Les éleveurs de la zone pastorale nigérienne luttent pour la survie
Tasha Ibrahim, région de Maradi (Centre Est du Niger)
La plaine s’étale à perte de vue sans la moindre végétation si ce n’est, de loin en loin, quelques touffes d’épineux. L’année dernière, la zone pastorale du nord Dakoro dans la région de Maradi a subi un démarrage tardif de la saison des pluies aggravé par 40 jours de sécheresse.
Pourtant, Ibrahim Mangari et les siens n’étaient pas inquiets. Ce pasteur du village de Tasha Ibrahim, auquel il a donné son nom, estimait que le fourrage, même déficitaire, allait suffire pour le bétail local. « Nous ne pensions pas que la situation allait devenir aussi grave car il y avait un peu de pâturage après la saison des pluies ».
Mais une conjonction de circonstances allait vite dégrader la situation. « Dès février, des animaux du nord, venus des régions de Tahoua et d’Agadez, nous ont envahis », nous apprend Ardo Gnalaoudo Amadou, un vieillard de 78 ans, le chef du village de 200 habitants. « Je n’avais jamais vu ça, malgré mon grand âge. Des animaux sont même venus du Tchad ».
« A la rivalité entre troupeaux locaux et étrangers, il faut ajouter le ramassage de paille par des colonnes entières de charrettes qui partaient stocker le fourrage plus au sud », renchérit Djahowa Boukari, un plus jeune berger de 47 ans.
D’habitude, en cas de difficulté dans la zone pastorale, le cheptel de cette zone se repliait vers le sud du Niger et le Nigeria. « Mais l’année dernière, et nous le savions depuis le début de la campagne, les pâturages étaient mauvais même dans ces zones », explique Mahamadou Diallo, animateur de l’Association AREN, partenaire de Oxfam dans la mise en œuvre du programme humanitaire 2010.
Les pâturages ont donc vite été épuisés depuis fin mars. La paille ramassée ici même est revendu à 20 $ la botte. Le sac de son de mil de 50 kg à 22 $. Les éleveurs se sont alors rabattus sur la forêt classée de Gadabéji où ils sont exceptionnellement autorisés à faire paître leurs animaux dans la réserve, mais seulement de jour avec l’obligation de se retirer avant la nuit. Cela ne permet pas d’aller bien loin alors que l’herbe proche a été broutée.
Le bétail passe en ce début de saison des pluies un moment extrêmement critique, l’étape la plus difficile de l’année pour les éleveurs. Les anciens pâturages ont disparu et les nouveaux ne sont pas assez hauts pour être broutés. Autour du village, des veaux chancelants tentent de brouter un pâturage ras et mangent plus de sable que d’herbe. « Les plus chanceux ont la diarrhée qui les débarrasse de la terre avalée. Le sable troue la panse des autres et les tue », explique Ardo Gnalaoudo.
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les deux premières fortes pluies ont tué une centaine de bêtes affaiblies. « Il y a 15 jours, j’ai perdu 13 vaches à la fois », annonce Alhadi Gnalaoudo. La deuxième pluie a tué la seule vache de Sidé Tounaou et 13 de ses moutons.
« Nous sommes pris à la gorge. Nous vivons de nos troupeaux en temps normal. Ils nous donnent du lait et nous vendons du bétail à un bon prix pour acheter du mil. Maintenant, nos vaches amaigries ne donnent plus de lait. Sur le marché de bétail voisin de Sakabal une vache se vend à 28 $. « Même pas le prix d’un sac de mil de 100 kg qui coûte le double ! » dit Ibrahim Mangari.
Au campement voisin des frères Bougaou, Yaou avait pris ses précautions. Il a vendu son seul taureau géniteur quand il était encore en forme et en avait tiré un bon prix. Il avait pu acheter 5 sacs de mil pour nourrir sa famille de 15 personnes et arrivait à leur assurer les trois repas quotidiens. Aujourd’hui ce stock est épuisé et la famille arrive à peine à prendre deux repas réduits le matin et le soir, la priorité étant accordée aux enfants.
L’intervention de l’AREN avec l’appui d’Oxfam est arrivée ici à point nommé. Le village a bénéficié trois fois d’une vente à prix modéré de mil et d’aliment pour bétail. Les ménages les plus vulnérables ont reçu gratuitement vivres et son de blé pour leurs animaux. Chaque opération a porté sur 150 sacs de mil et 420 sacs de son.
Oxfam et son partenaire ont également mis en œuvre une opération de « déstockage » du bétail affaiblie par le manque de nourriture et d’eau. Les bêtes affaiblies sont achetées à un prix nettement au-dessus de celui du marché. Les bergers gagnent ainsi de quoi subvenir à leurs besoins élémentaires. Les bovins achetés sont abattus et la viande distribuée aux populations vulnérables de la communauté.
Cette opération intervient à la période la plus difficile de l’année pour les éleveurs et leurs animaux. La nouvelle herbe qui pousse a encore besoin de quelques bonnes pluies pour poursuivre sa croissance. Alors, d’ici deux semaines la situation du bétail devrait s’améliorer. Ce sera plus long pour les hommes qui devront encore attendre trois longs mois avant les prochaines récoltes.
La dernière opération de distribution de vivres et d’aliments bétails a eu lieu début juillet et les stocks seront épuisés dès la fin du mois. Les bergers de Tasha Ibrahim sont maintenant résignés. Ils s’en remettent à Dieu pour les troupeaux. « Maintenant nous voulons à manger pour nous-mêmes. Pour nos animaux, même le son est devenu inutile faute du fourrage qu’il doit compléter ».
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