Je m’appelle Michael…
Je profite de la fin de cette semaine de G8 pour rédiger ce billet qui n’y est pas directement relié. Michael fait partie de notre équipe. Il gère les campagnes et les politiques régionales d’Oxfam Grande Bretagne pour la Corne, l’Est et le centre de l’Afrique et il a passé la semaine à Rome avec l’équipe de mobilisation, car il n’a jamais obtenu son accréditation pour se rendre à l’Aquila. Tant mieux pour nous, il a pu partager avec les journalistes lors de nos événements le point de vue de quelqu’un qui vit et travail au Kenya.
Nous l’avons rencontré lundi soir, alors que nous partagions tous nos histoires de vie.
Michael est né en 1967 au Biafra, au plein cœur d’un conflit alors que la famine faisait rage. À l’époque, le Biafra était une importante crise humanitaire et la zone étant interdite d’accès, rares sont les ONG qui pouvaient y accéder. Oxfam Canada à l’époque avait réussi à affréter un avion pour y livrer des denrées, mais ça, ce n’est pas l’histoire de Michael.
Michael et sa famille ont reçu le soutien de Frères Jésuites, qui avaient créé leur propre petite ligne d’aviation, juste pour la cause : Jesus Christ Airline. Ça ne s’invente pas. Des liens très forts d’amitié se sont noués entre la famille et un petit groupe de ces Frères. Quand Michael est tombé gravement malade, vers l’âge d’un ou deux ans, il n’avait que très peu de chances de survie et c’est avec déchirement que ses parents ont accepté de le laisser partir avec un de ces hommes, qui proposait de le soigner chez lui, en Irlande.
Après presque une année, c’est un enfant plein de vie et dans une forme éclatante qui a été ramené à ses parents qui avaient perdu espoir. Tout ça, c’est ce qui lui a été raconté plus tard. Michael n’a de souvenirs que ceux d’une enfance heureuse avec sa famille.
Devenu adulte, Michael a eut un parcours épatant, travaillant pour des grandes ONG internationales, poursuivant ses études, voyageant, travaillant à Londres…
Et il y a à peu près deux ans, son père est décédé. Les frères et sœurs éparpillés se sont retrouvés pour les funérailles, et c’est à cette occasion que la maman de Michael a tenu à revenir sur cet épisode de sa vie. Elle lui a donné tous les détails de l’épopée, insistant sur la reconnaissance infinie, le respect et l’amour qu’elle et son père éprouvaient et éprouve encore envers cet homme qui lui a sauvé la vie.
Michael s’est alors lancé dans des recherches pour le retrouver. Il a rapidement appris que l’homme était mort dans les années 80 en Allemagne, mais il a également réussi à retrouver son frère, qui réside toujours en Irlande. Après une correspondance très révélatrice, Michael a décidé, comme une forme de pèlerinage, de rendre visite à cet homme, chez lui.
Le voyage se déroule sans encombre mais quand Michael débarque de l’avion en Irlande, c’est toute une famille et même un quartier qui s’est déplacé. Des banderoles à son nom l’accueillent, avec des sourires et des bravos. Michael avoue avoir vécu le moment le plus émouvant de sa vie.
Il est attendu. Son séjour dans la famille lui en a révélé beaucoup. Des albums photos lui sont consacrés, avec les images de cette année passée parmi eux. Il est dans les bras de tous et ce sont des tonnes d’amour qui se déversent à travers le temps dans ces images.
Après avoir reçu l’assentiment de sa mère, la décision a été prise. À 40 ans, Michael change de nom officiellement et s’appelle désormais O’Brien.
La question était pourtant simple, lundi : Michael, tu es Nigérian, mais comment se fait-il que tu t’appelle O’Brien ?
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Justine Lesage, agente communication - relations médias d’Oxfam-Québec, est en Italie à l’occasion du G8.