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Ce n’est qu’un au revoir
J’ai parfois l’impression d’être arrivée hier et parfois il me semble être ici depuis une éternité.
Je m’en vais déjà et il y a tant à faire dans ce pays, où Oxfam développe sa plus grande opération humanitaire depuis le tsunami.
Je revois mon premier jour comme la boite d’un immense casse-tête qu’on ouvre et qu’on observe, ne sachant pas trop par où commencer. On trie les informations, les couleurs, les impressions et petit à petit, ça prend forme. Mais à côté de nous, une grande horloge fait résonner son tic tac et les aiguilles sont devenues folles.
À mon arrivée en Haïti, j’étais surprise de voir de la destruction, oui, mais pas de l’ampleur qu’on nous avait livrée dans nos écrans cathodiques. La vie avait déjà repris, dans certains quartiers tout semble presque normal. Jusqu’à ce que j’arrive dans le bas de la ville. Le cœur, le centre économique, les commerces, le siège des institutions d’État…
J’ai du mal à décrire, mes mains en tremble et j’ai les yeux pleins d’eau. Je ne pourrais pas être très claire sur l’effet que nous avons ressenti. Un silence lourd s’est installé dans la voiture. Nous avons roulé une bonne heure, louvoyant entre les fissures de la route et les débris. Le centre-ville de Port-au-Prince a l’air de sortir d’une guerre, de longues années de bombardements intenses.
Ça a duré 50 secondes.
Ensuite un ouragan d’un nouveau genre a tout emporté ici. L’urgence dans sa plus simple expression.
Les équipes d’Oxfam se sont retroussé les manches et le travail a commencé. Il faut livrer la marchandise et être efficace, vite. Mais dans les premiers temps, il y a forcement de la frustration : on voudrait être plus organisés, plus efficaces…
Mais c’est inévitable : il faut agir vite, ce qui demande beaucoup de bras, mais organiser tout ce monde et établir une structure prend du temps.
Et il faut faire les choses du mieux qu’on peut. Doit-on juste distribuer de l’argent à tout le monde ? Doit-on prendre plus de temps, voir comment les gens vivent et faire des actions plus ciblées ? Doit-on travailler d’abord avec les plus vulnérables et les plus pauvres ou atteindre plus de monde plus vite en étant moins sélectifs ?
Ce sont des questions qui doivent se poser pour être certains que l’argent que vous donnez à Oxfam soit dépensé d’une façon correcte, donné aux bonnes personnes et qu’il ai le plus grand impact possible en un temps le plus court possible.
En deux semaines, j’ai vu nos activités lentement prendre forme. Et je dis lentement parce que nous sommes toujours impatients dans l’urgence. L’aide se rend, elle est de plus en plus efficace.
Mais les questions demeureront toujours : peut-on en faire plus ? Est-ce que la situation va empirer avec la saison des pluies qui s’en vient ? Que nous réservent les mois qui viennent ?
J’espère en tout cas que ce blog aura été utile, qu’il vous aura fait suivre le quotidien d’une équipe de travailleurs humanitaires. J’espère vous avoir dépeins un peu le travail des Haïtiennes et des Haïtiens qui s’évertuent à retrouver un quotidien un peu plus normal.
C’est dur de ne pas tomber dans le cliché pour clore ce dernier billet de ma mission ici. Je suis transformée, choc, laisser une partie de soi et bla-bla-bla.
Alors même si cela ne vous surprendra pas, je ne peux que finir en rendant un hommage immense à cette population incroyable, à son courage et à sa force de caractère.
Merci Step Haiselden pour ces trois dernières photos.
