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À un jet de pierre

Le déménagement du bureau battait son plein ce matin, avec un effet direct sur le serveur internet qui était encore plus lent et moins fiable que d’habitude. Pas de doute, il faut bouger.

Paul, super-héros des abris, est mon sauveur du jour. Il passe sa tête dans le cadre de porte : « We are going to distribute shelters in 30 minutes. Are you in ? » Yes !

Premier arrêt, l’orphelinat de Carrefour où les jeunes préparent les bâches qui serviront d’abris pour des familles. Douze personnes forment l’équipe. Ils ont entre 16 et 21 ans. Une rotation est faite pour employer le plus de jeunes possibles. Ils sont très volontaires et motivés, c’est leur façon à eux d’aider un peu. Pourtant, pour la plupart, couper les bâches et les cordes, c’est loin d’utiliser leurs compétences. Père Gilles, qui les supervise, m’explique que l’orphelinat leur offre des formations : plombier, électricien, travail de bureau, même des options artistiques. Il veut que ses jeunes soient équipés en sortant de l’orphelinat.
Nous chargeons les bâches dans le camion : 68 pour autant de familles, 410 personnes qui ont été identifiées.

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Deuxième arrêt : Lamantin 52.
La distribution se fait dans la cour d’une femme du quartier, médecin, qui s’investit corps et âme auprès de ses voisins. Elle a ouvert son jardin pour en accueillir quelques uns et leur a donné accès à sa salle de bain et aux toilettes. Elle donne des soins et travaille avec le comité de quartiers pour organiser l’aide. Ce sont les comités qui identifient les besoins prioritaires. Ils nous ont dressé la liste des 68 familles qui recevront aujourd’hui abri et kit d’hygiène (une bassine, un seau, du savon, des serviettes hygiéniques). Ils leur ont donné des coupons. Les gens qui se présentent aujourd’hui sont prioritaires (bébés et jeunes enfants, personnes âgées, femmes enceintes, handicapés).
Alors que la file se forme à l’extérieur, Berline, qui travaille en promotion de la santé, prend quelques minutes pour les sensibiliser à l’hygiène et à la prévention des maladies, en créole, bien entendu. Les personnes qui attendent, des femmes pour la plupart, sont très attentives et participent à la présentation. Ce n’est pas toujours le cas, avoue Paul. Souvent, ils n’écoutent pas vraiment et continue de bavarder.
Ensuite, Berline et moi recevons ces personnes et nous assurons qu’ils soient bien sur la liste, ils la signent et reçoivent leur chargement encombrant. 
L’ambiance de la distribution était très détendue. Un des membres du comité de quartier voulait aider une femme qui se débattait avec son chargement, et s’est vu recevoir à coup de couvercle de seau. Elle pensait qu’il voulait se saisir de ses affaires. Le quiproquo s’est dissipé immédiatement et l’éclat de rire a été général.
Nous avons ensuite du accélérer la distribution car des jets de pierre sont venus des toits voisins. Nous n’avons jamais vu d’où ça provenait exactement, mais nous nous sommes dépêchés pour ne pas mettre en danger les gens qui attendaient encore.

Troisième arrêt, un campement qui a été identifié. Le comité nous a fait parvenir une demande d’aide pour 300 familles. Il faut vérifier la taille réelle du camp avant de mettre en branle la distribution, l’eau et l’assainissement. Paul monte sur le mur qui entoure l’endroit et à première vue, évalue à 200. Nous faisons ensuite le tour à pied pour avoir une meilleure vue. Les espaces sont minuscules et les gens ont définitivement d’énormes besoins. L’estimation de 300 n’était pas exagérée. La machine peut se mettre en route.

Quatrième arrêt, Don Bosco. Berline doit y rencontrer un membre de notre équipe. Nous fournissons déjà l’eau, les latrines, les douches et les kits d’hygiènes.
En attendant Berline, nous rencontrons des représentants d’un comité citoyen d’un quartier voisin. Ils sont très organisés, ont dressés un plan de la zone, identifiés les familles, fait la liste des besoins. Nous prenons les renseignements et enverrons ça à nos équipes d’évaluations. Nous pouvons le faire, ils sont dans notre zone d’intervention. Nous distribuons aussi l’adresse du bureau, ils sont nombreux à vouloir envoyer leur CV, et nous embauchons.

À part ça, pas de tâches précises pour Paul et moi, nous en profitons pour jouer avec les enfants qui nous entourent. Séances de photos, bataille de pouces (ils ne la connaissaient pas, celle-là), et on fait l’avion. Fiora a trois ans et un sourire éclatant. Elle a adopté les bras de Paul.  

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