ont encore la possibilité d’acheter des aliments, mais on retrouve sur le marché beaucoup de produit importé, vendu à très bas prix qui concurrence déloyalement la production locale. On retrouve ici très concrètement les vieux démons combattus depuis des années par Oxfam : le dumping de produits subventionnés par les pays étrangers qui ravagent l’économie des producteurs Haïtiens. Quand vous devez repartir à zéro, rebâtir votre demeure, votre vie, il est naturel de chercher les occasions qui vous permettront de moins dépenser. Résultat, les petits fermiers y perdent aussi leur moyen de subsistance.
Oxfam-Québec a donc mis en place un mécanisme d’achat de ces produits, qui seront distribués dans nos zones d’interventions à Port-au-Prince. Il faut favoriser l’utilisation des produits locaux dans la distribution alimentaire pour les sinistrés, si nous voulons renforcer l’économie chancelante du pays.
Aujourd’hui même, un camion rempli de riz est en route de l’Artibonite jusqu’à Port-au-Prince pour y être distribué.

Et tout ça m’a été raconté avec passion par un homme étonnant : Antoine Ladouceur, agronome principal de ce projet. Antoine, que la vie a menée de Port-au-Prince au Japon, dont la famille… mais chut ! Je garde ça pour un témoignage plus complet. Pour ceux qui ne le reçoivent pas encore, écrivez-nous pour recevoir le Monde d’Oxfam-Québec, que nous publions deux fois par année.
Et je ne finirais pas sans vous dire quelques mots sur Wilner. Wilner est un de nos chauffeurs. Ah, si vous saviez à quel point le chauffeur jour un rôle central dans toute cette histoire…
Wilner à qui j’essayais de poser des questions, Wilner qui répond du bout des lèvres. Wilner qui n’est pas un grand parleur. Wilner dont la fille, qu’il n’a pas vue depuis trois ans, vit au Québec. Wilner silencieux hier, mais que quelque chose travaillait visiblement.
Il s’est soudain retourné vers moi et m’a dit : « Tu sais, je n’arrête pas d’y penser depuis qu’on s’en est parlé. Maintenant je sais ce que je veux faire. Cette année, j’irais à Montréal voir Katiana. » - Soumis le 14 février 2010 à 10h11 - 1 commentaire(s)
Aujourd’hui, j’ai accompagné Ray Offenheiser, président d’Oxfam America.
Notre journée s’est terminée par une rencontre avec Philippe Mathieu, le représentant d’Oxfam-Québec en Haïti depuis trois ans, et le reste de l’équipe.Philippe présente la programmation d’Oxfam-Québec. C’est technique, intéressant… il fait le tour de nos différents projets, des actions d’urgence face au séisme. Il y a l’eau, l’assainissement, la distribution des kits d’hygiène et de cuisine. Il y a la promotion de l’hygiène, le cash-for-work… il y a le travail énorme dans les zones rurales avec le soutien aux agriculteurs pour la sécurité alimentaire. Il y a l’agroforesterie, le reboisement, l’aménagement des bassins versants, et bien plus encore. Et puis il se met à parler de ce qu’il y a en arrière de ça. De la philosophie qui guide Oxfam-Québec, de nos valeurs…
Et on est tous pendu à ses lèvres. Philippe nous parle de réseaux, du travail importants avec les communautés, avec les organisations haïtiennes. Le fait de travailler depuis longtemps avec ces gens et d’avoir déjà des systèmes communautaires très implantés qui ont rendu faciles, rapides et efficaces les distributions qu’Oxfam-Québec fait. Il y a le soutien à tous nos partenaires qui est une importance fondamentales : des ONG et des associations locales avec lesquelles nous travaillons depuis des années et qui ont tout perdu.
Il y a le souci de travailler dans l’urgence mais de lier chacune de nos actions à demain, de penser à l’impact que cela va avoir sur le futur. Et il y a la passion des gens. Le respect de ces milliers de personnes auprès desquelles nous travaillons.
Philippe s’enflamme et plus personne ne l’arrête. Philippe parle avec passion de sa mission et de son pays. Nous sommes tous à l’écoute. Philippe nous éloigne des chiffres et des statistiques pour ancrer nos actions dans la vie.Philippe qui vient travailler tous les jours au bureau d’Oxfam-Québec alors qu’il a perdu sa maison. Il dort, comme des centaines de milliers de personnes, dehors, à côté des ruines de sa demeure. Philippe qui n’a pas d’eau, pas d’électricité, mais qui met toute son énergie à maintenir le cap et à faire en sorte que les choses avancent.
Merci pour tout et mille fois bravo.
- Soumis le 13 février 2010 à 8h18 - 1 commentaire(s)
Aujourd’hui, 12 février est une journée de deuil. Les gens sont dignes, ils sont beaux, revêtent leurs plus beaux habits et se tiennent debout, ensemble, dans la tristesse immense d’une perte collective dont on ne mesure même pas encore l’ampleur.
Les chants résonnent de tous les côtés depuis 4h30 ce matin. J’ai le cœur qui saigne et qui accompagne Aurel, Maggie, Dodo et tous les autres, qui vivent cette journée comme une première étape. Il est temps de s’arrêter et de regarder. Regarder en arrière, se regarder les uns les autres et s’encourager à continuer.Je pense à Karine, à Claude, à Philippe, à tous ceux qui sont à nos côtés et qui ont traversé cette terrible épreuve. Nous pensons tous à Amédée et à Auguste qui sont morts lors du séisme et à ces centaines de milliers d’Amédée et d’Auguste qui sont partis avec eux.
Nos larmes sont pour vous et même si c’est bien peu, sachez tous que vous n’êtes pas seuls.Ce soir encore les chants et les prières couvrent le ciel de Port-au-Prince. Les voix apaisent les âmes et rendent hommages aux disparus. Les survivants sont là, bel et bien là.
Ce soir, je me tais et j’écoute. Ce soir, je me tais et je ne saurais de toute façon pas quoi dire.
