Crise alimentaire

L’autre crise: 1 milliard de personnes souffrent de la faim

2009-01-27

Dans un rapport publié hier lors de la conférence des Nations unies (ONU) sur la crise alimentaire mondiale qui se tient à Madrid, l’organisation internationale Oxfam prévient que les pénuries alimentaires qui sévissent présentement dans cinq pays du Sud pourraient n’être que le début d’une disette mondiale.

Dans Un milliard de personnes ont faim, Oxfam souligne que, bien que le prix des aliments soit de nouveau à la baisse par rapport aux sommets atteints l’année dernière, il faut s’attendre à une nouvelle hausse marquée en 2009. Le portrait demeure des plus sombres, une personne sur six souffrant actuellement de la faim de façon chronique. De sévères pénuries de nourriture affectent présentement l’Afghanistan, l’Éthiopie, le Kenya, le Mozambique et le Zimbabwe (voir ci-dessous).

Oxfam a publiquement exhorté les gouvernements des pays donateurs à ne pas priver les populations les plus pauvres des ressources dont elles ont cruellement besoin en raison de la crise économique mondiale.

« La nécessité d’investir d’importantes sommes d’argent afin de donner un nouveau souffle à notre économie en difficulté ne doit en aucun cas servir d’excuse pour tourner le dos aux innombrables personnes qui souffrent aujourd’hui de la faim », affirme Pierre Véronneau, directeur général d’Oxfam-Québec.

« L’an dernier, devant la hausse drastique du prix des aliments, le Canada a réagi promptement en augmentant l’assistance humanitaire et en déliant l’aide alimentaire », ajoute M. Véronneau. « Le budget fédéral présenté aujourd’hui devrait améliorer notre capacité à secourir les populations souffrant de la faim et à nous attaquer aux causes sous-jacentes de ce fléau, telles les changements climatiques, la rareté de l’énergie et de l’eau et les investissements insuffisants en agriculture. »

Le rapport d’Oxfam détaille les menaces qui pèsent sur la sécurité alimentaire mondiale :

  • Un sixième de la population mondiale souffre de la faim, soit près d’un milliard de personnes;
  • 13 millions d’enfants souffrent d’insuffisance pondérale à la naissance en raison de la malnutrition dont a souffert leur mère;
  • Plus de 50 % des décès d’enfants sont, dans les pays en voie de développement, reliés à la malnutrition;
  • La malnutrition, même légère, multiplie par 2,5 les risques de mortalité infantile comparativement aux enfants nourris adéquatement;
  • La proportion de l’aide publique au développement consacrée à l’agriculture est passée de près de 20 % en 1980 à 3 % aujourd’hui;
  • Même avant la montée du prix des aliments l’an dernier :
    - Plus de 24 000 personnes mouraient de la faim chaque jour;
    - Un enfant mourait de la faim toutes les 5 secondes.

Selon Pierre Veronneau : « Le budget devrait inclure une augmentation de l’aide publique au développement de 8 %, tel que promis précédemment. 8 % représentent environ 10 $ par Canadien, ce qui peut sembler dérisoire mais pourrait sauver des milliers de vies. »



La crise alimentaire dans le monde

Afghanistan
5 millions de personnes sont durement affectées par la crise alimentaire, nombre auquel s’ajoutent 8,5 millions de personnes qui souffrent d’insécurité alimentaire de façon chronique. L’Afghanistan est particulièrement vulnérable aux fluctuations des prix en raison de la guerre qui a entraîné une chute de la production agricole de l’ordre de 50 %, du déplacement des personnes et des fréquentes sécheresses et inondations.

Oxfam contribue à la constitution de banques céréalières pour 31 communautés de  la province de Daikundi. De telles initiatives permettent aux communautés d’acheter des céréales quand les prix sont bas, et de les distribuer aux personnes dans le besoin afin qu’elles puissent traverser l’hiver sans contracter d’emprunts ou devoir vendre du bétail. 1 814 foyers (environ 9 000 personnes) reçoivent des céréales grâce à ces banques.

Éthiopie
Malgré la diminution des prix sur les marchés mondiaux, le prix des céréales demeure, en Éthiopie, entre 54 et 338 % plus élevé qu’à la même période l’an dernier. Les hausses récentes de prix à la suite des récoltes sont particulièrement préoccupantes, puisque les prix sont habituellement au plus bas en cette période de l’année.

En dépit de ces faits inquiétants, le Programme alimentaire mondial (PAM) fait présentement face à un manque à gagner de l’ordre de 359 millions de dollars pour son programme humanitaire. Oxfam supporte plus de 100 000 femmes, enfants et hommes vulnérables en leur fournissant de l’eau, de la nourriture et une façon de gagner leur vie.

Kenya
Devant les 10 millions de personnes faisant face aux risques de pénurie alimentaire, le gouvernement kenyan  a déclaré, au début de janvier 2009, l’état d’urgence national et a réclamé une aide de 400 millions de dollars pour faire face à la crise. Cette situation critique a été causée par une combinaison de sécheresse et de prix alimentaires élevés, conjugués aux effets des violences post-électorales de 2008, qui ont bouleversé les activités agricoles de la vallée du Rift, le grenier du pays.

À la suite de la sécheresse sévère de 2005-2006, le programme d’Oxfam dans les régions de Turkana et de Wajir a mis l’accent sur la prévention et la préparation à la sécheresse, notamment par un meilleur accès à l’eau, ainsi que sur l’amélioration de la capacité de réagir de la population.

Mozambique
Sept des onze provinces du Mozambique font face à de sévères pénuries alimentaires en raison de la pauvreté des récoltes. L’ONU estime à 350 000 le nombre de personnes qui ont besoin d’aide alimentaire en raison d’une baisse drastique, de l’ordre de 50 %, des précipitations depuis octobre dernier dans de larges parties du pays.

Le PAM a prévenu la communauté internationale que ses réserves de nourriture seraient épuisées dès le mois prochain s’il ne recevait pas le financement supplémentaire demandé. Oxfam supporte les fermiers démunis pour améliorer leur accès à une nourriture suffisante en diversifiant les méthodes agricoles ainsi que les types de cultures. Le programme vise également l’amélioration des revenus des fermiers par un meilleur accès aux marchés.

Zimbabwe
5 millions de personnes, soit presque 50 % de la population du pays, dépendent de l’aide alimentaire pour survivre. 5 millions de personnes de plus ont besoin de cette aide, mais ne la reçoivent pas en raison du financement insuffisant. Les rations  fournies aux familles ont d’ores et déjà été diminuées, et pourraient l’être d’avantage le mois prochain.

Une étude récente du PAM a démontré qu’un foyer sur 8 n’avait rien mangé le jour précédent. En octobre 2008, Oxfam a mis sur pied un programme alimentaire, d’une durée de 6 mois, destiné à supporter quelque 165 000 personnes vulnérables dans la province du Midlands. Nous fournissons également aux fermiers des semences ainsi que des fertilisants.

Pour consulter le rapport

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