Comment mon expérience sur le terrain a changé ma vision sur l’aide internationale
Par Bintou Boubacar Diallo
Après 50 ans d’aide internationale, plusieurs questions hantaient mon esprit. Comment se fait-il que depuis 1960, date à laquelle l’Afrique commença à bénéficier de l’aide internationale, cette dernière ne semble pas sortir de sa pauvreté ? L’aide internationale fonctionne-t-elle réellement ? Les populations des pays pauvres se battent-elles vraiment pour améliorer leurs conditions de vie ? N’est-il pas utopique de penser qu’un changement puisse s’effectuer en Afrique ?
En été 2009, je me souviens avoir posé une partie de ces questions à mon professeur en gestion de l’aide internationale, ancien directeur du centre d’étude de coopération internationale (CECI). Ayant beaucoup d’expériences sur le terrain, il a su me donner une réponse très satisfaisante avec des exemples de résultats forts intéressants. Je commençais donc à m’intéresser au développement international et je tenais à vivre moi-même l’expérience afin de pouvoir répondre à mes propres questionnements. Je voulais constater l’évolution des choses et surtout apprendre davantage sur la coopération internationale qui fait partie de mon domaine d’étude.
Dans un premier temps, ma vision des choses a littéralement changé lorsque j’ai commencé mon stage à l’Association Tin Tua, une ONG très reconnue dans le domaine de l’alphabétisation au Burkina Faso. L’expérience vécue au sein de cette ONG m’a montré que le développement est encore possible. Intervenant dans 5 provinces de la région de l’Est du Burkina Faso et avec ses 21 années d’expériences, Tin Tua participe à elle seule pour 12,5 % à l’effort global d’alphabétisation du pays (1 150 centres Tin Tua sur 9 385 à niveau national – chiffres de 2003-2004). Depuis 1995, Tin Tua ouvre chaque année entre 1 000 et 1 350 centres d’alphabétisation dans plusieurs langues nationales. Au niveau de l’enseignement bilingue, c’est la méthode de Tin Tua qui a été choisie pour être pratiquée dans les écoles satellites (ES) de l’État. Parmi tous les services rendus à la population locale, j’ai été particulièrement touchée par les activités génératrices de revenus élaborées par certains des apprenants de l’association. Il s’agit de microprojets (teinture de pagne, vente de marmites, élevage, etc.) financés par l’ONG permettant aux apprenants d’être financièrement autonome et de pouvoir réduire leur pauvreté.
Dans un second temps, mon voyage culturel dans le pays des Lobis (une ethnie située au Sud-ouest du Burkina Faso) m’a montré à quel point les gens, particulièrement les femmes se battent pour améliorer leurs conditions de vie. En effet, tel ne fût pas ma surprise lorsque j’ai vu des femmes assises sous le soleil pour traiter le karité (processus de transformation complet des noix de karité). J’ai ainsi compris que le changement était encore possible et qu’il existe des gens qui sont prêts à tout pour contribuer au développement de leur pays.
En guise de conclusion, je dirais que cet article s’adresse à tous ceux qui sont septiques vis-à-vis de l’aide internationale. Ne remettez jamais en question le travail des organisations internationales ni des pays qui reçoivent l’aide car, tous autant qu’ils sont, ils se battent pour le développement international. Plusieurs actions concrètes sont posées avec des résultats positifs. L’Afrique dispose de ressources nécessaires pour se sortir de sa misère ; avec le soutien reçu, cela ne fait que renforcer la possibilité d’avoir de meilleurs résultats. À mon avis, j’ai vécu une belle expérience dans la mesure où j’ai constaté par moi-même que l’aide internationale est très utile. Ses impacts à long terme ne sont pas à discuter. Elle permet aux pays en développement de pouvoir décoller et de s’autonomiser.
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