Nous sommes là pour aider, nous pouvons être une épaule sur laquelle on peut s’appuyer, mais nous ne pouvons pas panser les plaies béantes. Nous pouvons distribuer des abris, de l’eau, construire des latrines, travailler avec nos partenaires Haïtiens, préparer les prochaines récoltes… mais il y a bien des blessures ici que seul le temps pourra guérir. Nous sommes bien impuissants face à la perte d’un enfant, d’une mère, d’unfrère, la perte du patrimoine, face à la destruction des rêves.Ce soir, vous pouvez me croire, je me sens bien petite face à une immense tristesse.
- Soumis le 11 février 2010 à 8h01 - 1 commentaire(s)
Le déménagement du bureau battait son plein ce matin, avec un effet direct sur le serveur internet qui était encore plus lent et moins fiable que d’habitude. Pas de doute, il faut bouger.
Paul, super-héros des abris, est mon sauveur du jour. Il passe sa tête dans le cadre de porte : « We are going to distribute shelters in 30 minutes. Are you in ? » Yes !
Premier arrêt, l’orphelinat de Carrefour où les jeunes préparent les bâches qui serviront d’abris pour des familles. Douze personnes forment l’équipe. Ils ont entre 16 et 21 ans. Une rotation est faite pour employer le plus de jeunes possibles. Ils sont très volontaires et motivés, c’est leur façon à eux d’aider un peu. Pourtant, pour la plupart, couper les bâches et les cordes, c’est loin d’utiliser leurs compétences. Père Gilles, qui les supervise, m’explique que l’orphelinat leur offre des formations : plombier, électricien, travail de bureau, même des options artistiques. Il veut que ses jeunes soient équipés en sortant de l’orphelinat.
Nous chargeons les bâches dans le camion : 68 pour autant de familles, 410 personnes qui ont été identifiées.




Deuxième arrêt : Lamantin 52.
La distribution se fait dans la cour d’une femme du quartier, médecin, qui s’investit corps et âme auprès de ses voisins. Elle a ouvert son jardin pour en accueillir quelques uns et leur a donné accès à sa salle de bain et aux toilettes. Elle donne des soins et travaille avec le comité de quartiers pour organiser l’aide. Ce sont les comités qui identifient les besoins prioritaires. Ils nous ont dressé la liste des 68 familles qui recevront aujourd’hui abri et kit d’hygiène (une bassine, un seau, du savon, des serviettes hygiéniques). Ils leur ont donné des coupons. Les gens qui se présentent aujourd’hui sont prioritaires (bébés et jeunes enfants, personnes âgées, femmes enceintes, handicapés).
Alors que la file se forme à l’extérieur, Berline, qui travaille en promotion de la santé, prend quelques minutes pour les sensibiliser à l’hygiène et à la prévention des maladies, en créole, bien entendu. Les personnes qui attendent, des femmes pour la plupart, sont très attentives et participent à la présentation. Ce n’est pas toujours le cas, avoue Paul. Souvent, ils n’écoutent pas vraiment et continue de bavarder.
Ensuite, Berline et moi recevons ces personnes et nous assurons qu’ils soient bien sur la liste, ils la signent et reçoivent leur chargement encombrant.
L’ambiance de la distribution était très détendue. Un des membres du comité de quartier voulait aider une femme qui se débattait avec son chargement, et s’est vu recevoir à coup de couvercle de seau. Elle pensait qu’il voulait se saisir de ses affaires. Le quiproquo s’est dissipé immédiatement et l’éclat de rire a été général.
Nous avons ensuite du accélérer la distribution car des jets de pierre sont venus des toits voisins. Nous n’avons jamais vu d’où ça provenait exactement, mais nous nous sommes dépêchés pour ne pas mettre en danger les gens qui attendaient encore.Troisième arrêt, un campement qui a été identifié. Le comité nous a fait parvenir une demande d’aide pour 300 familles. Il faut vérifier la taille réelle du camp avant de mettre en branle la distribution, l’eau et l’assainissement. Paul monte sur le mur qui entoure l’endroit et à première vue, évalue à 200. Nous faisons ensuite le tour à pied pour avoir une meilleure vue. Les espaces sont minuscules et les gens ont définitivement d’énormes besoins. L’estimation de 300 n’était pas exagérée. La machine peut se mettre en route.
Quatrième arrêt, Don Bosco. Berline doit y rencontrer un membre de notre équipe. Nous fournissons déjà l’eau, les latrines, les douches et les kits d’hygiènes.
En attendant Berline, nous rencontrons des représentants d’un comité citoyen d’un quartier voisin. Ils sont très organisés, ont dressés un plan de la zone, identifiés les familles, fait la liste des besoins. Nous prenons les renseignements et enverrons ça à nos équipes d’évaluations. Nous pouvons le faire, ils sont dans notre zone d’intervention. Nous distribuons aussi l’adresse du bureau, ils sont nombreux à vouloir envoyer leur CV, et nous embauchons.À part ça, pas de tâches précises pour Paul et moi, nous en profitons pour jouer avec les enfants qui nous entourent. Séances de photos, bataille de pouces (ils ne la connaissaient pas, celle-là), et on fait l’avion. Fiora a trois ans et un sourire éclatant. Elle a adopté les bras de Paul.


- Soumis le 10 février 2010 à 8h00 - 3 commentaire(s)
Aujourd’hui, journée bureau, comme la plupart d’entre vous. À la différence que le notre risque de se faire écraser par celui d’à côté qui menace de s’écrouler à n’importe quel moment. Journée à faire des boites : nous déménageons jeudi.
J’ai profité de l’accès à un téléphone fiable pour faire cette fameuse entrevue ratée avec Radio France Internationale. J’ai aussi épluché des C.V.
Oxfam Grande-Bretagne ouvre un poste d’un an d’agent aux médias. Nous cherchons un ou une Haïtienne, qui poursuivra le travail auprès des radios, des télévisions et des journaux locaux.Journée de logistique. Journée aussi à lutter contre internet pour tenter de mettre des photos à disposition. C’est long !
Dans le fond, journée plus calme qui clôt ma première semaine de tourbillon.
