Blogue de Justine Lesage au G8 en 2009

- Soumis par Justine Lesage, le 13 juillet 2009 à 21h25 - 0 commentaire(s)
Je profite de la fin de cette semaine de G8 pour rédiger ce billet qui n’y est pas directement relié. Michael fait partie de notre équipe. Il gère les campagnes et les politiques régionales d’Oxfam Grande Bretagne pour la Corne, l’Est et le centre de l’Afrique et il a passé la semaine à Rome avec l’équipe de mobilisation, car il n’a jamais obtenu son accréditation pour se rendre à l’Aquila. Tant mieux pour nous, il a pu partager avec les journalistes lors de nos événements le point de vue de quelqu’un qui vit et travail au Kenya.
Nous l’avons rencontré lundi soir, alors que nous partagions tous nos histoires de vie.
Michael est né en 1967 au Biafra, au plein cœur d’un conflit alors que la famine faisait rage. À l’époque, le Biafra était une importante crise humanitaire et la zone étant interdite d’accès, rares sont les ONG qui pouvaient y accéder. Oxfam Canada à l’époque avait réussi à affréter un avion pour y livrer des denrées, mais ça, ce n’est pas l’histoire de Michael.
Michael et sa famille ont reçu le soutien de Frères Jésuites, qui avaient créé leur propre petite ligne d’aviation, juste pour la cause : Jesus Christ Airline. Ça ne s’invente pas. Des liens très forts d’amitié se sont noués entre la famille et un petit groupe de ces Frères. Quand Michael est tombé gravement malade, vers l’âge d’un ou deux ans, il n’avait que très peu de chances de survie et c’est avec déchirement que ses parents ont accepté de le laisser partir avec un de ces hommes, qui proposait de le soigner chez lui, en Irlande.
Après presque une année, c’est un enfant plein de vie et dans une forme éclatante qui a été ramené à ses parents qui avaient perdu espoir. Tout ça, c’est ce qui lui a été raconté plus tard. Michael n’a de souvenirs que ceux d’une enfance heureuse avec sa famille.
Devenu adulte, Michael a eut un parcours épatant, travaillant pour des grandes ONG internationales, poursuivant ses études, voyageant, travaillant à Londres…
Et il y a à peu près deux ans, son père est décédé. Les frères et sœurs éparpillés se sont retrouvés pour les funérailles, et c’est à cette occasion que la maman de Michael a tenu à revenir sur cet épisode de sa vie. Elle lui a donné tous les détails de l’épopée, insistant sur la reconnaissance infinie, le respect et l’amour qu’elle et son père éprouvaient et éprouve encore envers cet homme qui lui a sauvé la vie.Michael s’est alors lancé dans des recherches pour le retrouver. Il a rapidement appris que l’homme était mort dans les années 80 en Allemagne, mais il a également réussi à retrouver son frère, qui réside toujours en Irlande. Après une correspondance très révélatrice, Michael a décidé, comme une forme de pèlerinage, de rendre visite à cet homme, chez lui.
Le voyage se déroule sans encombre mais quand Michael débarque de l’avion en Irlande, c’est toute une famille et même un quartier qui s’est déplacé. Des banderoles à son nom l’accueillent, avec des sourires et des bravos. Michael avoue avoir vécu le moment le plus émouvant de sa vie.
Il est attendu. Son séjour dans la famille lui en a révélé beaucoup. Des albums photos lui sont consacrés, avec les images de cette année passée parmi eux. Il est dans les bras de tous et ce sont des tonnes d’amour qui se déversent à travers le temps dans ces images.
Après avoir reçu l’assentiment de sa mère, la décision a été prise. À 40 ans, Michael change de nom officiellement et s’appelle désormais O’Brien.
La question était pourtant simple, lundi : Michael, tu es Nigérian, mais comment se fait-il que tu t’appelle O’Brien ? - Soumis par Justine Lesage, le 10 juillet 2009 à 5h59 - 1 commentaire(s)

Chaque minute, une femme meurt en donnant la vie. Chaque jour, 75 millions d’enfants en âge d’être scolarisés n’ont pas accès à l’éducation. Si les dirigeants du G8 étaient « enceints », ils se sentiraient plus concernés par la vie de ces mères. Si leurs enfants se retrouvaient devant des portes d’écoles fermées, ils en feraient certainement plus pour l’accès à l’éducation. Si leurs enfants n’avaient ni docteurs, ni professeurs, ni eau potable, ils en feraient plus pour éradiquer la pauvreté.
