« Sans éducation, nous ne pourrons pas changer les choses »
Mon nom est Léa Clermont-Dion. Je suis l’une des initiatrices de la Charte de l'image corporelle saine et diversifiée. Reporter et photographe, j’étudie en ce moment le droit et les relations internationales à l’université.
Durant l’été 2010, j’ai participé, avec Oxfam-Québec, à un stage Québec sans frontières nommé À vos micros, à la radio de l’Association Munyu de la Comoé, une organisation qui réunit 10 000 membres. L’association Munyu, partenaire d’Oxfam-Québec depuis 2003, défend les droits des femmes de Banfora, une ville de 50 000 habitants située au Burkina Faso.
Les premiers moments de mon séjour ont été marqués par un discours tenu par la présidente de l’Association, Laurence Hema, une femme charismatique. Assurée, elle s’est exprimée avec conviction devant une assemblée d’une centaine de personnes. Elle nous a parlé de lutte, de la place des femmes, d’excision. J’ai été interpelée par cet appel franc et convaincu. Laurence Hema a ce quelque chose de charismatique qui impose son respect. C’est elle qui m’a aussi accueillie dans sa cour familiale comptant près d’une vingtaine de personnes, des cousines, des tantes, des amis. J’ai eu cet honneur.
La petite histoire de Laurence est singulière et elle me l’a racontée par bribes, le soir après le travail, chez elle, dans son intimité. Si elle n’est pas une exception, son parcours relève tout de même de la chance ou du destin, c’est selon. Élevée dans un village situé à une cinquantaine de kilomètres de Banfora, elle a été la seule de sa famille à avoir accès à l’école élémentaire. Elle m’a expliqué qu’un matin, un missionnaire est venu recruter des enfants de son village. Elle en faisait partie. C’était au début des années 50, dans une Afrique hantée par la colonisation. Le Burkina Faso s’appelait alors Haute-Volta. L’apprentissage du français s’est avéré un gage de succès pour l’avenir de la jeune femme. Travailleuse sociale diplômée, elle s’est rapidement démarquée de sa communauté par son implication et son engagement pour le droit des femmes. Entre les changements de régimes, les troubles politiques internes, l’évolution de l’Union des femmes du Burkina à la création de l’Association Munyu, les années ont passé. Laurence Hema est devenue une tantie respectée dans la ville, une tête d’affiche, une leader.
C’est à moto qu’elle et ses consœurs ont parcouru la région du paysan noir pour permettre aux femmes d’être.
Munyu signifie en dioula, la langue vernaculaire de la région, « patience, persévérance, don de soi ». C’est dans cet esprit que l’Association mène ses batailles et l’alphabétisation des jeunes filles s’impose au sein de leurs priorités. « Sans éducation, nous ne pourrons pas changer les choses », me lance ma tantie qui n’est pas seule dans sa lutte. Aoua, Honorine, Aïssatou, pour ne nommer que celles-là, revendiquent elles aussi l’autonomisation des femmes depuis une vingtaine d’années, envers et contre tous. J’ai eu cette chance de connaître Laurence Hema puisqu’elle m’a hébergée chez elle durant mon séjour. Elle est devenue un modèle pour moi par sa force, ses convictions et son idéalisme. Elle est la preuve vivante que l’éducation fait la différence. J’ai eu envie de présenter l’univers qu’elle a bâti autour de son organisation à travers le projet Banfora en 30 visages.
En cette 100e journée mondiale de la femme, pour que plus de femmes puissent se lever et lutter pour l’amélioration de la qualité de vie de leurs consœurs, il est vital d’appuyer le travail d’Oxfam-Québec.
Léa Clermont-Dion
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