Pour fêter cette première semaine qui achève, je m’offre le plaisir de clore ici et d’ouvrir mon livre pour la première fois. Chut ! - Soumis le 9 février 2010 à 9h08 - 2 commentaire(s)
Quand je pense à hier, ça me semble déjà si loin… même ce matin. Nos journées commencent à 6h30 au bureau, mais on se couche presque à l’heure des poules. À propos de poule, on s’habitue à tout, les coqs sont toujours aussi bruyant mais ne me réveillent plus.
Ce matin, rendez-vous avec l’équipe de TVA à 9h dans les bureaux d’Oxfam-Québec. Problème de voiture, chauffeur, trafic… ils arrivent à 10h. On leur présente l’équipe, fait le tour, et c’est parti, direction Delmas 62. Population : plus de 470 familles.
Un peu partout dans la ville, on voit des panneaux ou des banderoles avec des variations sur un seul thème : « SOS, we need help, aidez-nous ». Oxfam-Québec concentre ses actions de distribution, d’accès à l’eau et de construction de latrines sur ces camps improvisés, qui regroupent de plus petites communautés, sont dispersés, mais pour ces mêmes raisons, ne reçoivent que très peu d’aide.
Ce que j’ai vu à Delmas 62 m’a totalement ravie. Les enfants étaient regroupés à l’entrée et une femme d’Aide à l’enfance leur organisait des activités. Des matelas étaient empilés et attendait que leurs nouveaux propriétaires en disposent. Des femmes commençaient à préparer les repas (Oxfam-Québec distribue des kits de cuisine comprenant des casseroles, ustensiles, etc). Les infirmières, dont Claudette, qui travaille pour Oxfam-Québec, donnaient des premiers soins dans l’espace de clinique aménagé. Les latrines étaient terminées et fonctionnelles, la citerne d’eau aussi et des hommes et des femmes se relayaient pour remplir leurs seaux. Le comité citoyen qui représente la population du camp est très jeune et très dynamique. Un des responsables avait presque fini ses études d’ingénieur… mais l’université n’existe plus. J’ai senti beaucoup de calme et de sérénité dans ce camp. De l’espoir, beaucoup, que les choses sont encore possible, sur ce terrain privé que le propriétaire a ouvert à la communauté.


Ensuite, nous partons vers l’aéroport, ou des personnes participant au programme de cash-for-work assemblent des kits d’hygiène et de cuisine (savon, serviettes, shampoing, serviettes hygiéniques, assiettes et j’en passe). Les couleurs sont éclatantes, les gens travaillent dans un climat de franche camaraderie règne. Félix et Yanni de TVA sont toujours avec nous, et retourne ensuite à leur hôtel, monter le reportage qui sera diffusé un peu plus tard.
Entre temps, c’est Associated Press qui m’interviewe au sujet des camps de réfugiés et de nos recommandations et actions en prévision de la saison des pluies qui commence dans un mois.
Le temps de rentrer au bureau, Radio France Internationale veut faire le point sur la situation, mais la connexion Skype est vraiment trop mauvaise, nous réessayerons demain. Ensuite, c’est ABC Télévision qui nous donne rendez-vous au golf Club à 15h. Nous sommes au rendez-vous, mais Marcel fera finalement l’entrevue à 16h45, l’équipe étant un petit peu en retard. Problèmes de voiture, chauffeur, trafic…
Cette fois-ci, la sécurité du camp nous laisse entrer sans problème et nous pouvons faire le tour. J’ai enfin des photos à partager avec vous.
Pendant l’entrevue, l’équipe d’ABC me tape dans le dos : « You guys are doing a real good job ».


Aujourd’hui, seule dans la voiture avec Aurel, un de nos chauffeur, j’ai pu discuter un peu avec lui. Il a perdu sa maison, deux de ses cousines et sa sœur. Sa petite fille de 10 ans est soignée à l’hôpital militaire : elle a les jambes et les bras cassés. Je pense qu’une des tablettes de chocolat que j’ai apportée pour remonter le moral des troupes va prendre le chemin de l’hôpital militaire.
- Soumis le 8 février 2010 à 14h19 - 0 commentaire(s)
L’ancien terrain de golf sert de camp pour les réfugiés, je l’ai déjà mentionné. On parle de 45 000 personnes, mais il est difficile de faire un recensement exact. La sécurité de l’endroit, et donc son accès, est contrôlée par l’armée américaine. Ceci expliquant cela, c’est pourquoi je n’ai pu faire que quelques photos de la citerne que Step et Steeve ont terminé d’installer aujourd’hui.


Je suis très impressionnée : il s’agit des fameuses citernes d’Oxfam que je vois en photo depuis des années (Darfour, tsunami, Liban…). La citerne est installée à l’entrée du club et elle est branchée depuis aujourd’hui sur le système d’irrigation des greens. C’est un golf à 9 trous, il y a donc 9 points d’accès sur le terrain. Nous n’en alimenterons que 7, les 2 autres étant situés là où les américains sont installés et ils n’ont pas besoin de nous pour boire.
A chacun des 7 points, il y a un système de 6 robinets, comme sur la photo de Ti-Savane dans mon billet d’hier.Oxfam apporte déjà l’eau dans ce camp, mais l’alimentation se fait par camion en passant par l’intérieur et la densité de population provoque parfois des accidents. Surtout que le trafic est impressionnant. Faite le calcul : 45 000 personnes, et en respectant les normes Sphère pour la gestion des camps, il faut garantir un minimum de 20 litres par jour et par personne. 900 000 litres d’eau. A partir de demain, les camions s’arrêteront en haut et il n’y aura plus de risque.
Et pour les photos, je n’ai pas pu m’aventurer à l’intérieur avec ma caméra. Demain oui, mais pas ce soir. Ce soir, c’est le Super Bowl et on sent la fébrilité chez les soldats. Mais cela n’a peut-être rien à voir.
Pour ma tranche de vie quotidienne : ce matin, rencontre de groupe avec les psychologues pour parler de gestion de stress et de choc post-traumatique.
