Planter maintenant
Le gigantesque séisme qui a secoué Haïti le 12 janvier 2010 a dévasté les zones rurales ainsi qu’urbaines, détruisant des cultures, des bâtiments d’exploitations agricoles, du matériel et des infrastructures. Ses effets indirects se sont fait sentir dans presque toutes les régions du pays, puisque 600 000 personnes ont migré vers les campagnes, venant intensifier la pression sur la nourriture et les ressources en combustible à peine suffisantes pour répondre aux besoins. Le déplacement interne est venu aggraver l’insécurité alimentaire, qui touchait déjà six personnes sur dix avant la catastrophe.
Beaucoup s’accordent à dire que la reconstruction devra se concentrer en grande partie sur l’agriculture. La majorité des Haïtiens vivent dans des zones rurales et leurs moyens d’existence dépendent des activités agricoles. Mais le développement agricole se heurte à de sérieuses contraintes : des années d’inattention de la part du gouvernement et des bailleurs de fonds, la stagnation technologique, la grave dégradation des ressources naturelles, la position dominante du riz subventionné venu des États-Unis sur les marchés haïtiens, le manque de services de crédit et de vulgarisation, la médiocrité des infrastructures, l’insécurité des baux et le fait que les systèmes foncier et juridique ne favorisent pas les personnes pauvres des zones rurales, la dépendance croissante vis-à-vis des denrées importées et de l’aide alimentaire et la faible quantité de transformation agricole permettant de produire une valeur ajoutée.
L’entente entre l’État et ses citoyens est médiocre : corruption, manque d’intérêt et favoritisme à l’égard de l’élite urbaine ont fait que de nombreuses Haïtiennes et de nombreux Haïtiens en milieu rural se méfient du gouvernement. Trop souvent, les instances décisionnelles ont empêché les populations pauvres rurales de s'exprimer. Cependant, depuis 2006, le gouvernement et les bailleurs de fonds sont plus attentifs à l’agriculture et prêtent davantage l’oreille aux points de vue des citoyens haïtiens.
L’intervention humanitaire immédiate après le séisme a privilégié l’aide alimentaire venue de l’extérieur, bien que certains bailleurs de fonds aient insisté pour qu’elle soit achetée aux agricultrices et aux agriculteurs locaux. La distribution massive de semences, d’outils et d’engrais dans la zone sinistrée et à celles et ceux qui hébergeaient des personnes déplacées a donné un coup de pouce aux perspectives pour les récoltes de 2010, bien que les bailleurs de fonds n’aient pas fourni suffisamment de moyens pour aider tous les ménages ciblés.
Le gouvernement haïtien a mis au point un ambitieux plan de reconstruction agricole de 772 millions de dollars qui se concentre sur les infrastructures, les augmentations de production durable, le développement des chaînes de valeur et la prestation de services ruraux. Conformément au principe d’appropriation d’efficacité de l’aide, les bailleurs de fonds devraient soutenir les plans nationaux élaborés en consultation avec les citoyens, mais jusqu’ici, la communauté internationale n’a pas fourni tous les moyens demandés.
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