Rapport de la mère à l’enfant
Par Véronique Pelletier
Les mois de grossesse et les premiers moments de vie d’un enfant peuvent influencer l’avenir de sa santé mentale et physique. C’est pour cette raison que dans nos sociétés occidentales, le suivi médical de la grossesse et l’assistance de professionnels au moment de l’accouchement est un processus normal et répandu.
Au Burkina Faso, la sensibilisation auprès des femmes et de leurs maris quant à l’importance d’aller accoucher en maternité et de se faire suivre durant la grossesse fait du chemin dans les centres urbains, mais reste insuffisante en milieu rural. En effet, faute de moyens de transports ou financiers, les femmes accouchent plutôt chez elles avec de l’assistance ou chez une accoucheuse traditionnelle. Ces accouchements se font dans des conditions précaires et les complications finissent souvent en tragédies.
Le rapport de la femme avec son enfant à naître ou son nouveau-né n’est pas le même que celui d’une mère vivant dans une société occidentale. La planification familiale ne faisant pas encore partie des habitudes et les moyens de subsistances étant souvent restreints, une femme burkinabè ne semble pas s’attacher à son enfant de la même manière que le serait une occidentale.
Au Burkina Faso, ce lien semble s’approfondir avec le temps. À la naissance, personne ne sait si le bébé survivra. Selon les statistiques qui se trouvent sur le site de l’UNICEF, en 2008 au Burkina Faso, 92 enfants sur 1 000 mourraient avant l’âge de 1 an, et 169 sur 1 000 avant l’âge de 5 ans. Ce haut taux de mortalité peut donc expliquer le rapport peut-être plus distant de la mère à son enfant en bas âge.
La malnutrition et les maladies étant choses communes, voir son enfant mourir est courant. Alors que chez nous, on s’attache à une photo de fœtus, ici, l’enfant n’est pas chose certaine avant sa naissance et même jusqu’à l’âge de 7 ans…
Lors de mon voyage culturel au Pays Lobi, je me suis arrêtée chez un féticheur dont la femme était accoucheuse. Les jeunes femmes du village préféraient venir mettre au monde leurs enfants chez lui plutôt que de se rendre dans un centre de maternité. Malheureusement, les accouchements se font dans des conditions misérables et la mort est une possibilité connue et fréquente.
Pendant ma visite, une femme a accouché d’un bébé mort-né sur le sol terreux d’une pièce sombre de la maison. Dans l’entrebâillement de la porte en paille, qui se trouvait à proximité de la salle des fétiches où j’ai été invitée, j’ai vu ce petit corps sans vie sur le sol ensanglanté. Le choc a été grand et des questionnements s’en sont suivis.
Bien sûr, la sensibilisation auprès des futures mères et de leurs familles existe, mais selon Son Aboubacar, un membre de l’Association Munyu des femmes de la Comoé, elle n’est pas assez agressive, faute de financement. De toute façon, selon certains Burkinabès rencontrés dans le cadre de mon stage, il vaut mieux laisser mourir un enfant mal parti dans la vie que de se battre à le laisser vivre dans un monde trop dur pour lui… Mais si des programmes bien financés sensibilisaient les familles à la planification familiale et à l’accouchement en maternité, y aurait-il une différence notable sur le nombre de naissances « réussies », ainsi que sur la santé des nouveau-nés et de leur mère ?
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