Le bureau était assez calme, la moitié de l’équipe prenait quelques heures de repos, et 6 personnes déménageaient. On commence à évacuer notre guest house fissurée de partout et on nous demande de n’être à l’intérieur que pour des courtes périodes de temps. Cela dit, la courte période de temps nous a permit d’attraper une belle tarentule dans la chambre de Julie, et d’en voir une autre dans la salle de bain. « Oui… il y en a plein ici ». Une chance qu’on les ai vues, à la lueur de la bougie. La génératrice a encore fait des siennes, et il n’y avait pas d’eau. Il fait 40 degrés en journée et on colle un peu. C’est bien, ça nous ramène à ce pourquoi on est là, et surtout pour qui. N’empêche qu’à la lumière de mon laptop (ma lampe de poche a rendu l’âme), j’ai vérifié qu’il n’y avait pas une petite amie cachée dans mon sac de couchage. Cela dit, dehors, avec ma moustiquaire flottante, si miss tarentule vient me dire bonjour, il n’y aura pas grand-chose pour l’en empêcher.
- Soumis le 7 février 2010 à 10h20 - 2 commentaire(s)
Julie, qui s’occupe des communications interne, a organisé un cours de danse 101 sur la terrasse. Un ordinateur crache de la salsa et les bras, les jambes et les cœurs se délient. Pendant une heure, casser la routine et le quotidien. Marquer le coup, on est samedi soir.
Dehors, c’est calme. Hier aussi, pour un vendredi soir, les rues étaient silencieuses. Karine, la « latrine lady » de Petionville Club, appelée aussi « Wash girl », m’expliquait qu’avant le séisme, ça grouillait d’activités dans toutes les rues de la ville, les soirs de fin de semaine. Même après, au début. Là, le contrecoup est arrivé. Les voix se sont tuent, les gens n’ont plus le cœur à la fête.
Plus tôt dans la journée, j’ai accompagné Patrick et Step dans deux campements.
Dans le premier, à Ti-Savane, le Bladder (citerne en caoutchouc) est déjà installé au sol, et le système de robinet est là, en contrebas. Nous avons apporté les tuyaux qui relient maintenant les deux, et il ne reste plus qu’au camion d’eau de venir le remplir régulièrement. Le campement est assez petit, mais densément peuplé.

Pour le deuxième, c’est un nouveau site d’intervention pour Oxfam. L’eau est déjà là, installée par la Croix-rouge haïtienne. Mais ils ne s’occupent pas d’assainissement. Nous rencontrons les comités qui représentent la population des camps. Merline nous accompagne. Elle habite dans l’immeuble voisin, un gros bloc construit pour le 200e anniversaire de l’indépendance, et qui a tenu le coup. Un énorme bâtiment au beau milieu des abris de fortune. Elle essaye d’aider, comme elle peut, en nous servant d’intermédiaire avec la communauté qu’elle connait bien. À notre arrivée, les hommes qui ont été engagés pour le Cash-for-work ont déjà creusé un espace qui servira bientôt pour les douches.
À côté, nous délimitons avec une extrême précision les espaces à creuser pour installer les latrines. Pour commencer, 10 pour les femmes, 5 pour les hommes, en laissant suffisamment d’espace entre les deux. D’ici trois à quatre jours, le tout sera opérationnel.Nous parcourons ensuite le camp pour trouver les emplacements pour d’autres latrines. Vu le nombre de personne présentes, il en faudra encore trois fois plus. Mais il n’y a pas d’espaces vacants. Les comités devront donc décider, en consultation avec la population, des emplacements à libérer. Des gens devront déplacer leurs abris temporaires, mais c’est nécessaire. En l’absence de latrines, les besoins se font au hasard, un peu partout dans le camp et c’est un problème de santé public.
Patrick et Step tente aussi de faire comprendre les raisons des normes de sécurité. Les latrines devraient être entourées d’un espace vacant d’au moins 25 mètres. Quand on constate la densité et la rapidité avec laquelle de nouvelles personnes prennent possession du moindre espace, il y a fort à parier que cette norme ne sera peut-être pas respectée. Step nous fait part aussi d’une autre inquiétude. Les abris sont construits avec des bâtons, des toiles, des planches de bois… beaucoup de matières inflammables. Et ils sont collés les uns aux autres. En cas d’incendies, les risques de propagation sont énormes.




Et je ne finirais pas de vous raconter ma première expérience dans les camps sans tomber dans le cliché : en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, nous sommes entourés d’enfants. Ils rient et prennent la pose à la vue de nos appareils photo et oui, ils sont beaux !
Stanley et Madeline sont les plus présents dans ma fenêtre de prise de vue, ainsi qu’une autre petite fille dont je ne saurais jamais le nom. À chaque fois que je m’adresse à elle, elle explose de rire comme si je venais de dire une énormité. Merci, « petit éclat de rire », d’avoir ajouté une bande sonore bien agréable à cette journée. - Soumis le 6 février 2010 à 11h32 - 0 commentaire(s)
Hier soir, nous avons eu droit à une visite dans le « Guest house » où nous cohabitons tous.
L’ingénieur spécialiste en sécurité des bâtiments inspecte nos lieux de travail et de résidence pour savoir si nous pouvons continuer à y rester. Il attribue des codes de couleurs. Rouge, c’est l’évacuation immédiate. Jaune, on peut encore utiliser, mais à court terme. Et vert, on a un ok. Il nous prévient tout de suite qu’aucun des bâtiments construits à Port-au-Prince ne respecte les normes antisismiques. L’attribution du code vert en tient compte.Le bureau d’Oxfam Grande-Bretagne a été touché. Les bureaux étaient dans 2 bâtiments voisins et un des 2 a été détruit, causant un mort. La vision de ce voisinage nous rappelle tous les jours ce qui s’est passé. Et c’est un code rouge, qui menace de s’écrouler. L’autre bureau est encore debout, mais bien trop petit pour les besoins actuels. Nous devrions déménager la semaine prochaine, si tout va bien.

