Combats au Yémen: un civil perd la vie toutes les trois heures

Oxfam-Québec en appelle à la suspension de la vente d’armes à l’Arabie saoudite

Montréal, 26 octobre 2018 – Oxfam-Québec est très préoccupée par la poursuite des combats au Yémen entre les groupes houthis et la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Toutes les trois heures, depuis le début août, un civil meurt dans les combats pour le contrôle des principaux ports et villes du pays. Des milliers d’autres sont frappés par la maladie et la famine. La communauté internationale doit cesser de toute urgence la vente d’armes qui alimente cette crise humanitaire.

« Les gouvernements de tous les pays ainsi que tous les membres de la coalition militaire devraient suspendre immédiatement la vente d’armes à l’Arabie saoudite compte tenu du risque sérieux que les armes soient utilisées en violation du droit international humanitaire (DIH). D’ailleurs, l’affaire Jamal Khashoggi et la crise diplomatique entre le Canada et l’Arabie saoudite cet été ont clairement démontré que l’Arabie saoudite ne respecte pas les droits humains. La crise au Yémen en est un exemple patent », soutient Denise Byrnes, directrice générale d’Oxfam-Québec.

Oxfam-Québec réclame que le Canada s’aligne sur la position allemande

Depuis plusieurs mois, Oxfam-Québec et plusieurs organisations de la société civile expriment leurs inquiétudes quant au projet de loi C-47 qui devrait permettre au Canada d’accéder au Traité sur le commerce des armes de l’ONU (TCA).  Les lacunes de l’approche proposée par le gouvernement fédéral pour sa mise en œuvre pourraient compromettre l’engagement du Canada à accéder au Traité. La principale pierre d’achoppement du projet de loi est l’incapacité de faire respecter les obligations du TCA aux exportations d’armes vers les États-Unis, y compris dans les cas où ces armes pourraient être transférées à d’autres gouvernements ou groupes armés, sachant que les États-Unis n’ont jamais manifesté leur intention de signer le Traité.

« Nos préoccupations ont déjà été soulevées au gouvernement canadien. Il est tout à fait inacceptable d’adopter ce projet de loi sans révisions importantes qui garantiront qu’aucune échappatoire ne sera possible. Il serait en effet déplorable que le Canada soit responsable de la mort de civils innocents en raison de la vente de ses véhicules blindés légers (VBL) à des pays qui ne respectent pas les droits de la personne. D’ailleurs, la pierre angulaire du Droit international humanitaire n’est-il pas la protection des civils? Le Canada doit suivre l’exemple de l’Allemagne et suspendre immédiatement la vente d’armes », précise Anne Duhamel, directrice des politiques chez Oxfam-Québec.

L’Allemagne a en effet suspendu la vente de ses armes à l’Arabie saoudite à la suite de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, et a appelé tous les États membres de l’Union européenne (UE) à faire de même. Hier, le Parlement européen a appelé les pays de l’UE à s’unir et à imposer un embargo sur la vente d’armes à l’Arabie saoudite pour la même raison.

Au vu de l’aggravation de situation humanitaire au Yémen, Oxfam International interpelle également les gouvernements britannique, américain et les fournisseurs comme la Belgique à suivre l’exemple du gouvernement allemand et du parlement européen et d’interrompre les ventes d’armes à l’Arabie saoudite.

La faim et la maladie s’ajoutent aux plaies des civils

Les civils Yéménites font face à une triple menace : la guerre, la maladie et la faim. Entre le 1er août et le 15 octobre, 575 civils ont trouvé la mort dans les combats. Des attaques aériennes et des bombardements ont visé des endroits à haute concentration de civils, tels qu’un marché aux légumes, des autobus remplis de passagers ou encore un camp de personnes déplacées.

En parallèle, plus de 1,1 million de cas de choléra ont été recensés au cours des 18 derniers mois. Et plus de 100 décès liés à la diphtérie au cours de la même période. Et cette semaine, l’ONU annonçait que plus de 14 millions de personnes pourraient mourir de faim si la guerre continue.

La récente dévaluation du Rial yéménite a fait grimper en flèche le prix des aliments. Le prix moyen du litre de carburant a quant à lui augmenté de 280 % par rapport à mars 2015. Enfin, beaucoup d’habitants dépendent de camions-citernes pour leur eau potable : sans cet accès précaire ils n’ont plus accès qu’à de l’eau non-potable, renforçant le risque de maladies.

Complicité

« Les acteurs internationaux qui financent les belligérants doivent comprendre qu’ils sont complices de cette crise humanitaire » dénonce Muhsin Siddiquey, directeur d’Oxfam au Yémen, « La communauté internationale doit de toute urgence mettre en œuvre tout ce qui est en son pouvoir pour que les deux camps s’accordent sur un cessez-le-feu. »

OXFAM apporte une aide de première nécessité dans le nord et le sud du pays. Depuis juillet 2015, nous avons porté assistance à plus de 3 millions de personnes de part et d’autre des lignes de front. Pour nous aider à aider:

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