Témoignage de Marie-Hélène Gendron
Le soleil entre par les portes ouvertes, apportant chaleur et lumière à la vaste et unique pièce qui constitue le centre communal. Tout à l’avant, Oncle Ho nous observe avec bienveillance depuis son socle de béton. Derrière la statue, un drap de satin rouge recouvre le mur ; sur celui-ci, solennellement épinglés, la faucille et le marteau. Nous sommes à Mao Khe, petite commune du district de Dong Trieu, dans la province de Quang Ninh, dans le Nord-est du Vietnam. Une quinzaine d’hommes et de femmes sont ici réunis depuis ce matin pour participer à une activité de formation en production propre que nous avons organisée.
Tous possèdent et gèrent des micros et petites entreprises de production de céramique et de porcelaine. L’été dernier, la conseillère en changements climatiques d’Oxfam-Québec, avec qui je travaille, les avait rencontré et avait évalué le potentiel de ces entreprises en termes de stratégies de prévention de la pollution, d’efficacité énergétique et de production propre. C’est à partir de ses recommandations que nous avons pensé et mis sur pied cette activité. Nous avons travaillé avec le Vietnam Cleaner Production Centre, centre d’experts national né d’un programme conjoint de l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) et du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et membre du réseau international des centres de production plus propre.
« D’où viennent les déchets que vous produisez ? Comment se sont-ils constitués ? Pourrait-on arriver à en réduire la quantité si on intervenait sur ces causes ? » C’est le pari que l’on fait aujourd’hui. À travers l’analyse du cycle de production, il s’agit d’identifier les pertes, d’eau, de chaleur, de kaolin, etc., puis d’identifier les causes de ces pertes et finalement, de trouver des moyens permettant de les limiter. Derrière la production propre, il y a la perception du déchet en tant que ressource mal située qui, autrement, aurait du contribuer au produit fini et être vendu. Ce qu’explique le formateur a du sens, mais je crains parfois que l’approche employée, de même que le niveau de langage, ne soient trop scientifiques, trop conceptuels. Les entrepreneurs avec lesquels nous travaillons ne sont pas habitués à la théorie des salles de classe ; ils ont pour la plupart quitté tôt l’école. J’essaierai d’en discuter avec les formateurs durant la pause. J’observe les participants; ils paraissent néanmoins intéressés ; certains parlent fort, d’autres prennent des notes.
On m’avait dit qu’ils avaient hâte de recevoir cette formation. Au-delà du concept, ils sont déjà conscients et concernés par la quantité de pots cassés qu’ils génèrent, par leur consommation de bois et de charbon ainsi que par la terre qui doit être extraite de plus en plus en profondeur. Sous la guidance des facilitateurs, ils discutent des facteurs qui influencent le niveau de consommation en bois de leurs fours : qualité du bois; qualité, pente et isolation des fours; degré d’expérimentation de la main-d’œuvre, etc. On s’obstine sur la qualité du bois. Je réalise que c’est aussi pour eux une occasion de se rencontrer entre confrères, d’échanger des informations, de discuter de leur travail.
Après demain, l’ensemble du groupe partira pour le village de céramique de Bat Trang, en banlieue d’Hanoï, afin de visiter une entreprise ayant déjà changé son mode de production de façon à générer moins de déchets. Au final, ces trois jours de formation devraient leur avoir permis de se doter d’idées sur de nouvelles façons de faire plus respectueuses de l’environnement. De façon intéressante et constituant un pas de plus dans cette direction, le centre compte également offrir à quelques entreprises qui seraient intéressées, l’opportunité d’être encadrées afin de voir leur potentiel en matière de production propre se concrétiser.
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