Témoignage de Christian Dupuis, coopérant volontaire à Estelí au Nicaragua
Christian est conseiller en production agricole
« La terre nous est prêtée par nos enfants et par conséquent nous devons la préserver. »
« Je me souviens »… J’ai pris l’avion le jour de la Saint Jean Baptiste de l’an 2006… J’avais en poche un contrat de travail pour deux ans en tant que conseiller en production agricole. Pour la première fois, je partais faire de la coopération internationale : destination Estelí, au Nicaragua, pays d’Amérique Centrale, sans doute le pays le plus pauvre de l’Amérique latine, dans un contexte d’agriculture dans un milieu tropical sec.
Qu’à cela ne tienne, me disais-je, tu parles couramment l’espagnol, tu es agronome, diplômé de Mc Gill, tu possèdes plus de 30 années d’expérience en agriculture biologique (eh oui ! je suis devenu sexagénaire l’an passé, ici même…comme quoi la coopération internationale n’a ni âge ni frontière !) et surtout tu es emballé de participer à ce projet pilote PECAN (Projet pour l’Eau, la Culture et l’Agriculture au Nicaragua) mis sur pied par la fondation ONE DROP et réalisé par l’équipe terrain d’Oxfam-Québec et ses partenaires. Innovateur ce projet qui, pour une rare fois, fait intervenir la culture avec le théâtre, dans un projet de coopération internationale et intéressant pour l’agronome qui réalise sur le terrain combien la vie d’un peuple est dépendante de l’EAU !
Premier constat effarant : la ville d’Estelí reçoit annuellement 50 millions de gallons d’eau de recharge de sa nappe phréatique et la dépense annuelle de ses habitants tourne autour de 80 millions ! C’est clair, net, précis et cela donne une idée très rapide de la problématique d’ici. Le manque d’eau, où nous installons le projet, est omniprésent dans les villes et les communautés environnantes.
Les deux prémisses du projet PÉCAN sont l’accroissement de la sécurité alimentaire et l’augmentation des revenus de la population. Mais lorsqu’il n’y a pas d’eau ou si peu, qu’elle soit contaminée ou non, et ce fut ma première surprise, c’est avant tout le travail des femmes et des enfants d’aller puiser l’eau qui sera utilisée d’abord pour les premières nécessités de la famille, puis pour le bien être des animaux , source de transport et lorsqu’il en reste, pour les cultures. C’est la survie !
Lorsqu’on parle d’augmenter les revenus de la famille, cela peut se faire de bien des manières. Je me suis donc vite rendu compte que si les gens sont moins malades par la consommation de l’eau polluée, cela signifie moins de dépenses pour se soigner et plus de disponibilité pour le travail. J’ai donc appuyé la partie du projet PECÁN qui est d’installer 1 200 filtres d’eau potable pour l’eau de consommation des familles, des filtres pour les eaux usées pour au moins minimiser l’impact des rejets toxiques dans l’environnement et au plus récupérer ces eaux usées en partie traitées (dé-savonnées, dégraissées) et utiles pour l’arrosage des plantes.
Là où l’eau est disponible, en tant que conseiller, je surveillais l’installation du système d’arrosage goutte à goutte, installé par les techniciens agricoles des organisations partenaires qui veillent à assurer la pérennité des 1 200 petits jardins familiaux. L’eau est ainsi utilisée de façon rationnelle sans en permettre ni le gaspillage ni la contamination tout en permettant aux familles de cultiver leur jardin. Quel plaisir de lire la joie dans les yeux radieux des bénéficiaires, le bonheur de me présenter des légumes et des fruits frais de leur travail ! Le projet PECÁN a permis d’accroître la sécurité alimentaire de ces familles ainsi que l’augmentation de leur revenu parce qu’ils ont sous la main de la nourriture qu’autrefois ils n’avaient pas ou devaient acheter et par les surplus des cultures qu’elles vendent dans leur communauté ou sur des marchés locaux.
Une autre solution pour pallier au manque d’eau dans les campagnes pour les producteurs agricoles est de creuser des étangs ou réservoirs afin de capter l’eau de pluie des bassins versants. Mon travail au sein du projet PÉCAN consiste donc à superviser le creusage et l’installation des systèmes d’irrigation goutte à goutte des 120 sites identifiés à cette fin d’une capacité d’environ 1 500m³ chacun. Ce sont 120 bénéficiaires de réservoirs qui eux vont augmenter substantiellement leurs revenus. En permettant aux familles de cultiver leurs terres avec profit donc de vouloir y rester et non de continuer d’émigrer à la recherche de meilleurs revenus, cela pourrait permettre à d’autres d’emboîter le pas en voyant les bons résultats qu’ont obtenu les bénéficiaires d’étangs ou de réservoirs via le projet PECÁN. Je me mets à rêver que l’agriculture pourrait être sociale et permettre à toute une communauté de trouver le moyen de s’épauler pour que tout et chacun y trouve son bonheur…comme quoi la petite goutte d’eau du projet PECÁN peut faire de grandes rivières !
Bien sûr, ce petit résumé est beaucoup trop court pour commenter presque deux années de travail au sein d’Oxfam-Québec, mais pour cette journée internationale de l’eau, j’avais pensé vous retranscrire la joie de tous et chacun, ici, de voir des familles s’épanouir en prenant conscience de l’importance de l’eau, pour leur santé physique, mentale et celle de leurs enfants. Je suis sûr que chacun de nos petits gestes quotidiens a contribué au soutien des plus pauvres de ce pays tout en y apportant un peu d’espoir pour les générations à venir !
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