Les éleveurs déstockent mais pensent déjà à la reconstitution du cheptel

Amoulass, région de Maradi (Centre est du Niger)
Une odeur de décomposition flotte sur Amoulass. On la sent bien avant d’arriver au hameau dispersé de part et d’autre d’une petite vallée où pousse des acacias. Des bergers attendent avec des vaches et des veaux aux côtes saillantes. Le site de déstockage ouvert par l’Association pour la redynamisation de l’élevage au Niger (AREN) depuis le 21 juin dernier ne désemplit pas.
Les éleveurs viennent vendre les animaux affaiblis qu’ils ne peuvent pas récupérer. Ils viennent de 20 km à la ronde, des hameaux de Boulel Amina, Dakaré, Efferel et Boundou Riskoua. Ils viennent même de Gadabéji.
Ici, ils peuvent tirer un meilleur prix que sur le marché de leurs animaux les plus affaiblis par le manque d’eau et de nourriture. D’ailleurs, beaucoup de bêtes sont si épuisées que les propriétaires ne peuvent pas les conduire au marché de bétail de Séno, non loin de là. « Les bouchers vont de campement en campement les acheter pour trois fois rien : 10 $. Parfois nous les donnons même », dit Elhadj Djouti, 70 ans, éleveur et un des premiers occupants du village de Amoulass.
Sur le site de AREN, Magué Barti a vendu deux vaches à 75 $ chacune. « C’est une bonne affaire par les temps qui courent » se réjouit-il.
« C’est le quota maximum par éleveur », explique Amadou Djafarou, responsable du site de déstockage. « Chacun a droit à la vente de deux bêtes ». Les vaches sont achetées entre 75 $ et 100 $ selon leur état et les veaux à 60 $, soit dix fois le prix actuel du marché où la peau de vache vaut parfois plus cher que la vache elle-même !
Hodi Amadou, superbe vieillard enturbanné, dirige le comité de recensement qui décide des bêtes à acheter. « Certaines ne peuvent pas marcher jusqu’ici. Les propriétaires viennent les déclarer et nous envoyons les chercher dans les campements ». Au moment même de notre entretien, une camionnette de l’AREN quitte le site avec un berger à bord pour aller prendre deux vaches.
« De mémoire d’éleveur, dans cette région, nous n’avons jamais vécu une année aussi terrible que 2010. La sécheresse a décimé nos troupeaux et maintenant les premières pluies viennent achever celles qui avaient résisté. Certains bergers ont tout perdu », constate Hodi.
Heureusement, AREN et Oxfam ont permis d’atténuer la crise par l’opération de déstockage et la distribution de vivres pour les hommes et de son de blé pour leur cheptel. « Sans quoi, nous aurions tout vendu. Nos rares objets personnels et toutes nos vaches, notre bien le plus précieux » affirme Torodo Koïné, représentant du chef de village, approuvé par toute l’assistance, qui remercie AREN et Oxfam.
AREN émet un reçu au vendeur qui le fait valoir auprès de la caisse d’épargne et de crédit populaire Asusu Ciigaba qui procède aux paiements. Les bêtes achetées sont abattues et la viande est contrôlée pour vérifier si elle est peut être consommée. Celle qui est impropre à la consommation est détruite immédiatement. La bonne viande est cuite et distribuée aux populations vulnérables. L’opération bénéficie donc à la fois aux éleveurs qui vendent leurs bêtes à un bon prix et aux ménages vulnérables de la localité dont la distribution de viande permet d’améliorer l’alimentation.
AREN a implanté trois sites de déstockage dans la zone, à Amoulass, Touboundédji et Bermo. A la date du 29 juin, Amoulass, le site le plus important, a abattu 295 bovins sur un objectif prévu de 1 700 sur l’ensemble des trois sites. Selon le programme initial, l’opération devrait prendre fin début juillet.
Si la situation demeure difficile pour les hommes, avec les premières pluies qui font repousser les pâturages, les animaux commencent à trouver à manger. Les éleveurs pensent déjà à la reconstitution du cheptel. Comme tous ont été durement frappés, le système traditionnel d’entraide risque de ne pas fonctionner et sans appui conséquent il ne sera pas possible de reconstituer le cheptel même dans trois ou quatre ans. D’autant plus que les animaux les plus affectés par la crise risque de mettre de longs mois, parfois plusieurs années, à s’en remettre. De longs mois pendant lesquels les animaux peuvent être stériles et les femelles ne pas produire de lait du tout. Pendant ce temps, les pasteurs resteront fragiles car sans cheptel suffisant pour assurer leur survie.
« C’est une vrai guerre qui a lieu. Tout le monde est monté au front : nous-mêmes les éleveurs, l’Etat et les ONG. Et les combattants ont utilisés des armes lourdes pour lutter contre la sécheresse » dit Dodi Alio Mangari, président du Groupement d’intérêt économique de la localité, actif dans la commercialisation du bétail avec l’appui de Oxfam. Il espère que la même solidarité va prévaloir après la sortie de crise pour construire un avenir durable aux éleveurs éprouvés.
Faites un don
Aidez-nous à poursuivre la lutte contre l'injustice et la pauvreté.
Recevez notre bulletin
Tenez-vous informé(e) du travail
d’Oxfam-Québec par courriel.