La maison dans laquelle nous logeons est un code jaune, à cause de l’escalier extérieur qui relie les deux étages et à cause d’un côté de la maison qui est plus à risque. Certains ont surmonté leur peur et dorment de nouveau à l’intérieur, mais la plupart des gens sont dehors, dont je fais partie. J’avoue que pour ma part, je n’ai pas eu à me poser la question, j’ai pris le seul matelas disponible qui restait. Dehors, il faut calculer la distance idéale en cas d’écroulement de la maison, ou de façon plus probable, du muret qui entoure le jardin.
Avec ce survol et la formation que nous avons reçu un arrivant sur quoi faire et ne pas faire en cas de secousse… nous avons tous un peu d’incertitude dans les yeux. Mais le travail continu, l’inquiétude n’a pas la place pour s’installer bien longtemps. Mais ma petite crainte personnelle, moi qui n’étais pas là le 12 janvier, me donne une meilleure idée de l’état d’esprit dans lequel se trouvent la plupart des gens ici.
Les contrôles de sécurité se font aussi avec les maisons des employés d’Oxfam. Le service devrait s’étendre aussi, dans la mesure du possible, à des bénéficiaires de nos programmes.
En passant, parlant d’état d’esprit, je vous invite à lire l’article d’Ariane Lacoursière, qui a rencontré hier Marjorie Clermont Mathieu, psychologue qui travaille avec les équipes d’Oxfam-Québec.
- Soumis le 5 février 2010 à 9h27 - 0 commentaire(s)
Il y a des centaines d’ONG étrangères enregistrées en Haïti, bon nombre d’entre elles n’ayant jamais travaillé ici avant le séisme. De ce nombre, moins de 5 d’entre elles s’occupent d’assainissement. Et Oxfam est reconnu pour son expertise dans ce domaine.
Les besoins sont immenses et ne font que grandir, par définition.
Je vous parlais hier des 200 mètres cubes de déchets à évacuer à Pétionville Club. Ça a commencé, mais ce n’est pas fini. Et c’est une course contre la montre : les camions ne peuvent entrer dans le camp pour cette tâche qu’entre 6h et 9h du matin, et entre 15h et 17h l’après-midi. En dehors de ces heures, la foule est trop dense et les risques d’accident sont trop grands. Les américains qui gèrent la sécurité du camp nous ont donc restreints les heures d’accès.
Et la situation de ce camp se retrouve partout ailleurs. Les latrines quand il y en a, sinon les coins toilettes débordent littéralement de quantités phénoménales d’excréments. Il faut les enlever, et on y travaille.
Pour les autres déchets, j’ai discuté hier avec Pierre, qui met en place l’après évacuation. Quand les déchets sont sortis des camps, on fait quoi. Il est en train d’organiser le tri, pour pouvoir composter ce qui peut l’être, et pour disposer du reste. Des nouveaux travailleurs et travailleuses seront engagés pour ces tâches, dans le cadre du programme « cash for work » (travail contre argent).
- Soumis le 4 février 2010 à 14h09 - 1 commentaire(s)
Grosse journée, que je résumerais parce que ce n’est pas fini. Il est 19h et la réunion de l’équipe Watsan (Water and sanitation) va commencer. Suivie à 20h d’une autre réunion de toutes les équipes. Je suis assise à côté du groupe, c’est ma source d’information. Le matin, nous sommes tous en route entre 6h30 et 7h, et après, c’est une course contre la montre et j’ai du mal à les arrêter.
La réunion fait le bilan de la journée et prépare la suivante.
Je fais une pause et j’écoute…
Les distributions se poursuivent et se développent. Demain, 210 abris seront distribués à des familles, ce qui vise près de 1000 personnes.
Des nouveaux sites ont été identifiés et le travail pourra commencer dès demain aujourd’hui, en creusant des latrines et en instaurant de nouvelles distributions d’eau. Les autres programmes roulent.J’entends parler les membres de l’équipes qui déroulent leurs journées : supervision des distributions, repérages de nouveaux sites, préparation des distributions suivantes, logistique, et à travers tout ça, ils rencontrent les candidats qui se présentent pour agrandir les équipes, et pour le programme de « Cash for work ». Je les écoute et mes mains applaudissent en silence. Et malgré la fatigue et les conditions, ils s’enflamment en racontant leur quotidien, leurs défis… Karine essaie de trouver une solution à son casse-tête de la journée : il va falloir évacuer demain 200 mètres cube de déchets de camps du golf. Mais à voir sa détermination, pas de doute, elle va vite trouver une solution.
La réunion est suspendue quelques minutes alors qu’une nouvelle secousse fait bouger notre terrasse du deuxième étage. Les consignes de sécurité sont claires : ne pas bouger, rester proches des murs de soutien. Des inspections ont été faites et normalement, notre bâtiment est sécuritaire, malgré les fissures apparentes.
On passe ensuite au bilan des réunions de coordination. Ce n’est pas négligeable. Ça prend du temps et les équipes en ont déjà plus qu’assez, mais c’est indispensable pour une efficacité maximum. Il y a 900 ONG étrangères enregistrées en Haïti et la plupart n’avait jamais travaillé ici. C’est là que je mesure l’importance d’être ancré ici depuis plus de 30 ans. Oxfam a fait ses preuves et les communautés avec lesquelles on travaillent nous connaissent, pour la plupart.
Il n’est même pas encore 21h quand tout ça est fini, mais je file me coucher.
- Soumis le 3 février 2010 à 8h43 - 3 commentaire(s)
L’arrivée par avion sur Port-au-Prince vous plonge sans tarder au cœur de l’action : les navires militaires sont dans la baie, le navire-hôpital clairement identifié avec des hélicoptères qui s’y relayent sans cesse, les autres hélicoptères qui sillonnent la région. Au sol, la première chose qui me saute aux yeux sont les campements. En vue aérienne, on distingue bien ceux qui sont organisés, et d’autres plus petits, moins structurés. On voit aussi beaucoup de tentes individuelles, dans les cours des maisons.
