Quand les changements climatiques creusent l’appétit

Par Marie-Claude Ricard,
Conseillère technique en sécurité alimentaire en Bolivie

En Amazonie, la population doit jongler avec la réalité des conditions météorologiques. À l’approche de la saison des pluies, nous étions dans le cycle El Niño. Nous anticipions toutes et tous des inondations importantes, comme celles qui avaient frappé la région en 2014. À cette époque, il y avait eu une accumulation de deux mètres d’eau pendant plusieurs mois. Cette année, surprise ! Il y a plutôt eu des records de sécheresse…

La pirogue, l'équivalent a nos voitures.

La pirogue, l’équivalent a nos voitures.

La plus grande forêt tropicale humide de la planète, éprouve de graves problèmes de sécheresse. Cela fait plusieurs années que la région est confrontée à des mois consécutifs de sécheresse, mais cette année, c’est du jamais vu.

Le partenaire d’Oxfam-Québec, CIPCA Norte (Centre d’investigation et de promotion de la ruralité), a donc voulu mettre en lumière l’impact du phénomène El Niño sur les lieux de vie des familles fermières et autochtones de l’Amazonie bolivienne. Les enjeux liés à l’alimentation de la population amazonienne sont immenses.

La pêche est l’activité principale pour les habitants de la forêt. Les endroits où nous pouvions trouver les poissons, tels les lacs peu profonds, sans courant ou encore avec une eau beaucoup plus chaude, sont maintenant asséchés. De plus, les poissons accumulent dans leur chair une grande quantité de mercure, de plomb et de cuivre qui sont ensuite assimilés par les humains. Ces métaux lourds proviennent en majeure partie de l’activité humaine aux abords des rivières (mines, routes, déforestation, déchets, etc.).

Fruits de la pèche

Fruits de la pèche

Le poisson et la viande font partie de l’alimentation de base des habitants de l’Amazonie, suivie du riz, de la pomme de terre, du yuka, des pâtes alimentaire et du plantain. Heureusement, on compte une panoplie de fruits en saison telle la banane, l’asaï, le copoazu, la lime, l’avocat, la papaye.

Les familles possèdent en général quelques animaux : des porcs, des poules, des moutons, quelques vaches. Le point d’eau est souvent partagé entre les humains et les animaux. Ce partage cause des problèmes sanitaires importants. Quand l’eau vient à manquer, les risques de maladies sont très élevés.

Depuis plus de 10 ans, Oxfam-Québec appuie le partenaire CIPCA dans l’élaboration de systèmes agroforestiers afin de contrebalancer les problèmes mentionnés. Le modèle sur lequel nous travaillons donne la possibilité d’avoir un gain financier grâce à la culture du cacao et une base de sécurité alimentaire grâce à la diversité des arbres plantés : bananes, citrus, ananas, mangues, avocats, café, gingembre, herbes médicinales et légumineuses. Ce modèle permet ainsi aux communautés de pouvoir vivre de leurs terres, de redonner vie au sol en cultivant des plantes vivaces mieux adaptées au sol de l’Amazonie, de garder l’humidité en protégeant le sol du soleil, de protéger les sources d’eau et de ne pas utiliser le brûlis comme mécanisme d’implantation de la parcelle.

Doña Rosario regando

Doña Rosario regando

La mise en place de techniques de résilience face aux changements climatiques, comme l’installation de systèmes d’irrigation et d’espace de sécurité contre le feu autour des plantations, permettent de mieux affronter les problèmes de sécheresse et d’incendie. Ainsi, les systèmes agroforestiers bien implantés et diversifiés s’en sortiront mieux que le reste des cultures ou élevages.
La vie en Amazonie est ardue avec les effets des changements climatiques qui sont de plus en plus drastiques. Les efforts des familles afin de vivre convenablement dans la forêt deviennent bien souvent un défi insurmontable, les forçant à migrer vers les villes

Le problème de la sécheresse est complexe, comme tout problème humain. Par contre, les efforts portent fruits. Aujourd’hui, des communautés entières vont de l’avant avec leurs propres systèmes agroforestiers et mettent en place eux-mêmes leurs plantations diversifiées. La population lutte pour préserver la forêt, leur forêt.

Parcelle dégradée

Parcelle dégradée

Ne baissons pas les bras. Ensemble, nous y arriverons !