C’est ce qu’Oxfam a mit de l’avant ce matin en mettant en scène les dirigeants du G8 dans une séance de yoga intense et pas très orthodoxe. Dans un état de grossesse très avancé, nos bénévoles se sont exercés sous les yeux écarquillés des passants, extrêmement nombreux à cet endroit. Et oui, je peux le confirmer, nous avons encore eu droit à la présence impressionnante de très nombreux médias.
Ariane Arpa, porte-parole d’Oxfam, a donné des entrevues sur place à Reuters TV, AP TV, la première chaîne allemande, une radio, et Michael O’Brien a filé dans les studios de la RAI 24 dès la fin de l’activité.Tout s’est déroulé à merveille aujourd’hui… peut-être trop ? C’était notre dernière action publique et nous n’arrivons pas encore à croire que ce soir, ce sera fini. Victoria travaille de l’hôtel, Wendy met en ligne les derniers blogues, je fais le montage de la vidéo d’aujourd’hui, et nous sommes suspendus aux lèvres de nos collègues, depuis l’Aquila, qui analysent la dernière journée de ce Sommet qui achève.
Je leur laisse le mot de la fin et de l’analyse qui viendra un peu plus tard dans la version anglaise de nos blogues.
C’est drôle, il reste encore pas mal de pain sur la planche avant de quitter l’Italie, mais on sent déjà la fin (parfois la faim aussi). Les bénévoles d’UCODEP, qui venaient de partout à travers l’Italie, commencent à rentrer chez eux, les aurevoirs commencent.
Et le clin d’œil du jour : depuis le début de notre séjour, fidèles à nos habitudes partagées entre ma collègue Hollandaise et moi-même, et surtout face à l’impossibilité de prendre des vraies pauses-café sur des terrasses, nous prenons de sublissimes cafés « pour emporter ».
Mais ce n’est pas l’habitude locale et les Italiens rivalisent de créativité pour nous satisfaire et nous permettre d’emporter notre butin dernière nos ordinateurs. Voici la création du jour. Ce n’est pas du jus de poire mais un authentique Latte Macchiato. - Soumis par Justine Lesage, le 9 juillet 2009 à 6h35 - 3 commentaire(s)

Ce soir à l’Aquila, ils seront plus de 30 chefs d’État à partager le festin du grand dîner officiel du G8. Pendant ce temps, un milliard de personnes sont en danger de mort à cause de la malnutrition. C’est une personne sur six qui est concernée et 16 000 enfants meurent des conséquences de la faim chaque jour.
Hier soir, notre hôtel grouillait encore d’activités à 2h du matin et, grâce à la magie des bénévoles et artistes, les câbles électriques et les éponges se sont transformés en gigantesques plats de spaghettis. Depuis que nos collègues sont partis pour l’Aquila, de nouveaux clients les ont remplacés dans les chambres de l’hôtel : nous les remercions aussi pour leur patience infinie, pour supporter l’état-major installé dans le hall d’entrée, le lobby monopolisé par des boites, des Grosses têtes, des roches, des décors et j’en passe, et les portes qui s’ouvrent et se ferment et les courses dans les couloirs à toutes heures du jour et de la nuit.
Nous étions de nouveau en route à 7h, reposés. On aura réussi à se remettre de la magnifique nuit de 2h qui a précédé. La mise en place s’est faite tranquillement dans le gazon, en avant d’une église, à la Piazza San Giovanni. L’équipe commence à être bien rodée. À 8h45, seuls les photographes de l’Associated Press et de l’Agence France Presse étaient présents, avec deux photographes de journaux italiens. L’intérêt des médias pour nos superbes mises en scène semble s’essouffler. Tant pis !