Les maisons elle-même ne révèlent rien sur le coup, mais plus notre avion descend, plus la mise au point se fait et progressivement, on découvre la destruction. Des murs encore debout, mais les toits sont écroulés. En passant dans la rue, un premier regard est souvent trompeur, c’est derrière la façade que tout s’est écroulé. Des amoncellements de gravats, des blocs de béton pêle-mêle…
En attendant nos bagages sur le tarmac de l’aéroport, nous avons pu voir les 20 orphelins qui repartaient avec l’avion. Je n’entrerais pas dans les détails, mais il n’y a pas à dire, ça remue le petit cœur d’une maman !
Ensuite, on plonge. L’équipe nous attend, on traverse la ville. Les yeux sont partout, et on a pas le temps de tout voir. Mais les gens sont là, dans la rue. Les échoppes, les petits marchés, les vendeurs de tableaux. La meilleure boulangerie, selon Philippe, a ré-ouvert. La minoterie qui l’approvisionne est intacte. La vie reprend son cours, mais la toile de fond est effroyable. Les gens ne veulent pas dormir dans les maisons, même quand elles sont encore debout. La nuit, il ne faut pas emprunter les rues secondaires. Les gens tendent des toiles et s’installent pour la nuit.
Arrivée dans notre propre campement, c’est le tourbillon. Mark Fried que je remplace, me résume les activités, le fonctionnement, la logistique, me présente à des dizaines de visages et autant de noms, me dresse la liste de ce que j’aurais à faire… mais mes yeux se ferment. Mon corps rend les armes.
- Soumis le 13 juillet 2009 à 21h25 - 0 commentaire(s)
Je profite de la fin de cette semaine de G8 pour rédiger ce billet qui n’y est pas directement relié. Michael fait partie de notre équipe. Il gère les campagnes et les politiques régionales d’Oxfam Grande Bretagne pour la Corne, l’Est et le centre de l’Afrique et il a passé la semaine à Rome avec l’équipe de mobilisation, car il n’a jamais obtenu son accréditation pour se rendre à l’Aquila. Tant mieux pour nous, il a pu partager avec les journalistes lors de nos événements le point de vue de quelqu’un qui vit et travail au Kenya.
Nous l’avons rencontré lundi soir, alors que nous partagions tous nos histoires de vie.
Michael est né en 1967 au Biafra, au plein cœur d’un conflit alors que la famine faisait rage. À l’époque, le Biafra était une importante crise humanitaire et la zone étant interdite d’accès, rares sont les ONG qui pouvaient y accéder. Oxfam Canada à l’époque avait réussi à affréter un avion pour y livrer des denrées, mais ça, ce n’est pas l’histoire de Michael.
Michael et sa famille ont reçu le soutien de Frères Jésuites, qui avaient créé leur propre petite ligne d’aviation, juste pour la cause : Jesus Christ Airline. Ça ne s’invente pas. Des liens très forts d’amitié se sont noués entre la famille et un petit groupe de ces Frères. Quand Michael est tombé gravement malade, vers l’âge d’un ou deux ans, il n’avait que très peu de chances de survie et c’est avec déchirement que ses parents ont accepté de le laisser partir avec un de ces hommes, qui proposait de le soigner chez lui, en Irlande.
Après presque une année, c’est un enfant plein de vie et dans une forme éclatante qui a été ramené à ses parents qui avaient perdu espoir. Tout ça, c’est ce qui lui a été raconté plus tard. Michael n’a de souvenirs que ceux d’une enfance heureuse avec sa famille.
Devenu adulte, Michael a eut un parcours épatant, travaillant pour des grandes ONG internationales, poursuivant ses études, voyageant, travaillant à Londres…
Et il y a à peu près deux ans, son père est décédé. Les frères et sœurs éparpillés se sont retrouvés pour les funérailles, et c’est à cette occasion que la maman de Michael a tenu à revenir sur cet épisode de sa vie. Elle lui a donné tous les détails de l’épopée, insistant sur la reconnaissance infinie, le respect et l’amour qu’elle et son père éprouvaient et éprouve encore envers cet homme qui lui a sauvé la vie.Michael s’est alors lancé dans des recherches pour le retrouver. Il a rapidement appris que l’homme était mort dans les années 80 en Allemagne, mais il a également réussi à retrouver son frère, qui réside toujours en Irlande. Après une correspondance très révélatrice, Michael a décidé, comme une forme de pèlerinage, de rendre visite à cet homme, chez lui.
Le voyage se déroule sans encombre mais quand Michael débarque de l’avion en Irlande, c’est toute une famille et même un quartier qui s’est déplacé. Des banderoles à son nom l’accueillent, avec des sourires et des bravos. Michael avoue avoir vécu le moment le plus émouvant de sa vie.
Il est attendu. Son séjour dans la famille lui en a révélé beaucoup. Des albums photos lui sont consacrés, avec les images de cette année passée parmi eux. Il est dans les bras de tous et ce sont des tonnes d’amour qui se déversent à travers le temps dans ces images.
Après avoir reçu l’assentiment de sa mère, la décision a été prise. À 40 ans, Michael change de nom officiellement et s’appelle désormais O’Brien.
La question était pourtant simple, lundi : Michael, tu es Nigérian, mais comment se fait-il que tu t’appelle O’Brien ? - Soumis le 10 juillet 2009 à 5h59 - 1 commentaire(s)

Chaque minute, une femme meurt en donnant la vie. Chaque jour, 75 millions d’enfants en âge d’être scolarisés n’ont pas accès à l’éducation. Si les dirigeants du G8 étaient « enceints », ils se sentiraient plus concernés par la vie de ces mères. Si leurs enfants se retrouvaient devant des portes d’écoles fermées, ils en feraient certainement plus pour l’accès à l’éducation. Si leurs enfants n’avaient ni docteurs, ni professeurs, ni eau potable, ils en feraient plus pour éradiquer la pauvreté.
C’est ce qu’Oxfam a mit de l’avant ce matin en mettant en scène les dirigeants du G8 dans une séance de yoga intense et pas très orthodoxe. Dans un état de grossesse très avancé, nos bénévoles se sont exercés sous les yeux écarquillés des passants, extrêmement nombreux à cet endroit. Et oui, je peux le confirmer, nous avons encore eu droit à la présence impressionnante de très nombreux médias.
