Le quartier des affaires à Dhaha, au Bangladesh. Malgré la croissance économique que connaît le pays, près de 40 millions de personnes vivent encore sous le seuil national de pauvreté. Photo : GMB Akrash/Oxfam

Le Canada se classe 18e sur 157 pays en matière de lutte aux inégalités

Montréal, 15 octobre 2018 – Ce 9 octobre dernier, Oxfam et Development Finance International dévoilaient la 2e édition du rapport Indice de l’engagement à la réduction des inégalités. Classé 18e sur les 157 pays analysés, le Canada fait bonne figure, alors que le Québec semble avoir mieux résisté à la montée des inégalités. Premier ou dernier au classement, il ressort que tous les pays pourraient faire nettement mieux.

C’est en effet ce que révèle le rapport rendu public cette semaine. L’indice classe 157 pays sur la base des trois principaux facteurs déterminants de l’engagement à lutter contre les inégalités :

  1. Les politiques en matière de dépenses sociales
  2. Les politiques fiscales
  3. Les droits du travail

À cet égard, Matthew Martin, directeur de Development Finance International, explique : « Le plus frappant, c’est la clarté avec laquelle l’indice nous démontre que la lutte contre les inégalités n’est pas liée au fait d’être le pays le plus prospère ou à l’économie la plus florissante. Il s’agit bien davantage de volonté politique pour voter et appliquer des politiques qui comblent le fossé entre les ultrariches et les pauvres. L’indice indique clairement qui œuvre en ce sens et qui ne le fait pas. »

ET LE CANADA?

Le Canada ne se retrouve pas dans le top dix des bons élèves, mais plutôt 18e rang. Quant au Québec, il a mieux résisté à la montée des inégalités que le reste du Canada au cours des 30 dernières années.  Parmi les facteurs qui distinguent le modèle québécois, on retrouve notamment une économie qui dépend moins de la finance et qui fait une place plus grande aux acteurs financiers coopératifs. En 2017, le gouvernement du Québec adoptait également un plan d’action pour assurer l’équité fiscale et lutter contre le recours aux paradis fiscaux. A contrario, le Canada entretenait une vingtaine d’accords et de conventions fiscales avec des paradis fiscaux.  

Selon plusieurs études, le modèle québécois expliquerait pourquoi les richesses du 1% n’ont pas augmenté de façon aussi marquée qu’au Canada et aux États-Unis. Cette tendance québécoise  ressemble davantage à celle observée en Europe continentale et dans les pays scandinaves[1]. Malgré ces avancées, nous constatons malheureusement un recul par rapport à l’accès universel et à la qualité des services publics. Le gouvernement provincial doit agir de façon plus ambitieuse afin que la société ne paie plus le prix du sous-financement des services publics et du recours aux paradis fiscaux.

LES FEMMES?

Il devient évident que l’autonomisation économique des femmes améliorerait la vie de nombreuses femmes et soutiendrait la croissance économique. Toutefois, à moins de s’attaquer d’urgence aux causes des inégalités économiques extrêmes, les bénéfices de la croissance imputable aux femmes reviendront en majeure partie aux personnes déjà les mieux loties.

L’IMPACT SUR LES JEUNES?

Dans bien des pays, les jeunes qui ne sont pas issus de milieux privilégiés ont moins de possibilités de tirer le meilleur parti de leurs compétences et de leurs talents en raison de l’écart croissant qui sépare les riches du reste de la population. Force est de constater que les inégalités économiques extrêmes entravent la mobilité sociale, ce qui signifie que les enfants de parents pauvres resteront eux-mêmes pauvres.

La progressivité des dépenses sociales et de la fiscalité constitue un moyen de contrer les inégalités grandissantes entre les jeunes et les personnes plus âgées; elle permet ainsi de réduire la richesse transmise directement d’une génération à l’autre et de l’utiliser pour augmenter les dépenses consacrées à l’éducation, à la santé et à tout un ensemble de services publics dont ont besoin les jeunes femmes et les jeunes hommes. De même, un droit du travail solide est essentiel pour aider les jeunes à obtenir une rémunération équitable. Dans beaucoup de pays, le salaire minimum ne s’applique pas aux jeunes. Il est donc nécessaire d’en élargir les critères d’admissibilité.

POUR INVERSER LA TENDANCE

Selon Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International : « En résumé, les inégalités enlisent les populations dans la pauvreté. Nous voyons des bébés mourir de maladies évitables dans des pays où les budgets de la santé sont privés de financement, alors que le manque à gagner fiscal imputable à l’évasion fiscale s’y élève à plusieurs milliards de dollars. Des femmes vivent avec des salaires de misère et souffrent de la faim, privées des fruits des richesses qu’elles génèrent. Rien de tout cela n’est inéluctable. Les États agissent souvent comme s’ils étaient engagés dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités. Cet indice permet de savoir s’ils joignent les actes à la parole. »

Les faits sont là : l’extrême pauvreté ne sera éradiquée qu’à condition que les États s’attaquent aux inégalités et inversent les tendances actuelles. Sans cela, la Banque mondiale prévoit que d’ici 2030, presque un demi-milliard de personnes continueront à vivre dans l’extrême pauvreté.


[1] Selon plusieurs recherches menées par l’Institut du Nouveau Monde, dont notamment : Zorn, Nicolas, Le 1% le plus riche : l’exception québécoise, Les Presses de l’Université de Montréal, 2017.