Mais ce qui nous préoccupe, c’est surtout les agents de police et le service de sécurité de l’église qui semblent de plus en plus nerveux. Nous apprenons alors que nous avons l’autorisation de tenir l’événement à la Piazza San Giovanni… mais pas celle-là ! Celle qui est tout à fait de l’autre côté du pâté de maison et qui porte évidemment le même nom. Il y a quand même maintenant 5 ou 6 photographes qui attendent, et nous apprenons que les autorités sont en route pour nous déloger. Hier, des militants d’autres ONG ont été arrêtés pour avoir fait des manifestations sans permis. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre quelques heures en leur compagnie, surtout après tous les efforts qui ont été mis dans la préparation, à fournir tout ce qu’il fallait comme information pour être en parfait accord avec la loi.
Le stunt commence donc à 8h55 et se termine à 9h, juste avant l’arrivée de la police. Nous remballons tout et la course commence pour déplacer les tables, les plats de spaghettis, les boites, les chaises… nettoyer toute trace de notre passage. Très peu satisfaisant pour les médias présents, nous décidons de remonter la scène à la bonne Piazza. Grand bien nous en fasse, surgissent alors les caméras de Reuters, AP, AFP, des agences italiennes, nous sommes soudain beaucoup plus nombreux. Et non, l’intérêt pour la chose ne s’amenuise pas. Au contraire, les représentants des médias semblent apprécier notre façon d’amener le débat sur des questions plus humaines et sociales de façon ludique et créative (dixit un photographe sur place).
L’événement est un grand succès et l’œil perplexe des policiers est toujours posé sur nous.
Demain, dernier stunt, à la Piazza Esedra. Mais vérification faite, cette place porte aussi le nom de Piazza della Repubblica ! Pourquoi faire simple… - Soumis par Justine Lesage, le 8 juillet 2009 à 14h55 - 1 commentaire(s)
La Piazza delle Bocca della Verita a commencé à s’animer vers 7h. L’équipe d’Oxfam, toujours appuyée par les bénévoles extraordinaires d’UCODEP, notre organisation partenaire italienne, mettait la main à la pâte.

Coudre des chapeaux de chefs cuisiniers, coller « l’eau » dans le fond de la casserole. Ce matin, ce sont les changements climatiques qui sont visés par l’événement d’Oxfam à Rome. Les minutes s’écoulent avec l’excitation et la crainte de ne voir personne se présenter.
Tout doucement, les photographes et caméramans de Reuters, de l’Agence France presse, de l’Associated Press, d’Italfoto, de Polaris, des journalistes Italiens, des free-lance se dirigent vers nous.
La bonne humeur règne, nos Grosses têtes ont le pouvoir magique de faire sourire. Les touristes aussi se joignent à nous et semble apprécier cette activité impromptue qui n’était pas à leur programme.
Il est 9h, le chaudron chauffe, et la planète terre qui flotte dedans commence à sentir le réchauffé. Nicolas Sarkozi aiguise ses couteaux, Gordon Brown, Toro Aso et Dmitri Medvedev épicent le plat à grand coup de CO2, Stephen Arper et Barack Obama mélange le tout pendant que Silvio Berlusconi et Angela Merkel lisent les recettes des changements climatiques. Le chaudron fume et les flashs crépitent.
Après la sortie lundi dernier du rapport "Le coût humain du changement climatique’ – Climat, impact humain et pauvreté », l’intérêt était grand. Oxfam y insiste fortement sur le fait que les changements climatiques affectent en premier lieu et de façon plus prononcée les populations les plus démunies.
Il y a une grande d’urgence d’agir et le G8 ne peut pas laisser la question de côté ou la remettre à plus tard. De plus tard en plus tard, il sera bientôt trop tard.
- Soumis par Justine Lesage, le 7 juillet 2009 à 14h49 - 1 commentaire(s)
Un moment suspendu dans le temps, je peux ajouter quelques mots. La connexion internet s’est encore perdue dans le cyberespace. L’accès au web est probablement notre plus gros handicap depuis notre arrivée.
Aujourd’hui, nous apprivoisons une nouvelle dynamique : les trois quarts de l’équipe se sont dirigés vers l’Aquila pour être au cœur de l’action. Les responsables et analystes politiques sont dans le centre international de presse, côtoient les journalistes et les délégations officielles qui viennent les alimenter. Ils analysent à chaud et en direct, et visiblement, n’ont pas le temps de s’arrêter une seconde. Nous sommes un peu orphelins, mais pas désemparés. Demain, nous tenons notre deuxième stunt avec les Grosses têtes, on y reviendra.