Ariane Arpa, porte-parole d’Oxfam, a donné des entrevues sur place à Reuters TV, AP TV, la première chaîne allemande, une radio, et Michael O’Brien a filé dans les studios de la RAI 24 dès la fin de l’activité.Tout s’est déroulé à merveille aujourd’hui… peut-être trop ? C’était notre dernière action publique et nous n’arrivons pas encore à croire que ce soir, ce sera fini. Victoria travaille de l’hôtel, Wendy met en ligne les derniers blogues, je fais le montage de la vidéo d’aujourd’hui, et nous sommes suspendus aux lèvres de nos collègues, depuis l’Aquila, qui analysent la dernière journée de ce Sommet qui achève.
Je leur laisse le mot de la fin et de l’analyse qui viendra un peu plus tard dans la version anglaise de nos blogues.
C’est drôle, il reste encore pas mal de pain sur la planche avant de quitter l’Italie, mais on sent déjà la fin (parfois la faim aussi). Les bénévoles d’UCODEP, qui venaient de partout à travers l’Italie, commencent à rentrer chez eux, les aurevoirs commencent.
Et le clin d’œil du jour : depuis le début de notre séjour, fidèles à nos habitudes partagées entre ma collègue Hollandaise et moi-même, et surtout face à l’impossibilité de prendre des vraies pauses-café sur des terrasses, nous prenons de sublissimes cafés « pour emporter ».
Mais ce n’est pas l’habitude locale et les Italiens rivalisent de créativité pour nous satisfaire et nous permettre d’emporter notre butin dernière nos ordinateurs. Voici la création du jour. Ce n’est pas du jus de poire mais un authentique Latte Macchiato. - Soumis le 9 juillet 2009 à 6h35 - 3 commentaire(s)

Ce soir à l’Aquila, ils seront plus de 30 chefs d’État à partager le festin du grand dîner officiel du G8. Pendant ce temps, un milliard de personnes sont en danger de mort à cause de la malnutrition. C’est une personne sur six qui est concernée et 16 000 enfants meurent des conséquences de la faim chaque jour.
Hier soir, notre hôtel grouillait encore d’activités à 2h du matin et, grâce à la magie des bénévoles et artistes, les câbles électriques et les éponges se sont transformés en gigantesques plats de spaghettis. Depuis que nos collègues sont partis pour l’Aquila, de nouveaux clients les ont remplacés dans les chambres de l’hôtel : nous les remercions aussi pour leur patience infinie, pour supporter l’état-major installé dans le hall d’entrée, le lobby monopolisé par des boites, des Grosses têtes, des roches, des décors et j’en passe, et les portes qui s’ouvrent et se ferment et les courses dans les couloirs à toutes heures du jour et de la nuit.
Nous étions de nouveau en route à 7h, reposés. On aura réussi à se remettre de la magnifique nuit de 2h qui a précédé. La mise en place s’est faite tranquillement dans le gazon, en avant d’une église, à la Piazza San Giovanni. L’équipe commence à être bien rodée. À 8h45, seuls les photographes de l’Associated Press et de l’Agence France Presse étaient présents, avec deux photographes de journaux italiens. L’intérêt des médias pour nos superbes mises en scène semble s’essouffler. Tant pis !
Mais ce qui nous préoccupe, c’est surtout les agents de police et le service de sécurité de l’église qui semblent de plus en plus nerveux. Nous apprenons alors que nous avons l’autorisation de tenir l’événement à la Piazza San Giovanni… mais pas celle-là ! Celle qui est tout à fait de l’autre côté du pâté de maison et qui porte évidemment le même nom. Il y a quand même maintenant 5 ou 6 photographes qui attendent, et nous apprenons que les autorités sont en route pour nous déloger. Hier, des militants d’autres ONG ont été arrêtés pour avoir fait des manifestations sans permis. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre quelques heures en leur compagnie, surtout après tous les efforts qui ont été mis dans la préparation, à fournir tout ce qu’il fallait comme information pour être en parfait accord avec la loi.
Le stunt commence donc à 8h55 et se termine à 9h, juste avant l’arrivée de la police. Nous remballons tout et la course commence pour déplacer les tables, les plats de spaghettis, les boites, les chaises… nettoyer toute trace de notre passage. Très peu satisfaisant pour les médias présents, nous décidons de remonter la scène à la bonne Piazza. Grand bien nous en fasse, surgissent alors les caméras de Reuters, AP, AFP, des agences italiennes, nous sommes soudain beaucoup plus nombreux. Et non, l’intérêt pour la chose ne s’amenuise pas. Au contraire, les représentants des médias semblent apprécier notre façon d’amener le débat sur des questions plus humaines et sociales de façon ludique et créative (dixit un photographe sur place).
L’événement est un grand succès et l’œil perplexe des policiers est toujours posé sur nous.
Demain, dernier stunt, à la Piazza Esedra. Mais vérification faite, cette place porte aussi le nom de Piazza della Repubblica ! Pourquoi faire simple… - Soumis le 8 juillet 2009 à 14h55 - 1 commentaire(s)
La Piazza delle Bocca della Verita a commencé à s’animer vers 7h. L’équipe d’Oxfam, toujours appuyée par les bénévoles extraordinaires d’UCODEP, notre organisation partenaire italienne, mettait la main à la pâte.

Coudre des chapeaux de chefs cuisiniers, coller « l’eau » dans le fond de la casserole. Ce matin, ce sont les changements climatiques qui sont visés par l’événement d’Oxfam à Rome. Les minutes s’écoulent avec l’excitation et la crainte de ne voir personne se présenter.
Tout doucement, les photographes et caméramans de Reuters, de l’Agence France presse, de l’Associated Press, d’Italfoto, de Polaris, des journalistes Italiens, des free-lance se dirigent vers nous.
La bonne humeur règne, nos Grosses têtes ont le pouvoir magique de faire sourire. Les touristes aussi se joignent à nous et semble apprécier cette activité impromptue qui n’était pas à leur programme.
