 |
 |
Le 12 février 2010

Jean-Pierre Chicoine, envoyé spécial
d’Oxfam-Québec en Haïti, au centre de l'image, témoigne :
Dimanche 7 février
Nous sommes aujourd’hui le 27e jour après le tremblement de terre. Ce terrible évènement a secoué fortement Port-au-Prince, mais aussi des villes comme Jacmel, Léogâne, Petit-Goâve et plusieurs villages de la région. Les dernières secousses de faible amplitude ont été ressenties surtout à Petit-Goâve le 1 février au soir entre 22 h et minuit. Nous souhaitons fortement que ce soient les dernières car elles réveillent la peur et l’anxiété et influent sur l’attitude des personnes qui ont été déjà touchées. C’est très difficile d’expliquer cette peur qui vous guette au moindre bruit, cette anxiété parfois chronique qui occasionne et provoque des secousses même si tout est correct. Vous avez l’impression que la terre tremble, mais bon il n’y a rien. C’est dangereux car ça vous mine et vous vivez un stress intérieur difficile à décrire et à maîtriser. La peur s’incruste en vous d’une manière malicieuse. Vous refusez de travailler à l’intérieur d’un bureau dont les murs et plafonds sont faits de béton, vous refusez de monter à l’étage pour visiter un appartement de peur qu’une nouvelle secousse vous emporte.
Lire la suite
|
Un mois après :
Il y a encore une montagne à franchir
Des efforts herculéens sont encore nécessaires pour que la situation de santé publique en Haïti s’améliore au lieu de se détériorer. Le temps presse. Nous sommes à six semaines du début de la saison des pluies.
Des efforts énormes et fructueux ont été faits pour procurer de l’eau potable et de la nourriture à la population depuis le séisme il y a exactement un mois. En date d’aujourd’hui, Oxfam assiste 100 000 personnes et continue d’amplifier ses opérations, visant à rejoindre au moins 500 000 personnes d’ici la fin de juillet.
Les mêmes progrès doivent maintenant être faits pour remédier au problème d’assainissement. Il est essentiel d’intensifier les efforts de la communauté internationale, des Nations unies et des ONG dans ce domaine en prévision de la saison des pluies attendue en avril.
Oxfam craint l’augmentation des cas de diarrhées et autres maladies liées à la consommation d’eau insalubre en raison des facteurs combinés du manque de drainage, du nombre de latrines limité et de la densité de la population.
Oxfam a installé des latrines dans onze sites majeurs et poursuit son travail pour en augmenter la quantité. Des équipes de santé publique travaillent aussi avec la communauté pour réduire les risques de maladies en ramassant les déchets et en sensibilisant la population. Mais il reste encore tellement à faire.
« Grâce à la générosité du public et aux réponses politiques, l’aide s’est rapidement déployée pour répondre à la demande des gens, mais il reste encore une montagne à franchir. Nous avons besoin d’intensifier les efforts pour fournir des installations sanitaires à la population haïtienne. Ne nous faisons pas croire que ça sera facile, cela va nécessiter des efforts herculéens de la part de tout le monde. Près de 230 000 personnes ont perdu la vie le 12 janvier. Notre priorité est de s’assurer que ce chiffre n’augmente pas. » déclare Marcel Stoessel d’Oxfam, en Haïti.
Les camps provisoires où les gens ont afflué sont rapidement devenus des taudis. Ils sont surpeuplés et ont besoin d’amélioration pour permettre un accès facile aux services de base. Il faut creuser plus de drains dans ces camps avant le début des pluies. Avec les pluies, Oxfam craint également pour la sécurité des gens qui se sont déplacés dans des zones où les sols sont fragiles.
Le gouvernement a planifié de relocaliser les gens, mais ces plans ont encore besoin d’être précisés afin de valider s’il y a assez de terres gouvernementales disponibles ou bien s’il est nécessaire d’utiliser des terres privées. Il faut aussi s’assurer que les gens ne soient pas forcés de s’éloigner de leur communauté, que les camps soient sécuritaires et qu’il y ait un plan pour s’assurer que les camps ne deviennent pas des décharges en dehors des villes. Ces décisions doivent être prises très rapidement.
L’immense défi logistique que rencontrent les humanitaires – communications, transport, pertes d’employés importantes, destruction des infrastructures physiques et politiques – trouve peu à peu des solutions, mais des goulots d’étranglement persistent.
Alors que la coordination de l’aide humanitaire se fait bien, elle peu encore être améliorée. Des centaines d’ONG sont maintenant présentes en Haïti – les estimations varient entre 500 et 900 – et elles font leur part dans la réponse à l’urgence. De plus, les Nations unies ont grandement amélioré la coordination de l’effort d’aide, mais, de concert avec le gouvernement, elles doivent faire preuve d’un leadership plus fort.
Alors que plus de 75 % de la capitale haïtienne doit être rebâtie, la reconstruction prendra de nombreuses années et nécessitera l’appui de la communauté internationale. Le gouvernement doit élaborer une vision de sa reconstruction alors que les nombreuses rumeurs qui courent à propos de ces plans créent beaucoup d’inquiétude parmi ceux qui ont perdu leur maison.
« Quelle que soit la vision du gouvernement haïtien, elle doit garantir que le nouvel Haïti reconstruit ne recrée pas les injustices et les inégalités du passé. La reconstruction du pays doit être menée par les Haïtiennes et les Haïtiens, déclare Marcel Stoessel. Alors que plus de 80 % des gens vivaient sous le seuil de la pauvreté avant le séisme, les besoins de ces gens-là doivent être centraux. »
Pendant que l’effort humanitaire se concentre autour de la capitale où se trouvent les plus grands besoins, l’inquiétude est grandissante à propos des conditions de vie dans les campagnes où près de 500 000 personnes se sont réfugiées. Nous devons être vigilants pour s’assurer que leurs besoins ne sortent pas du radar et que l’aide soit apportée à ceux qui les accueillent.
|
 |
 |