L’handicap web semble s’être multiplié et cloné à L’Aquila. Il n’y a pas d’accès aux courriels et divers webmail dans le centre de presse et tout se fait par téléphone. C’est un peu compliqué.
À Rome, la course contre la montre se fait pour que tout soit en place et parfait pour nos prochains stunts. Logistiques dans les moindres détails, engagement incroyable de l’équipe italienne qui travaille avec nous, appels aux journalistes, préparation des communiqués, tentatives d’envoi de courriels, gestion des web, blogs, Facebook et autres Twitter, tentatives d’envoi de courriels, films, montages, entrevues, tentatives d’envoi de courriels, et je vous passe l’épisode épique du téléchargement de la vidéo sur You Tube (voir mon billet précédant).
Et nous avons élu domicile dans le hall d’entrée de l’hôtel, abandonnant la salle de réunion qui ressemble à un sauna. Il fait plus frais ici et nous sommes plus près de la source du mal : le routeur internet.
On se dit parfois qu’on pourrait tout aussi bien être à Bamako ou à Portland, ça ne ferait pas de différence, un hall d’hôtel reste un hall d’hôtel.
Cela dit, nous recevons des échos d’un peu partout : apparemment, nos Grosses têtes de lundi en costumes d’empereurs romains se prélassant pendant que le monde brûle ont fait pas mal le tour du monde. J’avoue au nom de tout le monde ici que ça nous a redonné des tonnes d’énergies. Ces nouvelles sont bonnes à prendre. Grâce à cela les enjeux concernant l’augmentation de l’aide au développement, les changements climatiques, la crise alimentaire et l’accès aux soins et à l’éducation peuvent être mis à l’agenda…
Demain, les changements climatiques seront à l’honneur à la Piazza della Bocca della Verita.
- Soumis par Justine Lesage, le 6 juillet 2009 à 11h32 - 1 commentaire(s)
L’équipe d’Oxfam est presque au complet aujourd’hui, pour participer à la première grande activité organisée : un événement médiatique mettant en scène nos fameuses Grosses têtes. Une énorme tête en papier mâché représente chacun des dirigeants du G8. L’équipe d’Oxfam et les bénévoles d’UCODEP, notre organisation partenaire italienne sont sous les costumes. Heureusement, le soleil se cache derrière quelques nuages et la journée commence à peine, il ne fait pas encore trop chaud.
Le rideau se lève : Berlusconi et ses acolytes sont habillés en empereurs romains et se vautrent dans le luxe, mangeant, buvant et écoutant de la musique pendant que Rome brûle en arrière-plan.

Pendant qu’ils jouent de la lyre et boivent du bon vin, 3 millions de personnes sont en danger de mort à cause de leurs promesses non tenues.
Oxfam tient ainsi à rappeler au G8 qu’il est fondamental de respecter les engagements qui ont été pris sur la question de l’aide au développement. Il faut protéger les plus vulnérables contre les effets des crises économiques, alimentaires et climatiques.
Le bilan aujourd’hui des promesses d’aide faites par le G8 sont désolantes. Il manque 23 milliards de dollars des 50 promis. Ces sommes sont autant d’investissements qui ne pourront être faits par les pays en développement pour améliorer les systèmes de santé, d’éducation, pour lutter contre la pauvreté, la crise alimentaire et pour s’adapter aux changements climatiques.
Il est plus que jamais urgent d’agir.
- Soumis par Justine Lesage, le 4 juillet 2009 à 11h02 - 0 commentaire(s)
Il fait chaud ! Très chaud. L’équipe d’Oxfam Internationale prend forme au rythme de l’arrivée des avions de chacun. Nous sommes quelques-uns à porter l’odieux du décalage horaire, mais pas le temps de s’attarder à ça. Samedi après-midi seulement et entre les très courtes présentations, chacun prend sa place et les claviers d’ordinateurs crépitent dans le hall d’entrée de notre petit hotel.
Dans les stations de métro, un peu partout sur le trajet depuis l’aéroport, le visage de Silvio Berlusconi s’étale sur des affiches de la Coalition mondiale de lutte contre la pauvreté. Berlusconi, il est temps d’agir et de mettre un terme à la pauvreté !






Justine Lesage, agente communication - relations médias d’Oxfam-Québec, est en Italie à l’occasion du G8.