Il est 9h, le chaudron chauffe, et la planète terre qui flotte dedans commence à sentir le réchauffé. Nicolas Sarkozi aiguise ses couteaux, Gordon Brown, Toro Aso et Dmitri Medvedev épicent le plat à grand coup de CO2, Stephen Arper et Barack Obama mélange le tout pendant que Silvio Berlusconi et Angela Merkel lisent les recettes des changements climatiques. Le chaudron fume et les flashs crépitent.
Après la sortie lundi dernier du rapport "Le coût humain du changement climatique’ – Climat, impact humain et pauvreté », l’intérêt était grand. Oxfam y insiste fortement sur le fait que les changements climatiques affectent en premier lieu et de façon plus prononcée les populations les plus démunies.
Il y a une grande d’urgence d’agir et le G8 ne peut pas laisser la question de côté ou la remettre à plus tard. De plus tard en plus tard, il sera bientôt trop tard.
- Soumis le 7 juillet 2009 à 14h49 - 1 commentaire(s)
Un moment suspendu dans le temps, je peux ajouter quelques mots. La connexion internet s’est encore perdue dans le cyberespace. L’accès au web est probablement notre plus gros handicap depuis notre arrivée.
Aujourd’hui, nous apprivoisons une nouvelle dynamique : les trois quarts de l’équipe se sont dirigés vers l’Aquila pour être au cœur de l’action. Les responsables et analystes politiques sont dans le centre international de presse, côtoient les journalistes et les délégations officielles qui viennent les alimenter. Ils analysent à chaud et en direct, et visiblement, n’ont pas le temps de s’arrêter une seconde. Nous sommes un peu orphelins, mais pas désemparés. Demain, nous tenons notre deuxième stunt avec les Grosses têtes, on y reviendra.
L’handicap web semble s’être multiplié et cloné à L’Aquila. Il n’y a pas d’accès aux courriels et divers webmail dans le centre de presse et tout se fait par téléphone. C’est un peu compliqué.
À Rome, la course contre la montre se fait pour que tout soit en place et parfait pour nos prochains stunts. Logistiques dans les moindres détails, engagement incroyable de l’équipe italienne qui travaille avec nous, appels aux journalistes, préparation des communiqués, tentatives d’envoi de courriels, gestion des web, blogs, Facebook et autres Twitter, tentatives d’envoi de courriels, films, montages, entrevues, tentatives d’envoi de courriels, et je vous passe l’épisode épique du téléchargement de la vidéo sur You Tube (voir mon billet précédant).
Et nous avons élu domicile dans le hall d’entrée de l’hôtel, abandonnant la salle de réunion qui ressemble à un sauna. Il fait plus frais ici et nous sommes plus près de la source du mal : le routeur internet.
On se dit parfois qu’on pourrait tout aussi bien être à Bamako ou à Portland, ça ne ferait pas de différence, un hall d’hôtel reste un hall d’hôtel.
Cela dit, nous recevons des échos d’un peu partout : apparemment, nos Grosses têtes de lundi en costumes d’empereurs romains se prélassant pendant que le monde brûle ont fait pas mal le tour du monde. J’avoue au nom de tout le monde ici que ça nous a redonné des tonnes d’énergies. Ces nouvelles sont bonnes à prendre. Grâce à cela les enjeux concernant l’augmentation de l’aide au développement, les changements climatiques, la crise alimentaire et l’accès aux soins et à l’éducation peuvent être mis à l’agenda…
Demain, les changements climatiques seront à l’honneur à la Piazza della Bocca della Verita.
- Soumis le 6 juillet 2009 à 11h32 - 1 commentaire(s)
L’équipe d’Oxfam est presque au complet aujourd’hui, pour participer à la première grande activité organisée : un événement médiatique mettant en scène nos fameuses Grosses têtes. Une énorme tête en papier mâché représente chacun des dirigeants du G8. L’équipe d’Oxfam et les bénévoles d’UCODEP, notre organisation partenaire italienne sont sous les costumes. Heureusement, le soleil se cache derrière quelques nuages et la journée commence à peine, il ne fait pas encore trop chaud.
Le rideau se lève : Berlusconi et ses acolytes sont habillés en empereurs romains et se vautrent dans le luxe, mangeant, buvant et écoutant de la musique pendant que Rome brûle en arrière-plan.

Pendant qu’ils jouent de la lyre et boivent du bon vin, 3 millions de personnes sont en danger de mort à cause de leurs promesses non tenues.
Oxfam tient ainsi à rappeler au G8 qu’il est fondamental de respecter les engagements qui ont été pris sur la question de l’aide au développement. Il faut protéger les plus vulnérables contre les effets des crises économiques, alimentaires et climatiques.
Le bilan aujourd’hui des promesses d’aide faites par le G8 sont désolantes. Il manque 23 milliards de dollars des 50 promis. Ces sommes sont autant d’investissements qui ne pourront être faits par les pays en développement pour améliorer les systèmes de santé, d’éducation, pour lutter contre la pauvreté, la crise alimentaire et pour s’adapter aux changements climatiques.
Il est plus que jamais urgent d’agir.
- Soumis le 4 juillet 2009 à 11h02 - 0 commentaire(s)
Il fait chaud ! Très chaud. L’équipe d’Oxfam Internationale prend forme au rythme de l’arrivée des avions de chacun. Nous sommes quelques-uns à porter l’odieux du décalage horaire, mais pas le temps de s’attarder à ça. Samedi après-midi seulement et entre les très courtes présentations, chacun prend sa place et les claviers d’ordinateurs crépitent dans le hall d’entrée de notre petit hotel.
Dans les stations de métro, un peu partout sur le trajet depuis l’aéroport, le visage de Silvio Berlusconi s’étale sur des affiches de la Coalition mondiale de lutte contre la pauvreté. Berlusconi, il est temps d’agir et de mettre un terme à la pauvreté !






Justine Lesage, agente communication - relations médias d’Oxfam-Québec, est en Italie à l’occasion du G8.