Le Sud agricole du Niger en proie à la difficile période de soudure

Doga, région de Maradi (Centre Est du Niger)

Doga, un village de quelques centaines d’habitants au sud de Maradi semble assoupi, écrasé par la chaleur de la mi-journée. Où est passée l’hyperactivité qui caractérise cette zone du sud du Niger, frontalière du Nigeria réputée pour son esprit d’entreprise ? Le village est presque désert et seuls quelques femmes et enfants sont assis à l’ombre des arbres.

En revanche, il y a grand monde à la léproserie de de la Sudan Interior Mission (SIM) voisin. Abdoulwahab Saleye s’y trouve depuis le matin. Guéri de la lèpre, il a 45 ans mais en paraît beaucoup plus. « Je travaillais à la SIM mais j’ai été renvoyé. Maintenant, je mendie pour nourrir ma famille de 5 membres ».

« C’est très dur cette année. », constate-t-il, amer. « Je suis allé mendier jusqu’au sud Nigeria. Mais là-bas, les autorités organisent une véritable chasse aux mendiants et j’ai été obligé de revenir ».

Le centre distribue du mil aux nécessiteux, ce qui explique l’affluence des villageois. Mais impossible de satisfaire tout le monde. Il faut parfois plusieurs allers-retours pour avoir une tiya (mesure de 2,5 kg) de grains, à peine de quoi assurer un repas à une petite famille.

Haoua Mamane, 50 ans, rencontrée aussi au centre, précise que cela ne suffit même pas pour préparer un vrai repas à sa famille de sept membres.

La récolte de l’année dernière a duré à peine un mois. Les champs de la région sont de plus en plus petits après chaque partage d’héritage, en raison des morcellements successifs. Les sols sont pauvres. Il faut de l’engrais et les petits paysans ne peuvent pas en acheter. A cela se sont ajoutées les pluies insuffisantes. Résultat : une mauvaise récolte et un manque de nourriture pour une grande majorité d’habitants. Le bétail n’est pas épargné non plus car il n’y a pas de fourrage.

Le sac de mil de 100 kg a grimpé jusqu’à 45 $, hors de portée des ménages vulnérables. « Nous avons vendu des animaux, surtout nos chèvres » dit Haoua. « Maintenant, nous n’en, avons plus ou elles sont en si piteux état que nous n’en tirons pas un bon prix » ajoute Haoua. En effet, là où un bouc valait un sac, il faut au moins deux boucs maintenant.

Haoua gagnait sa vie par le petit commerce d’ustensiles en plastique et de verroterie. Aujourd’hui, elle et plusieurs femmes de Doga, survivent en travaillant dans les familles les plus aisées où elles font le ménage ou pilent le mil.

« Beaucoup de gens sont partis au Nigeria. Même aujourd’hui, plusieurs hommes sont partis, laissant les travaux des champs aux femmes et aux enfants », ajoute Abdoulwahab.

Abdoulwahab et Haoua comptent encore sur l’Association pour le Renouveau de l’Elevage au Niger (AREN) partenaire d’Oxfam pour le programme humanitaire 2010 dans la région de Maradi.

« Nous avons organisé des ventes à prix modéré et des distributions gratuites de vivres », indique Amina Liman, animatrice des opérations sur le site de distribution de Gabi auquel est rattaché le village de Doga.

La vente à prix modérée se fait au profit des ménages vulnérables qui achètent un sac de mil de 100 kg par ménage à 20 $. La distribution gratuite profite aux ménages les plus vulnérables qui bénéficient d’un sac de mil par famille. Un sac de mil permet de nourrir une famille de sept personnes pendant un mois.

La vente d’aliments pour bétail à prix modéré (7 $ le sac) et la distribution gratuite se font en fonction du nombre d’animaux que possède la famille.

Sur le site de distribution de Gabi dont dépend le village de Doga, les deux premiers tours ont porté sur 160 sacs de mil et 700 sacs de son de blé. Ils ont bénéficié au total à 1 233 personnes.

Les bénéficiaires ont beaucoup apprécié les deux premières interventions. « Mais cela est insuffisant et il faut au moins encore trois tours pour atteindre décemment la prochaine récolte. » estiment Abdouwahab et Haoua, qui attendent avec impatience la suite du programme humanitaire d’AREN et Oxfam.

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