Témoignage de Julie Théroux-Séguin, conseillère en égalité entre les sexes au Vietnam

Durant un jeu de rôle, province de Ha Tay, janvier 2010

Jeux de rôles et égalité entre les femmes et les hommes :
une façon de trouver des solutions durables !

La situation des femmes au Vietnam et le contexte de ce pays sont très intéressants à cause du dynamisme économique, culturel et social qui s’y produit actuellement. La population vit encore majoritairement d’agriculture : environ 70 % de la population vit en milieu rural (bien que cette proportion se modifie rapidement) et 80 % des femmes vivent de l’agriculture. En plus du travail agricole en milieu rural ou du travail salarié en milieu urbain, les femmes assurent toujours, dans la majorité des familles vietnamiennes, les tâches de la sphère domestique. Bien que de grandes avancées aient été faites au Vietnam et que le pays semble être l’un des plus progressifs et actifs au niveau législatif dans la région du Sud-Est asiatique, il semble que la mise en application des récentes lois (loi sur l’égalité entre les hommes et les femmes (2006), loi sur la violence conjugale (2007)) soit encore trop timide.

À travers un des programmes d’Oxfam-Québec sur l’intensification de la culture du riz (SRI) qui vise à favoriser la dissémination de nouvelles méthodes de culture de riz par et pour les paysannes et les paysans (visitez le site SRI au Vietnam pour plus d’information, en anglais et vietnamien seulement), des ateliers de discussions sur l’égalité entre les sexes ont été introduits dans le curriculum.

Oxfam-Québec a d’abord travaillé avec des animatrices et animateurs locaux qui allaient ensuite animer ces ateliers au niveau des communautés. Ces ateliers consistaient en des activités participatives pour stimuler la discussion sur les stéréotypes de genre, l’inégale charge de travail dans la culture du riz, et dans les sphères familiale et communautaire, l’accès aux ressources et leur contrôle, l’importance de l’égalité entre les sexes… Une des activités principales des ateliers était celle des jeux de rôle en partant du principe que les gens vont souvent mieux se souvenir de ce qu’ils ont fait ou dit que de ce qu’ils ont entendu. À partir de mises en situation, les paysannes et les paysans préparaient une scénette dans laquelle ils et elles devaient apporter des solutions à des problèmes donnés. Une fois la scénette terminée, les animatrices et animateurs discutaient avec les autres participantes et participants des solutions apportées, de leur réalisme, de leur faisabilité, tout en stimulant la création d’autres solutions innovatrices. Cette approche permet de discuter des problématiques sensibles par le biais du jeu et permet aussi aux participant(e)s de s’exprimer ouvertement sur un cas sans avoir peur d’être jugé(e)s s’ils relataient un fait vécu. Ces ateliers sont mixtes hommes et femmes, et les animatrices et animateurs favorisent une prise de parole équitable afin d’engager un réel dialogue.

Après un de ces jeux de rôle dans la province de Nghe An (région nord centrale côtière), une femme a pris la parole pour critiquer la solution qu’une équipe venait de présenter : « Mais votre solution est trop facile. Un homme ne va pas commencer à laver ses vêtements seulement parce que sa femme le lui demande gentiment. Et en plus, si un seul homme se met à laver les vêtements, il va toujours faire rire de lui. Pour arriver à un meilleur partage des tâches entre hommes et femmes, on doit pouvoir en parler dans les familles, mais dans la société aussi. Ça ne changera pas du jour au lendemain et d’autres organisations que l’Union des Femmes doivent s’en préoccuper. » Ainsi, les ateliers dans cette province ont permis de mettre en lumière certaines des difficultés inhérentes aux solutions proposées, comme celles de passer du discours aux actes et aussi de l’importance d’un mouvement social plus large en faveur de l’égalité.

Dans la province de Dien Bien (région du nord-ouest), après un jeu de rôle, une femme soulignait l’inégalité des tâches, mais aussi l’inégalité dans la prise de décision : « On a beaucoup de travail à la maison et les hommes n’ont pas à faire ça et vont souvent boire de l’alcool ensemble après leur travail. Dans la maison, le chef de famille c’est toujours l’homme. Les femmes ne doivent pas décider toutes seules, surtout quand il s’agit d’argent ou de décisions importantes, elles doivent toujours demander à leur mari, mais leur mari peut décider de faire quelque chose même si sa femme n’est pas d’accord. Et il peut y avoir des conflits à cause de ça. » Ces prises de parole révèlent qu’un des premiers pas pour atteindre l’égalité est d’être en mesure d’identifier des situations quotidiennes, considérées normales, comme étant inégalitaires, et ainsi briser l’idée de la naturalité de l’inégalité entre les femmes et les hommes.

Ainsi, ces jeux de rôle, en utilisant l’humour pour mettre des mots sur des situations qui sont trop souvent vécues en silence, permettent aux participantes et participants de discuter de problématiques réelles qu’ils et elles identifient et d’émettre ensemble des solutions pratiques et durables qui sont en harmonie avec l’esprit de la communauté.


Durant un des ateliers sur l’égalité entre les sexes à Yen Bai, février 2010. Une femme de la minorité ethnique Thai. (Dans l’arbre derrière la femme : Opportunité d’égalité. À droite : Qu’est-ce que l’égalité des sexes ?)

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